Affaire Barbarin : Une enquête bien embarrassante pour l'archevêque à une semaine de son procès en appel

MEDIAS L'Obs a publié mercredi un long portrait du Primat des Gaules mettant en avant une «personnalité complexe et problématique»

Caroline Girardon

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LObs a publié mercredi 20 novembre une longue enquête embarrassante sur le cardinal Barbarin à une semaine de son procès en appel.
LObs a publié mercredi 20 novembre une longue enquête embarrassante sur le cardinal Barbarin à une semaine de son procès en appel. — JEFF PACHOUD / AFP
  • Une semaine avant le procès en appel du cardinal Barbarin pour non-dénonciation d'agressions sexuels, l'Obs publie un portait embrassant de l'archevêque lyonnais.
  • Pour la première fois, le Primat des Gaules est mis en cause dans une affaire de harcèlement. 

Une enquête dont se serait bien passé le cardinal Barbarin. A une semaine de son procès en appel (28 novembre) pour non-dénonciation d’agressions sexuelles, le primat des Gaules a fait l’objet d’un long portrait publié mercredi dans les colonnes de l’Obs. Un portrait peu flatteur qui permet de cerner davantage la personnalité de l’homme d’Eglise et qui pour la première fois, le met en cause dans une affaire de harcèlement.

« Sa personnalité est complexe et problématique », résume Frédéric Martel, auteur de l’article avec lequel 20 Minutes a pu échanger. Le journaliste a enquêté durant six mois à Lyon mais aussi dans une dizaine d’autres villes, interrogeant près d’une centaine de personnes, dont la moitié d’ecclésiastiques. Ce qui lui a permis d’obtenir des détails, des exemples troublants, des témoignages précis qui érigent l’image d’un homme ambivalent. Et qui se révèlent bien embarrassants à l’approche du procès en appel.

« Immaturité affective »

A la lecture des témoignages, on découvre un cardinal « à l’ego vertigineux », attiré « incontestablement par le pouvoir et l’argent » mais un homme enfermé dans « une solitude abyssale » doublée « d’une immaturité affective », enclin aussi « à la manipulation ». « L’objectif était de peindre un personnage fort complexe avec des éléments de personnalité double pour expliquer son parcours et, pour partie, l’affaire Preynat », explique Frédéric Martel.

Dans l’enquête, le journaliste donne longuement la parole à Benoît, un ancien séminariste lyonnais qui accuse le cardinal de harcèlement moral et sexuel, expliquant un comportement « assez étrange » du Primat des Gaules à son égard. « Il alternait les effets de tendresse et les humiliations », raconte-t-il. Son frère confirme : « Le cardinal et ses proches ont organisé un harcèlement constant contre lui. On l’a humilié et sanctionné minutieusement. Et puis, on a différé son ordination pour le virer ensuite (du séminaire) ». Cette affaire, soulevée dans l’article, ne sera toutefois pas jugée puisque aucune plainte n’a été déposée et que les faits sont désormais prescrits.

L’enquête éclaire également de façon troublante la relation que Mgr Barbarin entretenait avec le Père Preynat. Si le cardinal a toujours clamé qu’il connaissait de loin le prêtre, d’autres, en coulisse, prétendent désormais le contraire. « Il adorait Preynat », affirme un prêtre lyonnais au journaliste. Frédéric Martel révèle ainsi que les deux hommes se connaissaient depuis 1991. Et que le primat des Gaules aurait appris les agissements de Bernard Preynat en 2002 dès son arrivée à Lyon et non en 2014 comme il l’a expliqué maintes fois, notamment lors de son procès en première instance.

« Il y a des affaires qui ne sont pas encore sorties à Lyon »

« A plusieurs reprises, Barbarin a privilégié la protection de l’institution par rapport à la défense des victimes », écrit le journaliste citant l’exemple de prêtres « exfiltrés » ou « déplacés » à la suite de scandales. L’intéressé, lui, s’est toujours présenté comme un naïf, gobant sur parole les dires des accusés. « Quand j’ai parlé à Bernard Preynat, il a reconnu les faits et il a juré qu’il n’avait plus commis aucune agression depuis 1991. Tout le monde me reproche de l’avoir cru », se justifiait le cardinal lors de son procès en première instance, se défendant ainsi de n’avoir pas su agir.

Mais la thèse est mise à mal par des nombreux ecclésiastiques témoignant anonymement dans l’enquête. « Le cardinal a tout fait pour défendre ses connaissances lorsqu’elles étaient en procès devant l’Eglise », accuse un ancien juge ecclésiastique. Et peut-être même caché de lourds secrets à en croire ce prêtre lyonnais, cité dans l’article. « Il y a des affaires qui ne sont pas encore sorties à Lyon. On est juste au début de l’histoire », résume-t-il.

« Les affaires en question portent des abus couverts par Monseigneur Barbarin mais pas, à ma connaissance sur le cardinal lui-même, précise Frédéric Martel. Mais son obsession sur l’homosexualité, la sexualité des prêtres et le harcèlement moral reviennent souvent dans les conversations ».

« Mgr Barbarin n’est pas un monstre »

A la publication de l’article, les avocats du cardinal Barbarin ont précisé dans un communiqué qu’ils souhaitaient « réserver leurs explications aux juges de la cour d’appel de Lyon », regrettant toutefois la « parution dans un hebdomadaire d’une enquête, ou se voulant telle, concernant Monsieur Philippe Barbarin, à quelques jours de l’audience ».

« Je ne le juge pas, j’apporte des informations. L’objectif n’est pas de l’enfoncer ou de radicaliser les propos de Benoît par exemple pour faire passer Barbarin comme un monstre. Ce qu’il n’est pas », se défend Frédéric Martel, assumant toutefois le timing de la parution de son enquête. « La presse fait son travail. Il est normal qu’on parle de Mgr Barbarin au moment de son procès. Nous sommes dans notre rôle, comme les avocats du cardinal sont dans leur rôle en bottant en touche sur ce type d’article », conclut-il.