Coup de froid ou début d'hiver rigoureux ? « Le plus dur est derrière nous, on va vers un redoux »

INTERVIEW Des stations de ski déjà couvertes de neige, de fortes pluies dans le sud-ouest de la France… Est-on face au début d’un hiver rigoureux ? Spoiler alert : non, selon François Jobard, météorologue

Propos recueillis par Lucie Bras

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Un redoux devrait succéder au coup de froid de ces derniers jours (image d'illustration).
Un redoux devrait succéder au coup de froid de ces derniers jours (image d'illustration). — EVA HAMBACH / AFP
  • Des températures négatives à Bordeaux alors qu’il fait 5 °C à Saint-Pétersbourg… Mais pourquoi fait-il aussi froid en France ?
  • Les températures de ce mois de novembre, dues à une dépression installée sur l’Europe de l’Ouest, ne devraient pas durer et un redoux est déjà attendu.
  • « On s’y attendait, ça fait partie de la variabilité de la météo », décrypte François Jobard, météorologue à Météo France.

On l’a tous constaté ce mercredi matin en ouvrant la fenêtre : il fait froid. Des températures négatives ont été observées au petit matin à Toulouse, Bordeaux ou Lille… pendant qu’il fait 5° Celsius (C) à Saint-Pétersbourg et 8 °C à Varsovie. Des pluies torrentielles et quasi continues se sont abattues sur le sud-ouest de la France ces derniers jours, tout comme en Italie, alors qu’ il fait beau de l’autre côté de l’Europe. Le monde à l’envers ? Pas vraiment. Pour le météorologue François Jobard de Météo France, ces intempéries sont tout simplement dues aux aléas de la météo, faite d’anomalies.

Des stations de ski déjà couvertes de neige, de fortes pluies en Italie et en Nouvelle-Aquitaine… Observe-t-on des conditions météorologiques anormales en ce mois de novembre en France et en Europe ?

En météo, on est toujours dans des situations particulières, il y a toujours des anomalies climatiques qui vont concerner des grandes régions dans plusieurs pays. A l’échelle de l’Europe cet automne, on observe des conditions dépressionnaires assez fraîches sur l’ouest, centrées sur la France, et un blocage anticyclonique, avec des températures plus chaudes, centré sur l’est de l’Europe.

On n’a pas battu des records de pressions basses, mais on a eu un temps extrêmement perturbé, avec des basses pressions quasiment tout le temps, ce qui a donné ces conditions hivernales si tôt dans l’année. C’est l’une des caractéristiques notables de cette première quinzaine du mois de novembre, avec cette dépression centrée sur la France. Associée à de l’air froid en altitude, elle a permis un enneigement précoce des massifs alpins et pyrénéens.

Pour nous, il n’y a rien de surprenant, on s’y attendait en voyant les prévisions début novembre. La météo est faite d’anomalies temporaires, ça fluctue et ça se rééquilibre par la suite. C’est comme quand on s’assoit sur un matelas : il va s’affaisser sous notre poids mais les bords du matelas vont se relever. La météo, ce sont des oscillations de ce type à grande échelle sur la planète.

Pourquoi certaines régions, comme l’Italie ou le sud-ouest de la France, sont-elles plus touchées que d’habitude ?

Ces conditions anticycloniques et dépressionnaires sont bloquées. On observe régulièrement des courants nord-ouest dans le sud de l’Aquitaine, ce qui bloque les précipitations contre les Pyrénées et explique les importants cumuls de pluie dans les Landes et le Pays basque. En Italie, les fortes pluies dans la région d’Emilie-Romagne s’expliquent très bien : ce sont des épisodes méditerranéens, très fréquents dans cette région. C’est une histoire de courant et de flux : comme on a des flux de sud sur les côtes italiennes, on a des fortes précipitations sur l’Italie. Ce sont des choses très classiques, qui sont expliquées par la configuration météo.

Le froid va-t-il durer ou faut-il s’attendre à un redoux ?

Il faut relativiser : on est en novembre, et on a eu une fraîcheur et un froid assez banals pour un mois de novembre. Ce matin, on était sous les normales de saison, on l’est toujours. D’ailleurs, cette nuit est certainement la plus froide de l’automne à l’échelle de la France mais il n’y aura sans doute pas de matinée plus froide jusqu’au début de l’hiver car les températures vont désormais être observées à la hausse. Le plus froid de cette séquence est derrière nous, on va vers un radoucissement : la neige en montagne va fondre, au moins partiellement.

Quel temps faut-il attendre dans les prochains jours ?

Un épisode méditerranéen entre le Languedoc et la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur est prévu entre vendredi et samedi, avec de fortes pluies. Ensuite, des courants de sud-ouest durablement doux reviennent sur le pays. La dernière semaine de novembre s’annonce assez perturbée mais très douce, avec des passages pluvieux.

En parallèle, le mois d’octobre a été le plus chaud jamais enregistré dans l’hémisphère Nord. Y a-t-il des relations entre ces intempéries et le changement climatique ?

Tout ce dont je vous ai parlé, c’est uniquement la variabilité de la météo, cela n’a rien à voir avec le changement climatique. Ce qui se passe à Venise par exemple, avec l’acqua alta [la marée haute de la semaine dernière est la deuxième plus haute qu’ait connue la ville], ça n’a rien à voir avec le changement climatique, en tout cas au premier ordre : c’est la situation météo qui l’explique, avec un anticyclone très costaud installé sur l’Ukraine.

Le record précédent datait de novembre 1966, et ce jour-là, on avait une configuration météo similaire. Ce qui change avec le changement climatique, c’est que, malgré cette variabilité, les événements froids seront moins froids et plus rares, et les événements chauds seront plus fréquents et plus intenses qu’avant. Mais en météo, il y aura toujours des hauts et des bas.