VIDEO. Pont effondré à Mirepoix-sur-Tarn : Le camion de plus de 50 tonnes est la « cause apparente » de l'accident

ACCIDENT Le poids du camion tombé à la rivière, supérieur à 50 tonnes, est au centre de l’enquête sur l’effondrement du pont de Mirepoix-sur-Tarn qui a fait deux morts

H. Ménal et B. Colin

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L'enquête judiciaire sur le pont effondré de Mirepoix-sur-Tarn a été confiée à la gendarmerie.
L'enquête judiciaire sur le pont effondré de Mirepoix-sur-Tarn a été confiée à la gendarmerie. — J. M. Haedrich - Sipa
  • Un pont routier suspendu s’est effondré lundi matin à Mirepoix-sur-Tarn, au nord de Toulouse.
  • Une adolescente de 15 ans et le conducteur d’un camion sont morts.
  • Le parquet de Toulouse a ouvert une enquête pour « homicides et blessures involontaires ».
  • Le camion pesait 51,2 tonnes, alors que seuls les véhicules de moins de 19 tonnes pouvaient emprunter le pont.

Il a craqué dans un grand « bruit de tonnerre ». Le pont à haubans de Mirepoix-sur-Tarn, une commune de Haute-Garonne située au nord de Toulouse, s’est effondré lundi matin tuant deux personnes, une adolescente et un chef d’entreprise.

Une enquête judiciaire est ouverte pour « homicides et blessures involontaires », a annoncé ce mardi le parquet de Toulouse qui confirme que le camion était beaucoup trop lourd pour le pont.

Deux victimes, cinq blessés

L’adolescente morte dans l’effondrement vivait à Mirepoix-sur-Tarn et se prénommait Lisa. Sa mère la conduisait dans une Clio à son lycée de la commune voisine de Montastruc. Le conducteur du camion, un père de famille de 38 ans prénommé Damien, avait repris l’entreprise familiale de forage Puits Julien Fondations qu’il dirigeait. Les autopsies des deux victimes ont révélé que la cause directe de leur mort est la noyade.

Cinq personnes ont été blessées dans le drame : la conductrice de la Clio, deux témoins et deux pompiers. Dans le bilan actualisé délivré ce mardi, la préfecture de Haute-Garonne indique que « les victimes ont fait l’objet d’une prise en charge médicale et psychologique » et que trois des blessés ne sont plus hospitalisés.

L’énorme surpoids du camion

Dès lundi, des sources proches du dossier ont évoqué un gros surpoids du camion tombé à l’eau. La piste a été confirmée par le procureur de la République de Toulouse, Dominique Alzéari, en début de soirée. Selon le magistrat, le camion de 20 tonnes emportait une foreuse de 30,8 tonnes. « L’engagement du camion sur le pont est la cause apparente, explique-t-il, mais je ne dis pas exclusive ».

Le scénario du drame se précise aussi. Le conducteur du camion se serait engagé sur le pont malgré les appels de phare de son employé qui le suivait en dans un camion transportant des buses. La Clio s’est arrêtée au milieu du pont pour le laisser passer. Ni le second camion, ni le véhicule d’un autre employé, un apprenti qui suivait le convoi, n’ont pénétré sur le pont. Dans son témoignage, l’employé qui a tenté de donner l’alerte a décrit son patron comme un homme « consciencieux » qui « préparait ses itinéraires ». Il a pu emprunter le pont « par habitude », suggère le procureur de la République, après un chantier d’un jour au village de Mirepoix-sur-Tarn.

Deux enquêtes

L’enquête judiciaire a été confiée aux enquêteurs de la région de gendarmerie et à la section de recherche de Toulouse. Les locaux de l’entreprise Puits Julien Fondations, dont le siège est à Bessières, juste de l’autre côté du pont, ont été perquisitionnés dès lundi.

Mardi après-midi, la Clio était en cours d’extraction de l’eau tandis que les gendarmes figeaient la scène grâce à un drone et commençaient à modéliser l’accident en 3D. Le Bureau d'enquêtes sur les accidents de transport terrestre (BEA-TT) est lui aussi saisi. « Il devra tirer toutes les conséquences de ce drame », indique le ministère de la Transition écologique, aussi en charge des transports.

Un pont a priori en bon état

Construit en 1931, le pont suspendu a été rénové en 2003. Il relève de la compétence du conseil départemental de la Haute-Garonne, dont la dernière « inspection » en 2018 n’a rien révélé de spécial. En 2017, le Centre d’étude et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) a expertisé le pont et n’a trouvé « aucune faille de sécurité ».

Mirepoix-sur-Tarn, à une trentaine de kilomètres de Toulouse, compte un millier d'habitants.
Mirepoix-sur-Tarn, à une trentaine de kilomètres de Toulouse, compte un millier d'habitants. - Map4News

Comme l’indique le panneau toujours visible à l’entrée, le pont était interdit aux véhicules de plus de 19 tonnes et deux poids lourd ne pouvaient pas y circuler simultanément. Des habitants se demandent toutefois si la fermeture du pont voisin, et « cousin », de Villemur-sur-Tarn durant cinq mois l’année dernière, qui a fait augmenter le trafic sur celui de Mirepoix, n’a pas pu contribuer à fragiliser l’édifice.