Marseille : Des baby-foots mixtes et inclusifs à l’université pour lutter contre les discriminations

ÉGALITÉ FEMMES-HOMMES Huit campus d'Aix Marseille Université sont peu à peu équipés de baby-foots inclusifs

Caroline Delabroy

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Pour lutter contre les stéréotypes, l'université d'Aix-Marseille équipe ses campus de babyfoots inclusifs.
Pour lutter contre les stéréotypes, l'université d'Aix-Marseille équipe ses campus de babyfoots inclusifs. — C. Delabroy / 20 Minutes
  • Le campus de Luminy, à Marseille, est l’un des premiers à accueillir l’un des huit baby-foots mixtes commandés par l’université au spécialiste du secteur, l’entreprise Bonzini.
  • Objectif de l’opération : déconstruire les stéréotypes et susciter les échanges sur la mixité et la diversité. Nous sommes allés voir sur place…

Au cœur du campus de Luminy, dans le massif des Calanques à Marseille, le bâtiment Hexagone abrite un nouveau résident : un baby-foot « inclusif ». Installé dans le foyer des étudiants, il arbore les couleurs de l’ université Aix Marseille, son commanditaire, mais surtout autant de figurines féminines que masculines, et une mixité de couleurs de peau. Etudiant en licence 2 de Stpas, Axel trépigne d’impatience pour prendre son tour : une partie animée est déjà engagée, au milieu des tables du déjeuner. « Il manquait ça à la fac, cela nous fait un peu sortir des études », sourit-il, un regard en coin vers le jeu, davantage que vers les figurines.

« Ah, il y a des filles », s’étonne-t-il quand on lui pose une question sur le côté inclusif dudit baby-foot, avant d’ajouter : « C’est pareil, c’est des joueurs ». A ses côtés, Sylvain abonde : « Ce n’était pas très nécessaire. On ne s’est jamais dit c’est que des mecs au baby-foot, c’était juste des pions. » « Moi je trouve ça bien, cela commence par des choses comme ça », salue de son côté Margot, après avoir laissé sa place dans l’équipe jaune. « On pourrait faire des équipes mixtes mais réelles, dans la vraie vie, ce serait bien », poursuit cette étudiante en sports, qui raconte que lors des entraînements de basket, les filles doivent faire cinq pompes, quand le prof dit d’en faire dix aux garçons.

Sur le campus de Luminy, à Marseille, des étudiants en pleine partie sur un baby-foot inclusif.
Sur le campus de Luminy, à Marseille, des étudiants en pleine partie sur un baby-foot inclusif. - C. Delabroy / 20 Minutes

«On a pu relooker la figurine»

Depuis qu’elle inaugure ces nouveaux baby-foots – au total, huit doivent être installés sur les différents campus d’Aix et Marseille – Nolwenn Lécuyer se félicite de ces conversations nées autour de « cet objet, au départ, très masculin ». Elle est vice-présidente de l’université, en charge des questions d’égalité et de discriminations, et persuadée que « lorsqu’on prend ces questions par le prisme des stéréotypes, immédiatement, la discussion est plus facile. » « On avait testé le théâtre-forum, le ciné-débat, et d’autres initiatives étudiantes, mais tout ça, ce sont des one shots, on espérait trouver quelque chose durable. »

Une rencontre avec Nicole Abar, ex-footballeuse internationale et inventrice du baby-foot mixte (et aussi diplômée d’Aix-Marseille Université) a fini de la convaincre. L’université a ainsi passé commande à l’entreprise Bonzini du même modèle qui a tourné dans les dix villes hôtes, en France, lors de la dernière Coupe du monde de football féminin. Un modèle mixte, dans tous les sens du terme, et accessible aux personnes en fauteuil roulant. « Nous avions déjà sorti il y a dix ans une joueuse de baby-foot, mais qui s’apparentait plus à une joueuse de tennis, raconte Gérard Bergaglia, qui a depuis peu laissé la main de l’entreprise à sa fille. On a pu relooker la figurine, les techniques de moulage ne permettaient pas de faire des détails comme la chevelure par exemple. »

A l’écouter, l’université Aix Marseille n’est pas la première à se doter de baby-foots mixtes, mais elle est « la première au niveau de l’importance de la commande ». Une initiative que salue Ambre, étudiante en master de biologie à Luminy, qui la verrait même s’étendre ailleurs : « A la fac, c’est bien, mais il faut surtout le faire dans des endroits où ce sont des enfants qui jouent, la mixité se joue dès cet âge-là ! » A bon entendeur.