Un an des « gilets jaunes » : Week-end d’anniversaire en demi-teinte pour le mouvement en quête d'un second souffle

COLERE Le premier anniversaire des « gilets jaunes » ambitionnait de donner un second souffle au mouvement de contestation sociale en perte de vitesse depuis cet été. Raté ?

Fabrice Pouliquen

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Un « gilet jaune », place d'Italie, à Paris, le 16 novembre 2019.
Un « gilet jaune », place d'Italie, à Paris, le 16 novembre 2019. — Philippe LOPEZ / AFP
  • Le mouvement des « gilets jaunes » fêtait son premier anniversaire ce week-end
  • Après un samedi émaillé de plusieurs heurts mais qui n’aura pas su rassembler massivement, la journée de dimanche, elle, est passée relativement inaperçue
  • L’objectif de cet acte 53 était de relancer le mouvement. Loupé ?

Trouver un second souffle. Tel était l’objectif affiché ce week-end marquant le premier anniversaire des « gilets jaunes ». Blocages de ronds-points et de péages, manifestations, tensions et aussi violences… Une chose est sûre : le mouvement de contestation sociale a fait de nouveau parler de lui, ces deux derniers jours. De là à parler d’un week-end réussi ?

Côté mobilisation, le dimanche a été relativement calme. En particulier à Paris où 200 personnes se sont rassemblées sur une place à proximité des Halles. Vers 13 h, une cinquantaine de « gilets jaunes » avaient également ciblé « un grand temple de la consommation » en s’introduisant dans les galeries Lafayette, toujours à Paris. Le grand magasin a rapidement été évacué mais a tout de même fermé ses portes l’après-midi.

28.000 manifestants… Du jamais vu depuis le 9 mars

C’est donc surtout la journée de samedi qui retiendra l’attention. Les manifestations ont rassemblé 28.000 personnes dans toute la France, dont 4.700 dans la capitale, selon le ministère de l’Intérieur. Il faut remonter au 9 mars, avec 28.600 personnes en France, pour trouver une mobilisation équivalente. Le « nombre jaune », qui fait son propre décompte des manifestants, évoque de son côté 39.530 participants, sur la journée de samedi toujours.

A titre de comparaison, le 7 septembre, pour l’acte 43, le nombre de manifestants avait chuté à 7.000 (selon l’Intérieur) et à 16.300 (selon le Nombre jaune) et la majorité des samedis de mobilisation, depuis début juillet, ne font même plus l’objet d’un décompte. Malgré ce regain de mobilisation, on reste toutefois très loin des chiffres enregistrés lors des quatre premiers actes, entre le 17 novembre et le 8 décembre, lorsque le ministère de l’Intérieur comptait plus de 100.000 manifestants en France.. Et même 280.000 personnes pour l’acte I le 17 novembre.

… Mais un samedi gâché par les violences

Aux chiffres de la mobilisation s’ajoutent aussi traditionnellement, pour les week-ends marqués par des violences, ceux du nombre d’interpellés et de personnes placés en garde à vue. Ce premier anniversaire n’y a pas échappé. Là encore, ces violences ont surtout émaillé la journée de samedi. A Paris, elles sont surtout survenues, place d’Italie : à partir de 14 h et pendant trois heures, des groupes sporadiques de casseurs ont renversé des voitures, incendié des engins de chantier et des poubelles, brisé les portes d’entrées d’une résidence hôtelière. Les forces de l’ordre ont riposté à coups de canon à eau, gaz lacrymogène et charges brèves. « Au vu des violences et des exactions », la préfecture de police a annulé la manifestation qui devait s’élancer de cette place.

La situation s’est tendue ensuite sur la place de la Bastille puis à Chatelet-Les-Halles en fin journée. Des tensions entre force de l’ordre et manifestants ont aussi émaillé les rassemblements de « gilets jaunes » à Nantes, Montpellier, Lyon, ou encore Toulouse . Au total, le ministère de l’Intérieur enregistrait samedi 254 interpellations, dont 173 à Paris. De son côté, le parquet de Paris comptait 155 gardes à vue, dont huit mineurs. A cela s’ajoutent une vingtaine d’interpellations supplémentaires dans la capitale dimanche, notamment en marge de la tentative de blocage des Galeries Lafayette.

Une nouvelle fois, cet acte 53 est loin des 2.000 interpellations et des 1.700 personnes placées en garde-à-vue le 8 décembre 2018, pour l’acte 4 des « gilets jaunes ». Le ministère de l’Intérieur avait alors voulu frapper un grand coup après l’acte 3, le samedi précédent, marqué par une flambée des violences, toute la journée, dans Paris.

« Il y a des anniversaires heureux, celui-ci ne l’est pas »

Il n’empêche, les violences de samedi ont suffi à éclipser ce premier anniversaire des « gilets jaunes ». Elles étaient en tout cas au cœur des réactions des politiques. De Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, à Olivier Faure, n° 1 du PS. « Il y a des anniversaires heureux, celui-ci ne l’est pas », déclarait ce dernier.. Quant à la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, elle a indiqué ce dimanche, sur Radio J ne pas vouloir résumer le mouvement à ces violences mais a regretté que les « gilets jaunes » soient depuis plusieurs mois « gangrené par des ultras de l’extrême gauche ».

De leur côté, Faouzi Lellouche et Priscillia Ludosky, deux figures du mouvement et coorganisateurs du rassemblement dimanche aux Halles, ont dénoncé la stratégie policière « qui a empêché le bon déroulement de la manifestation parisienne ». « Cette stratégie de nous nasser [encercler] autour de la place d’Italie sans permettre le départ, comme prévu de la manifestation », précise Faouzi Lellouche. « On n’a pas eu de réponse politique, si ce n’est que du mépris, déplorait pour sa part Priscillia Ludosky. Ce n’est pas normal qu’on ait autant de répression. »