« Gilets jaunes » : Un premier anniversaire marqué par une flambée de violences à Paris

MANIFESTATIONS Pour cet « acte 53 », les « gilets jaunes » ont commencé à manifester ce samedi à Paris où des milliers de personnes étaient attendues pour donner un second souffle à cette lutte sociale inédite lancée il y a un an

V. R. B.

— 

Manifestation des gilets jaunes le 16 novembre.
Manifestation des gilets jaunes le 16 novembre. — AFP

Des blocages de ronds-points et de péages, des manifestations, des tensions et… des violences. Le premier anniversaire des « gilets jaunes », qui ambitionnaient de donner un second souffle à leur mouvement de contestation sociale, a été marqué ce samedi par le retour du chaos dans certains quartiers de la capitale.

Les manifestations ont rassemblé 28.000 personnes dans toute la France, dont 4.700 à Paris, selon le ministère de l’Intérieur. La dernière participation équivalente remonte au samedi 9 mars, avec 28.600 personnes en France. De son côté le mouvement a donné une estimation globale de 39.530 participants ce samedi, selon le « Nombre jaune ».

A 20 heures, la préfecture de police a fait état d’un total de 147 personnes interpellées, et le parquet de Paris de 129 personnes en garde à vue.

Des groupes de casseurs ont refait leur apparition

En début d’après-midi, la situation restait confuse place d’Italie, où les forces de l’ordre ont tenté en vain de disperser des groupes de casseurs, alternant charges brèves et déluge de lacrymogènes. « Au vu des violences et des exactions », la préfecture de police a demandé l’annulation de la manifestation qui devait s’élancer de cette place à partir de 14 heures.

Voitures renversées, engin de chantier et poubelles incendiées, abribus saccagés : en une demi-heure, les assauts sporadiques de petits groupes se sont transformés en flambée de violences.

Des manifestants blessés et des pompiers empêchés d’intervenir

La préfecture a dénoncé dans un tweet l'« attitude scandaleuse des manifestants qui ont jeté des pavés sur les pompiers de Paris et retardé leur intervention place d’Italie ».

Le centre commercial d’Italie 2, sur la place, avait fermé ses portes dès les premiers incidents. Vers 13 heures, ses portes d’entrée et les vitrines d’une résidence hôtelière voisine ont été attaquées à coups de pavés par plusieurs dizaines de personnes cagoulées et vêtues de noir.

A plusieurs reprises, ces groupes de personnes ont été repoussés par les forces de l’ordre, qui ont eu recours à un canon à eau. Vers 14h30, plusieurs feux se consumaient encore, place d’Italie.

« On est un peu déçus que ça parte en violence »

Plusieurs centaines de manifestants ont tenté de se frayer un chemin hors de la place​, repoussés par la progression des forces de l’ordre, se protégeant tant bien que mal du piquant âcre de la lacrymogène saturant l’atmosphère. « On est un peu déçus que ça parte en violence. Du coup avec les amis, on va voir s’il se passe quelque chose ailleurs, on cherche un coin plus tranquille », déclarait Laurent, 50 ans, venu de Meurthe-et-Moselle pour le premier anniversaire du mouvement.

La situation était aussi tendue place de la Bastille, où une première marche autorisée arrivée de la porte de Champerret a été bloquée par les forces de l’ordre. Le préfet de police de Paris Didier Lallement a fait état vers 15 heures de 61 interpellations dans la capitale. A 16 heures, la préfecture de police comptait déjà plus de 100 interpellations.

En début de soirée, des petits groupes de manifestants ont rejoint les alentours du centre commercial du Forum des Halles, au cœur de Paris, très fréquenté à cette heure. Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène pour les disperser et procédé à quelques interpellations.

Epicentre de plusieurs samedis violents, les Champs-Elysées, cadenassés et interdits à toute manifestation, ont été épargnés. Pour cet anniversaire du mouvement, né le 17 novembre dernier, plusieurs milliers de personnes étaient attendues à Paris, où les autorités redoutaient l’intervention de « 200 à 300 ultra-jaunes et 100 à 200 militants d’ultragauche ».

Une « préparation au 5 décembre » ?

En régions, les premières manifestations ont démarré dans la matinée et restaient bon enfant. Dans le Sud-Est, les « gilets jaunes » ont réinvesti certains ronds-points, distribuant tracts aux automobilistes, sans dégradation ni importante perturbation. Ils étaient une centaine à Albi (Tarn), quelques poignées à Auch (Gers).

Des ronds-points ont aussi été réinvestis en Normandie, à Caen et à Rouen, et en Bretagne, notamment à Vannes. Ils étaient au moins 500 à Lille pour demander plus de « justice sociale, justice fiscale, justice climatique ».

La situation était en revanche plus tendue à Nantes, où des heurts ont éclaté vers 16 heures entre les forces de l’ordre et près d’un millier de manifestants, selon la préfecture. A Montpellier, la permanence du député La République en marche Patrick Vignal a été la cible des manifestants, avec une vitre cassée et plusieurs inscriptions anarchistes taguées sur le bâtiment.

A Lyon, des tirs de lacrymogène ont été lancés dans une zone très fréquentée du centre-ville. A Bordeaux, ils étaient 600 à manifester et plusieurs centaines à Toulouse, où gaz lacrymogène et canon à eau ont été utilisés.

A Grenoble, une manifestation unitaire devait réunir syndicats, « gilets jaunes » et associations : les organisateurs y voient une « préparation au 5 décembre », date d’une grève interprofessionnelle redoutée par l’exécutif.