Grenoble : Cinq jeunes footballeuses récompensées pour avoir sauvé une femme battue et son enfant à Grenoble

HEROISME Ces étudiantes ont reçu jeudi à Lyon le « Prix Marin », décerné à des « héros du quotidien »

Caroline Girardon

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Louana à gauche et ses amies ont été les premières à ,recevoir le Prix Marin, récompensant un acte de bravoure.
Louana à gauche et ses amies ont été les premières à ,recevoir le Prix Marin, récompensant un acte de bravoure. — Région Auvergne-Rhône-Alpes
  • Louana Kondo et ses amies ont reçu jeudi soir à Lyon le « Prix Marin » pour leur courage.
  • Le 18 décembre, ces cinq jeunes footballeuses ont sauvé une femme battue et son enfant à Grenoble

Un acte de courage qui a certainement convaincu le jury, au moment où la lutte contre les féminicides prend toute son importance en France. Louana Kondo, Grenobloise de 18 ans, a été la première à recevoir jeudi à Lyon, le « Prix Marin ». Une distinction créée par la région Auvergne-Rhône-Alpes et l’association la Tête Haute pour récompenser des « héros du quotidien » qui se sont illustrés dans l’année par leur bravoure, à l’image de Marin Sauvajon.

Il y a trois ans, l’étudiant lyonnais avait été passé à tabac, frappé à coups de béquille sur le crâne pour avoir défendu un couple qui s’embrassait et se faisait importuner par une bande de jeunes. De cet exploit, Louana avoue timidement « en avoir vaguement entendu parler ». Sans mesurer qu’un jour, elle deviendrait elle aussi un exemple en sauvant une femme battue et son enfant. « Je n’étais pas seule, nous étions cinq », précise-t-elle en préambule (le prix ne peut être remis qu'à une seule personne).

« Je vais te tuer, je vais tuer le bébé »

Le 18 décembre 2018 au soir, l’étudiante sort de l’entraînement. Elle joue au foot depuis plusieurs années et s’est liée d’amitié avec Nesrine, Elise, Théa et Maïssane, ses coéquipières. Le petit groupe se rend au camion à pizzas à côté du stade du GF38 de Grenoble pour passer commande. « A ce moment-là, Elise nous a alertées. Elle venait de voir courir dans la rue une jeune femme à moitié dénudée et pieds nus. On s’est dit que quelque chose n’allait pas. On voyait qu’elle avait peur », raconte Louana. Et de poursuivre : « Son mari est arrivé rapidement, lui courant après. Il était complètement ivre ».

La jeune femme cherche à se réfugier vers les étudiantes. L’homme la poursuit et se rapproche, menaçant. Les amies vont alors s’interposer pendant une demi-heure pour tenter de le raisonner et l’empêcher de frapper. Sans parvenir toutefois à le calmer. « Paniquée, la maman a appelé son avocate. On a compris que son conjoint avait l’interdiction de s’approcher d’elle. Et là, il s’est mis à hurler qu’il allait la tuer et tuer leur bébé », relate Louana.

La petite fille en question est seule à ce moment-là dans l’appartement, situé à 500 mètres du stade. Sa mère n’a pas eu le temps de la prendre avec elle. Trop paniquée à l’idée de prendre encore des coups, elle a même laissé la porte grande ouverte. « C’est là qu’elle nous a dit que son mari la battait. On a vu qu’elle avait des marques sur le bras ». Les copines vont alors se ruer chez elle pour empêcher l’homme d’accéder à l’appartement. Devant l’immeuble, Nesrine et Louana cherchent un moyen pour porter secours à la fillette. Sonnent à tous les interphones pour se faire ouvrir l’entrée.

« On a agi par réflexe, sans vraiment réfléchir »

« On a vu le bébé debout sur le palier, on l’a habillé. On a pris des biberons et ses doudous pour ne pas qu’elle pleure et puis on l’a ramenée à sa maman, qui avait appelé la police », continue Louana. Entre-temps, le suspect s’est volatilisé. Ce qui n’empêche pas les jeunes footballeuses de raccompagner la jeune femme chez elle. Une semaine plus tard, cette dernière les invite à prendre le goûter et leur raconte son calvaire de femme battue. « Son histoire nous a vraiment touchées », explique Louana, qui avoue avoir agi « par réflexe, sans vraiment réfléchir ».

En vue du procès de l’agresseur, les amies sont invitées à témoigner. Mais elles n’iront finalement jamais au tribunal : « La maman nous a rappelées en nous disant qu’elle s’était remise avec son époux et que pour sécurité, elle ne voulait plus qu’on parle ». Au départ, les amies ont eu le sentiment d’avoir « fait tout ça pour rien ». Avant de réaliser la portée de leur geste. Elles ont d’ailleurs décidé de verser leur récompense, un chèque de 3.000 euros, à l’association grenobloise Solidarité Femmes – Miléna de la Fondation Boissel, qui lutte contre les violences faites aux femmes.