Huile de palme: Edouard Philippe demande un second vote à l'Assemblée

CONTROVERSE « Constatant l’absence d’un débat suffisant sur un sujet aussi important », Matignon souhaite que l’Assemblée vote à nouveau sur cet amendement contesté

20 Minutes avec AFP

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Le Premier ministre Edouard Philippe a demandé vendredi un second vote après l'adoption la veille d'un amendement controversé réintégrant l'huile de palme aux biocarburants jusqu'en 2026.
Le Premier ministre Edouard Philippe a demandé vendredi un second vote après l'adoption la veille d'un amendement controversé réintégrant l'huile de palme aux biocarburants jusqu'en 2026. — Jacques Witt/SIPA

Le Premier ministre Edouard Philippe a demandé vendredi un second vote après l’adoption la veille d’un amendement controversé réintégrant l’huile de palme aux biocarburants jusqu’en 2026, « constatant l’absence d’un débat suffisant sur un sujet aussi important », a indiqué Matignon. La seconde délibération « permettra aux parlementaires de nourrir un débat à la hauteur de l’enjeu », a expliqué l’entourage du chef du gouvernement. De source parlementaire, ce second vote aura lieu dès vendredi.

L’indignation des associations écologistes

Un peu plus tôt, les députés de la majorité et de l’opposition avaient déjà réclamé un nouveau scrutin. L’Assemblée nationale a voté jeudi le report à 2026 de l’exclusion de l’huile de palme de la liste des biocarburants, qui bénéficient d’un avantage fiscal. Cette mesure est favorable au groupe pétrolier Total pour sa nouvelle bioraffinerie de La Mède, près de Marseille, mais suscite l’indignation des associations écologistes.

Initialement, revoter sur cette mesure n’était pas envisagé, avait indiqué le ministère de l’Action et des Comptes publics. Mais la commission des Finances de l’Assemblée s’est réunie à la mi-journée sur ce point, le rapporteur général Joël Giraud (LREM) ayant demandé une nouvelle délibération.

« L’amendement est passé en deux secondes »

Les députés avaient adopté l’an dernier la sortie de l’huile de palme des biocarburants à compter du 1er janvier 2020. Mais jeudi, « l’amendement est passé en deux secondes » avec « avis défavorable du rapporteur général, favorable du gouvernement, sans aucun débat ! C’est une erreur à rattraper en deuxième lecture », estimait alors la « marcheuse » Bénédicte Peyrol sur Twitter.

« Beaucoup ne savaient même pas de quoi il était question », assure une autre députée LREM. « On s’est fait niquer ! (…) Si le groupe me le demande, je réclamerai une deuxième délibération », réagissait Joël Giraud dans la nuit de jeudi à vendredi.

Le député LREM et candidat à la Mairie de Paris Cédric Villani a déploré que la majorité envoie ainsi des « signaux contradictoires » sur le thème environnemental. Or, « c’est un devoir d’avoir une attitude claire et ferme face à ces enjeux écologiques majeurs », a-t-il exhorté sur LCI.

Aucun débat avant le premier vote

L’amendement voté a été cosigné par des élus MoDem, LREM et LR des Bouches-du-Rhône, où est installée la raffinerie. Il n’a fait l’objet d’aucun débat en séance. Au MoDem, Bruno Millienne, qui avait porté la sortie de l’huile de palme des biocarburants l’année dernière, s’est dit « dégoûté », d’autant que l’amendement a été cosigné par son collègue Mohamed Laqhila. Le groupe centriste souligne que le vote de jeudi « n’est pas un amendement de groupe mais un amendement individuel ».

Chez Libertés et Territoires, Matthieu Orphelin, proche de Nicolas Hulot, demandait lui aussi « une nouvelle délibération, un recul serait inacceptable ». Et pour le président (ex-LR) des Hauts-de-France Xavier Bertrand, « c’est un coup de poignard fait au développement local des biocarburants ! D’autres solutions (que l’huile de palme) existent et ne sont pas responsables de désastres écologiques ! ».

La raffinerie de La Mède, une des plus grandes d’Europe, a démarré début juillet, employant directement 250 personnes. Selon Total, elle doit traiter 650.000 tonnes d’huiles et graisses par an et s’approvisionner en huile de palme « durable et certifiée » à hauteur de 300.000 tonnes au maximum.