Nantes : Au concours d’éloquence des quartiers nord, « on ne nous fait pas rentrer dans un moule »

PRISE DE PAROLE La finale de la deuxième édition d' «Ose le dire» se tient samedi soir à Nantes

Julie Urbach

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Joël, Victor, Camille et Enora participent au concours d'éloquence de Nantes Nord
Joël, Victor, Camille et Enora participent au concours d'éloquence de Nantes Nord — Ose le dire
  • Un concours d'éloquence s'adresse aux jeunes de 15 à 30 ans dans les quartiers Nord.
  • Une façon de montrer «que tout le monde peut prendre la parole et défendre des idées».

« La parole n’a pas été donnée à l’homme, il l’a prise », écrivait Aragon. Une citation qui pourrait bien coller à l’événement programmé samedi soir à la fac de sport de Nantes (20h30, amphi Staps, entrée libre). Devant un public de 250 personnes, Enora, Camille, Victor et Joël vont s’affronter dans un concours d’éloquence un peu particulier. Car si l’exercice est le plus souvent réservé aux élèves avocats ou étudiants en science politique, elle s’adresse cette fois à des jeunes de 15 à 30 ans issus des quartiers Nord.

Alors que ces initiatives commencent à se multiplier dans certains quartiers populaires en France, « Ose le dire » vit sa deuxième édition. « L’objectif est de montrer qu’il se passe des choses positives à Nantes nord, explique Julien Pannetier, professeur de théâtre et à l’initiative de l’événement. C’est aussi dire à ces jeunes que tout le monde peut prendre la parole, défendre des idées, prendre l’habitude de créer et de réfléchir. » Mais pas n’importe comment : avant la finale de samedi, les participants ont été coachés par des professionnels, afin d’être le plus convaincants possible.

« Mettre ses tripes sur la table »

Arguments, structure du discours, posture sur scène… Rien ne doit être négligé si l’on veut réussir sa prestation. Joël, par exemple, a beaucoup travaillé sur le regard, indispensable si l’on ne veut pas perdre son auditoire en route. « J’ai toujours adoré parler, animer des petites conférences, mais je me rends compte que j’allais vite, les gens décrochaient », raconte ce développeur informatique de 25 ans. Celui qui devra répondre, en 5 minutes, à la question « Un homme averti en vaut-il deux ? » apprécie ce concours où « l’on ne nous fait pas rentrer dans un moule ». « On leur demande d’être eux-mêmes, abonde Julien Pannetier. Le risque, c’est de jouer à l’orateur, et dans ce cas on perd en authenticité. »

Camille, étudiante en droit, compte bien « mettre ses tripes sur la table » samedi soir. C’est ce qu’elle aime dans ce type de concours, qu’elle a déjà testé dans le cadre universitaire et qui aide à l'« émancipation ». Mais l’authenticité ne veut pas dire ne pas s’entraîner, assure la jeune femme de 19 ans. « Une fois que j’ai rédigé mon texte, avec des citations, des arguments solides, des histoires personnelles parfois, alors je travaille ma gestuelle, le ton de la voix…, explique Camille. Il faut faire attention aux silences aussi : ils permettent de capter le public, mais peuvent aussi l’ennuyer si on en met trop. »

La légitimité de prendre la parole

Ce sera au jury, composé notamment d’avocats et de conteurs d’en juger. Mais à écouter les participants et les organisateurs, le résultat de samedi soir n’est pas ce qu’il y a de plus important. Le pari est déjà réussi, et ce même si peu de jeunes finalement participent à l’aventure. « Bien sûr, on ne peut pas embarquer tout le monde, surtout parce que beaucoup ne se sentent pas capables, ou se demandent s’ils sont légitimes à prendre la parole, explique Julien Pannetier. Avec le concours, on leur demande de consacrer du temps, c’est un projet sur du long terme que beaucoup n’ont pas l’habitude de mener. Il y en a qui ont abandonné… »

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