Un CRS « sniper » était-il présent à Montpellier pendant l’acte 52 des « gilets jaunes » ?

FAKE OFF Selon une photo devenue virale sur Facebook, un CRS « sniper » était présent lors de l’acte 52 des « gilets jaunes » à Montpellier

Alexis Orsini

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Des CRS à Paris pendant l'acte 50 des «gilets jaunes», le 26 octobre 2019.
Des CRS à Paris pendant l'acte 50 des «gilets jaunes», le 26 octobre 2019. — PATRICK GELY/SIPA
  • Un CRS équipé d’un fusil de précision et un collègue lui-même armé d’un fusil d’assaut assuraient-ils le maintien de l’ordre pendant l’acte 52 des « gilets jaunes », à Montpellier ?
  • Sur Facebook, une photo des deux hommes dénonce le recours à cet arsenal surprenant.
  • La photo est authentique, comme a pu le vérifier 20 Minutes - mais le recours à de telles armes est bien légal en France.

Les forces de l’ordre ont-elles eu recours à des armes aussi dangereuses qu’inattendues pour faire face, samedi 9 novembre, aux « gilets jaunes » rassemblés à Montpellier, désignée comme « capitale de la résistance » de l’acte 52 ?

C’est ce que laisse penser une photo devenue virale sur Facebook, montrant deux CRS, de dos, au coin d’une rue, chacun équipé d’une arme surprenante. « En France, en 2019, la police se balade avec des snipers et des fusils d’assaut lors des manifestations. Quel est le projet ? », s’indigne la légende attenante, publiée par Poing Info, un journal local « d’informations sur les luttes sociales à Montpellier et aux alentours ».

FAKE OFF

La photo a bien été prise à Montpellier, comme on peut le vérifier sur Google Street View – et plus précisément au croisement des rues de Verdun et de Clos René, près de la place de la Comédie.

Contacté par 20 Minutes, Jules Panetier, rédacteur en chef de Poing Info, revient plus en détail sur son origine : « Elle nous a été transmise par une source fiable, qui l’a prise à 14h04. Le fusil d’assaut est à usage régulier, contrairement au fusil de précision : j’ai couvert beaucoup de manifs, y compris à Paris, et je n’avais jamais vu ça. » Les armes des deux CRS sont en outre bien visibles sur une autre photo que nous avons pu consulter.

Pour le service d’information et de communication de la police nationale (Sicop), le recours à un tel équipement n’a rien « d’extraordinaire » : « Depuis 2014, les CRS peuvent, dans le cadre du maintien de l’ordre, pour se défendre contre une attaque terroriste, se déployer en binôme observateur/tireur. C’est ce qui explique qu’ici le CRS équipé d’un fusil de précision Tikka ne soit pas en tenue complète de maintien de l’ordre : il se trouve normalement en réserve ou sur un point haut, en vue de protéger les policiers comme les manifestants. »

« Si la présence d’un G36 [le fusil d’assaut] est assez régulière, le recours à un fusil de haute précision est laissé à l’appréciation du chef de service, », conclut le Sicop.

« Je leur ai demandé s’il s’agissait d’armes pour tuer »

Mais selon une manifestante interrogée par 20 Minutes, l’un des deux CRS aurait réagi de manière étonnante lorsqu’elle l’a approché sur ce sujet : « Je leur ai demandé s’il s’agissait d’armes pour tuer, l’un des deux m’a répondu d’un ton moqueur : "Oui, tout à fait, vous avez vu ce qui s’est passé à Paris [en référence aux attentats du 13 novembre] ? Il faut bien qu’on puisse se défendre". Je lui ai dit que les “gilets jaunes” n’avaient pas d’armes et il m’a répondu qu’il n’y a “plus de gilets jaunes ici”. »

Le tollé suscité par cette photo rappelle l’indignation qui s’était emparée des réseaux sociaux en décembre 2018, quand un sniper avait été repéré sur un toit, près des Champs-Elysées, en ces premiers mois de mobilisation des « gilets jaunes ». Comme l’expliquaient à l’époque nos confrères de Check News, la présence de tels snipers, aussi surprenante soit-elle, n’avait rien d’inhabituel, certains ayant notamment été mobilisés lors d’un concert des Rolling Stones ou encore lors du festival de Cannes.