Centrales nucléaires, usines Seveso, barrages… Qu’est-il prévu pour les sites dangereux face aux séismes ?

SECURITE Les bâtiments dangereux sont soumis à des règles très précises en matière de risque sismique

Lucie Bras

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La centrale de Tricastin, au nord d'Avignon, est la troisième plus vieille centrale nucléaire française.
La centrale de Tricastin, au nord d'Avignon, est la troisième plus vieille centrale nucléaire française. — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • Un séisme de magnitude 5,4 a été ressenti lundi midi dans la région de Montélimar (Drôme), le plus fort enregistré en France depuis seize ans.
  • Quatre personnes ont été blessées, dont une grièvement, et de gros dégâts ont été signalés, notamment dans la ville voisine du Teil, en Ardèche.
  • A proximité de l’épicentre du séisme, des sites potentiellement dangereux sont installés. Comment assurer leur bon fonctionnement en cas de séisme et garantir ainsi la sécurité des personnes vivant à proximité ?

Deux centrales nucléaires, trois sites Seveso seuil haut, plusieurs barrages sur le Rhône… Ces installations se trouvent à proximité de l’épicentre du séisme de magnitude 5,4  qui a touché la Drôme et l’Ardèche lundi. Un phénomène naturel suffisamment puissant pour mettre la centrale nucléaire de Cruas, située à une vingtaine de kilomètres, à l’arrêt. « Toutes les procédures de suivi et de contrôle ont été déclenchées, elles ont été mises en œuvre parfaitement », a tenu à rassurer la secrétaire d’Etat à la Transition écologique, Brune Poirson, sur RMC. Mais l’événement interroge : qu’est-il prévu pour les sites dangereux face aux séismes ? 20 Minutes a posé la question à des spécialistes.

Comment est défini le risque sismique autour d’une centrale nucléaire ?

On le sait peu, mais le risque sismique est évalué en France dès la construction des bâtiments. Dans le nucléaire, on étudie, dans une zone définie, les séismes qui se sont produits dans l’Histoire pour établir ce qu’on appelle le « séisme maximum historiquement vraisemblable ». « On a une banque de données sur cent ans, c’est-à-dire depuis qu’on sait mesurer les séismes. Puis on se base sur les données géologiques et les écrits : par exemple, le curé qui a noté en 1253 que le clocher était de travers après un séisme », explique Thierry Charles, directeur général adjoint de l’Institut régional de sécurité nucléaire (IRSN).

La magnitude de ce séisme maximum historiquement vraisemblable est ensuite majorée de 0,5, pour se laisser une marge de sécurité. D’autres calculs sont ensuite effectués (sur les vibrations des matériaux, notamment), pour enfin obtenir un résultat qui déterminera comment sera construite la centrale nucléaire : « Ça nous permet de définir l’épaisseur de mur ou la quantité de ferraillage nécessaire, par exemple », pointe Thierry Charles. Un chiffre susceptible de varier tout au long de la vie de la centrale : « Si on découvre une nouvelle faille géologique, c’est un élément qui conduira à modifier le niveau de séisme ». Ce niveau est réévalué tous les dix ans. C’est ainsi que les centrales de Bugey (Ain) et de Fessenheim (Haut-Rhin) ont dû évoluer avec les années.

Seveso, digues, oléoducs… Comment est calculé le risque à proximité d’une installation dangereuse ?

Mais qu’en est-il des autres installations dangereuses ? Leur réglementation est calée sur une carte de France des risques sismiques, comportant des zones classées de 1 (peu de risque de séisme) à 4 (fort risque de séisme). La zone du Teil, où a eu lieu le séisme, est par exemple classée niveau 3.

Cette carte est recoupée avec le classement du niveau de dangerosité de l’installation : plus l’usine est considérée comme dangereuse (Seveso Seuil Haut, le niveau le plus élevé), plus les mesures de sécurité seront drastiques. Concrètement, on vient renforcer des ancrages au sol ou assouplir les connexions de la tuyauterie pour éviter qu’elle ne casse. Les autres sites, ceux qui ne sont pas classés dangereux, répondent au risque normal. Ils sont donc construits selon une norme européenne spécifique pour les zones sismiques. « Les caractéristiques liées aux séismes sont prises en compte dans les règles de construction », rappelle Thomas Marcon, ingénieur à la Direction des risques accidentels à l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) et expert Natech (discipline qui regarde l’interaction des risques naturels et technologiques).

Qu’est-ce que la notion « d’équipement critique », que l’on retrouve pour tous les sites dangereux ?

Pour ces sites dangereux, nucléaires ou non, il existe une notion d’équipements « critiques » (la cuve d’une centrale nucléaire, par exemple), qui doivent tenir en cas de séisme. Pour les sites classés Seveso, l’industriel a l’obligation de les détailler dans un rapport. « Ils peuvent être défaillants et engendrer un phénomène dangereux dans des zones habitées. Les industriels doivent donc justifier la tenue des équipements critiques et prendre des dispositions pour s’assurer que l’équipement en question tiendra », souligne Thomas Marcon.

Comment ces normes évoluent-elles ?

Ces normes évoluent avec les années. Après l’accident de Fukushima par exemple, en 2011, le nucléaire français a dû revoir sa copie sur la sécurité. « Depuis, les installations françaises doivent analyser un équipement minimum d’information : quel que soit le résultat de l’étude sismique, on se dimensionne au-delà pour les éléments les plus importants », qui pourraient déclencher une réaction en chaîne catastrophique, avance Thierry Charles.

Concernant les sites Seveso, il y a eu un avant et un après 2011. « Avant, on demandait à tous les sites Seveso de faire une étude sismique », explique Thomas Marcon. « On est venu simplifier les règles du jeu : pour les zones 1, où le risque sismique est très faible, on a retiré cette exigence. Les normes de construction garantissent déjà la résistance des installations. L’idée de ce texte est de concentrer les efforts sur les sites les plus à risque », détaille-t-il.

Le séisme survenu lundi devrait participer à l’évolution de ces normes de sécurité. « Le séisme observé hier est voisin du séisme historique. On va bien sûr l’intégrer à notre connaissance de la zone », confirme Thierry Charles.