Loire-Atlantique: Comment les pompiers font face à la montée des agressions

SOCIETE Les violences verbales et physiques visant les soldats du feu sont en nette augmentation. Des caméras-piétons sont testées pour apaiser les tensions

Frédéric Brenon

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Un véhicule des pompiers de Loire-Atlantique (illustration).
Un véhicule des pompiers de Loire-Atlantique (illustration). — F.Brenon/20Minutes
  • Les pompiers de Loire-Atlantique sont de plus en plus souvent agressés lors d'interventions.
  • Les violences se manifestent aussi bien en ville qu'en zone rurale.
  • Des caméras-piétons sont testées dans onze départements depuis novembre.

« On fonde beaucoup d’espoirs sur ce nouvel outil. Les retours d’expériences des policiers et gendarmes sont tous positifs », confie le capitaine Yvonnick Tacet. Depuis début novembre, les pompiers de Loire-Atlantique disposent, comme dix autres départements français, de caméras-piétons pour leurs interventions. L’expérimentation, qui doit durer deux ans et demi, a pour but d’offrir une réponse à la nette augmentation des faits de violences visant les soldats du feu.

Dix-sept agressions recensées en 2017, 48 en 2018 et déjà plus de 70 depuis le 1er janvier 2019 ! « C’est préoccupant, reconnaît Michel Tellanger, directeur adjoint du service départemental d’incendie et de secours (Sdis) 44. Le contexte sociétal a changé. Ce qui représente l’ordre est de plus en plus malmené et les pompiers n’y font plus exception. »

La plupart des agresseurs sont des victimes

La violence ne vient pas forcément de là où on l’attend : la plupart des agresseurs étaient en effet d’abord des victimes que les pompiers étaient venus secourir. Et les faits se manifestent aussi bien en zone urbaine qu’en zone rurale, sur la voie publique comme à l’intérieur d’un logement. « Ce n’est plus une problématique de certains quartiers sensibles », assure Michel Tellanger.

Rezé, le 24 septembre 2019, reportage à la caserne des pompiers du Sdis 44 à l'occasion de la livraison de caméras-piétons
Rezé, le 24 septembre 2019, reportage à la caserne des pompiers du Sdis 44 à l'occasion de la livraison de caméras-piétons - Frédéric Brenon / 20Minutes

L’officier cite quelques exemples : « un équipage coursé par un individu porteur d’un couteau », « une personne qui tente de couper un tuyau d’eau avec une hache », « les coups de pied, coup de poing ou projection d’objets lorsqu’on entre dans un domicile »… Parfois, des « armes à feu sont sorties ». Les auteurs sont souvent « alcoolisés, isolés, ou en fragilité psychologique », ajoute Michel Tellanger.

« La sécurité devient un souci permanent »

Voilà pourquoi les pompiers ont changé leur manière d’aborder les interventions. « La sécurité de l’équipage devient un souci permanent. Toutes nos équipes l’ont intégré. On se surveille mutuellement, on apprend à savoir réagir. On a mis au point des formations sur les violences verbales et sur les comportements agressifs. Et lorsque nous savons qu’il y a un risque de violence, on coordonne notre déplacement avec la police », indique Yvonnick Tacet.

L’arrivée des caméras-piétons vient donc compléter le dispositif préventif. « Lorsque la caméra est allumée, généralement le niveau d’agressivité diminue. Elle permet ainsi d’éviter que la situation s’envenime », argumente le capitaine. L’utilisation des images peut également s’avérer fort utile si le fait de violence se traduit ensuite par une enquête judiciaire.

Comment fonctionne la caméra?

La caméra-piéton est accrochée à la poitrine d'un sapeur-pompier. S'il juge la situation tendue, le pompier prévient l'agresseur qu'il enclenche l'appareil. Le consentement n'est pas nécessaire. Les trente secondes précédant la mise en route de la caméra sont systématiquement enregistrées par défaut. De retour à la caserne, les images sont stockées et sécurisées pendant six mois à trois ans. Seul un officier de police judiciaire pourra les consulter.