« Pour le droit d’uriner en paix », des députés veulent interdire la publicité dans les toilettes

PETIT COIN, GROS ENJEUX Les députés à l’origine du texte veulent combattre l’installation d’écrans dans les lieux publics, notamment dans les toilettes

L.Br.

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Comme ici en Chine, le tout est de réussir à bien viser en se concentrant sur la publicité.
Comme ici en Chine, le tout est de réussir à bien viser en se concentrant sur la publicité. — STR / AFP

« Qui n’apprécie pas ce rare moment de tranquillité : pisser ? » Ainsi commence la proposition de loi pour « uriner en paix », déposée mercredi à l’Assemblée Nationale par François Ruffin (LFI), Clémentine Autain (LFI) ou encore Philippe Gosselin (LR).

Dans ce texte, les députés expliquent qu’ils souhaitent faire interdire une situation qui devient de plus en plus courante : la diffusion de publicité dans les toilettes des gares, de centres commerciaux, de stations essence… « Tandis que défilaient les annonces pour Uber, BNP-Paribas, la Fnac, j’ai songé : "Même ici ! Même ici, les publicitaires envahissent notre temps de cerveau disponible !" », poursuivent les députés. « Comment échapper à ce message, lumineux, en couleur et en mouvement, qui s’affiche au-dessus de chaque urinoir, sur chaque porte de ce sous-sol ? Difficile d’y échapper, à moins de fermer les yeux et de risquer un accident liquide… »

Par « le petit bout de la lorgnette »

Objectif affiché : « Bouter la publicité hors des W.C. » Une proposition qui s’étend à l’espace public : la rue. « À Caen, à Rennes, à Nantes, de nouveaux contrats prévoient l’installation de panneaux numériques par dizaines », affirme le texte de loi. Cette proposition relève aussi d’un enjeu écologique. « Un écran de 2 m² consomme au moins 7.000 KWh/an. Soit la consommation d’un couple avec enfant. (…) À la fabrication, ce n’est pas mieux : l’ADEME estime qu’il faut 7 tonnes de matériaux rien que pour un écran de 1 m², et au moins 550 kg de CO². Sans compter la pollution lumineuse », énumèrent les députés.

Aux moqueries que pourrait susciter ce texte, les députés anticipent : « Nous attaquons le problème par le petit bout de la lorgnette, mais aussi par le sommet de l’iceberg publicitaire. (…) Et le long chemin, le long chemin pour la libération de notre imaginaire, doit commencer par un premier pas. Fut-il modeste. »