Abus sexuels dans l’Eglise : Le président de la commission Sauvé rend ses premières conclusions

ENQUETE La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) doit rendre ses conclusions définitives pour « début 2021 », a expliqué son président Jean-Marc Sauvé

20 Minutes avec AFP

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Jean-Marc Sauve, le président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise (CIASE), le 8 février 2018 à Paris.
Jean-Marc Sauve, le président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise (CIASE), le 8 février 2018 à Paris. — JACQUES DEMARTHON / AFP

Devant les évêques, réunis à Lourdes ce jeudi, Jean-Marc Sauvé, le président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase) a rendu ses premières conclusions, deux jours avant un vote de l’épiscopat sur un geste financier pour les victimes.

« Nous découvrons beaucoup de douleurs et de souffrances, beaucoup de vies abîmées (…). C’est une expérience dont on ne peut pas sortir inchangé ni indemne », a résumé Jean-Marc Sauvé. Lancée début juin, la commission, qui réunit une vingtaine de membres, est chargée de faire la lumière sur les crimes commis par des clercs ou des religieux depuis la fin des années 1950. Elle doit rendre ses préconisations pour « début 2021 », a précisé Jean-Marc Sauvé.

Près de 2.500 appels téléphoniques reçus

Ses travaux ont commencé par un appel à témoignages auprès de victimes, lesquelles, quand elles acceptent, sont longuement auditionnées. En quatre mois, 2.500 appels téléphoniques, mails et courriers ont été reçus. 800 personnes ont répondu à un questionnaire détaillé et environ 25 victimes ont été entendues. La plupart sont des hommes (60 %), agressés lorsqu’ils étaient mineurs (90 %), a affirmé Jean-Marc Sauvé. Ils ont aujourd’hui, à 85 %, plus de 50 ans. Dans 88 % des cas, il n’y a pas eu de procédure judiciaire. Et pour une « part significative », ce sont des personnes « qui n’en ont jamais parlé » à leurs proches.

« 2.500 appels, ce n’est pas considérable », a-t-il estimé, au regard des 40 millions de personnes qui ont, selon lui, pu avoir approché, depuis les années 1950, de près ou de loin, la confession catholique (catéchisme, établissements scolaires, mouvements de jeunesse). Et de rappeler l’ampleur « colossale » de la tâche qui attend sa commission, reçue jeudi en fin de matinée par les quelque 120 évêques catholiques de France réunis en assemblée plénière depuis mardi et jusqu’à dimanche.

Une somme « forfaitaire », « unique » et « versée qu’une seule fois »

Sa commission, indépendante mais dont le financement provient à la fois de la Conférence des évêques de France (CEF) et des congrégations et institutions religieuses, devra aussi évaluer les mesures prises par le clergé depuis les années 2000 face aux abus sexuels. Samedi, l’épiscopat doit justement prendre une décision sur le versement d’une « somme » financière portant « reconnaissance de la souffrance subie par les victimes », une question sur laquelle travaillent depuis un an les évêques et des personnes victimes.

L’évêque Pascal Delannoy, responsable de cette question à la CEF, a affirmé jeudi devant la presse à Lourdes que cette « somme » – terme finalement préféré à celui d'« allocation » – serait « forfaitaire », « unique » et « versée qu’une seule fois ». Elle ne serait « pas un dédommagement », lequel est « l’affaire des tribunaux », ni une « réparation d’un préjudice ». « Nous parlons de la reconnaissance » de la souffrance, a-t-il dit. Son montant fait partie des discussions. Il concernerait les victimes déjà passées par des procédures judiciaires ou celles pour qui les faits sont prescrits.