Attaque à la préfecture de Paris : Deux ex-préfets défendent le service où Mickaël Harpon était employé

ENQUETE Auditionnés à l’Assemblée nationale, les deux ex-préfets ont défendu un service « sans dysfonctionnement »

20 Minutes avec AFP
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Michael Delpuech devant une autre commission d'enquête parlementaire, mise en place après l'affaire Benalla (25 juillet 2019).
Michael Delpuech devant une autre commission d'enquête parlementaire, mise en place après l'affaire Benalla (25 juillet 2019). — FRANCOIS GUILLOT / AFP

Devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, Bernard Boucault et Michel Delpuech, deux anciens préfets de police de Paris, ont défendu ce mercredi la direction du renseignement de la Préfecture de police de Paris (DRPP), où était employé Mickaël Harpon.

Tous deux étaient interrogés sur d’éventuels dysfonctionnements pouvant expliquer l’attaque. Le président de la Commission, Eric Ciotti (LR), a relevé que la patronne actuelle de la DRPP, Françoise Bilancini, auditionnée à huis clos la semaine dernière, leur avait expliqué avoir été nommée en 2017 pour « remettre de l’ordre, réorganiser et professionnaliser » cette direction.

Une organisation « exemplaire »

« Je n’ai jamais détecté de dysfonctionnement » au sein de la DRPP, a insisté Michel Delpuech (préfet de police d’avril 2017 à mars 2019). « Quand j’ai été nommé, elle [Françoise Bilancini] venait d’être nommée (…). Une convention a été signée entre la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure) et la DRPP pour mettre aux normes la DRPP », a-t-il expliqué, soulignant que la DGSI était « chef de file », et la DRPP « un dispositif dit du 2e cercle ».

Même tonalité chez Bernard Boucault (mai 2012 à juillet 2015), pour qui « l’organisation était exemplaire » entre la DRPP et la DGSI, avec des « transmissions d’informations en temps réel » et la présence d’un officier de liaison de la DGSI au sein de la DRPP et vice versa. Tous deux ont défendu les procédures mises en place pour prévenir la radicalisation, détaillant la composition et le nombre de réunions consacrées à ce sujet. Sans convaincre.

Une « ambiance familiale »

Des membres de la commission ont insisté sur l’absence de remontée d’informations concernant des soupçons de radicalisation de Mickaël Harpon – converti à l’islam il y a une dizaine d’années – alors que, selon un rapport interne rédigé après la tuerie, il aurait déclaré à un collègue à propos de l’attentat de Charlie Hebdo : « C’est bien fait ». « De l’amateurisme à tous les étages », s’est exclamé Eric Diard (LR), en mettant l’accent sur cette « faille » touchant de surcroît un service de renseignement.

Bernard Boucault a émis l’hypothèse selon laquelle Mickaël Harpon, « qui occupait un poste modeste » et était « handicapé », aurait « été en quelque sorte protégé par ses collègues ». « Ils n’ont pas voulu donner une pleine signification aux propos qu’il a pu tenir. Ce n’est qu’une supposition », a-t-il ajouté, évoquant « une ambiance familiale ».

Le 3 octobre, Mickaël Harpon, qui s’occupait de la maintenance informatique de la DRPP, a tué dans l’enceinte de la Préfecture de police de Paris quatre fonctionnaires avant d’être abattu. Il avait fréquenté, à Gonesse où il vivait, un imam fiché S, selon des sources proches de l’enquête.