Le nombre de forces de l’ordre blessées en mission ne cesse d’augmenter

ETUDE En 2018, 10.790 policiers et gendarmes ont été blessé lors d’une intervention. Un nombre en hausse de 15 % par rapport à 2017

Thibaut Chevillard

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Le nombre de gendarmes agressés en mission a augmenté de 20% entre 2017 et 2018 (illustration)
Le nombre de gendarmes agressés en mission a augmenté de 20% entre 2017 et 2018 (illustration) — M. Allili / Sipa
  • Le nombre de policiers et gendarmes blessés en 2018 atteint un niveau inégalé depuis 2012 : 20.306.
  • Un peu plus de la moitié a été blessée en mission (53 %), soit 10.790 agents. Un nombre en hausse de 15 % comparé à 2017.
  • Près de la moitié des gendarmes blessés lors d’une intervention l’ont été à la suite d’une agression. Un chiffre qui augmente de 20 % en 2018.

C’est un seuil qui n’avait plus été atteint depuis 2012. L’année dernière, 20.306 policiers et gendarmes ont été blessés dans l’exercice de leurs fonctions, selon une étude de l’ONDRP (Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales). Un chiffre qui augmente de 22 % par rapport à 2017. Ce qui est nouveau, c’est qu’ils sont de plus en plus nombreux (53 % en 2018, soit 10.790 agents) à avoir été blessés en mission quand les autres l’ont été en service, c’est-à-dire en dehors de l’exécution d’une opération de police. Et cette « hausse significative », comme la qualifie le directeur de l’observatoire, Christophe Soullez, concerne aussi bien les policiers (+16 % par rapport à 2017) que les gendarmes (+13 %).

Jamais le nombre de policiers blessés en mission (6.002) n’avait été aussi important. Comment l’expliquer ? « Certains individus vont être plus agressifs, plus tendus lorsqu’ils interagissent avec les forces de l’ordre », notamment lors « d’opération de contrôle », remarque Christophe Soullez. D’ailleurs, la plupart des agents blessés en mission sont ceux que l’on croise au quotidien dans les rues. Ils sont affectés à la direction centrale de la sécurité publique (65 %) ou à la préfecture de police de Paris (25 %). Les autres font partis des CRS (7 %), de la police aux frontières (3 %) ou d’autres services (1 %). L’ONDRP souligne en outre que 666 agents ont été blessés avec une arme en 2018, contre 418 en 2017, soit une augmentation de 60 % en un an.

« Aux yeux de la justice, un rappel à la loi c’est une sanction »

Pour Frédéric Lagache, délégué général du syndicat Alliance police nationale, cette hausse, si elle est inquiétante, n’est pas étonnante. La faute, dit-il, aux magistrats qui sanctionnent « peu ou pas » les agresseurs de force de l’ordre. « Aux yeux de la justice, un rappel à la loi c’est une sanction, déplore-t-il. Cela donne un sentiment d’impunité aux auteurs de ces faits. Le message envoyé dans certains quartiers est clair : vous pouvez agresser des policiers puisque la sanction ne sera pas proportionnée à la gravité de l’acte. » Selon lui, il faut « inverser la peur », en sanctionnant « quasiment automatiquement » les individus qui s’attaquent aux policiers, aux gendarmes ou aux pompiers « car c’est intolérable ».

Quant aux gendarmes blessés en 2018, 65 % l’ont été en mission. « On aurait pu penser que les gendarmes seraient préservés, ajoute Christophe Soullez. Mais aujourd’hui, la gendarmerie couvre des zones péri urbaines qui connaissent les mêmes problèmes que les zones sensibles où travaille la police. » Détail préoccupant, 2.306 militaires ont été blessés après avoir été agressés, soit 48 % des cas. Un nombre qui a augmenté de près 20 % en un an. « La situation s’aggrave chaque année », regrette Frédéric Lelouette, président de l’association professionnelle GendXXI. « Les agressions sont devenues le quotidien des gendarmes et plus que jamais nous demandons une vraie réponse pénale pour protéger les gendarmes, poursuit-il. Une réponse forte et rapide pour stopper l’impression d’impunité des auteurs. »

Pas d’effet « gilets jaunes »

La hausse du nombre de policiers et de gendarmes blessés « n’est pas exclusivement liée à la mobilisation des "gilets jaunes" », insiste le directeur de l’observatoire le directeur de l’observatoire, précisant néanmoins que leur nombre a légèrement augmenté au début du mouvement, à la fin de l’année 2018. « L’actualité parle d’elle-même, souffle Frédéric Lagache. Des collègues blessés on en constate tous les jours. » Christophe Soullez estime pour sa part qu’il serait intéressant d’étudier le contexte dans lequel ces forces de l’ordre ont été blessées. L’ONDRP a même entamé un travail sur cette question en lien avec le tribunal de grande instance de Bobigny. Mais le gouvernement ayant sonné le glas de l’observatoire, il n’est pas sûr qu’il puisse aboutir.