Lille: Ils transforment les résidus de bière en muesli, cookies et biscuits apéros

INSOLITE Christophe et Caroline, deux Lillois passionnés de bière, ont crée Happy Drêche qui revalorise les céréales utilisées dans la fabrciation de la bière

Francois Launay

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Des biscuits apéro à base de drêche
Des biscuits apéro à base de drêche — M.Libert/20 Minutes
  • Utilisé dans la fabrication de la bière, la drêche est désormais revalorisée dans la fabrication de biscuits.
  • L’idée a été mise au point par deux amis lillois qui ont décidé d’arrêter le gaspillage de cet orge malté gorgé d’eau dont les brasseurs ne savaient plus quoi faire en ville.

Des cookies, biscuits apéro ou muesli à base de restes de bière. Vous en rêviez (ou pas), deux Lillois l’on fait en utilisant la drêche. Ici, aucun lien avec la drache que tous les Nordistes connaissent de janvier à décembre. Loin d’être une averse, la drêche est issue de la fabrication de la bière.

« Pour faire de la bière, on trempe dans une cuve de l’orge malté dans de l’eau chaude. La céréale va infuser dans l’eau qui va récupérer le sucre de la céréale. Mais quand on filtre ce liquide sucré pour faire la bière avec addition de levure et de houblon, il reste dans la cuve de l’orge malté gorgé d’eau qu’on appelle la drêche », explique Christophe Uliasz, fondateur d’Happy Drêche, une association qui revalorise cette céréale.

Des biscuits apéro à base de drêche
Des biscuits apéro à base de drêche - M.Libert/20 Minutes

Rien n’était pensé en ville pour valoriser ce produit

Il y a encore deux ans, ce Lillois ignorait tout de la drêche. Mais en visitant une micro-brasserie avec Caroline, sa collègue de travail au conseil régional des Hauts-de-France, une révélation se produit. « On a sympathisé avec le brasseur qui nous a fait part d’un problème avec la gestion de ce produit issu de la fabrication de la bière. Il faut savoir que pour produire 1.000 litres de bières, on génère 300 kilos de drêche. C’est énorme et ça a un coût économique pour des brasseurs obligés de payer une structure qui vient collecter la drêche en tant que bio-déchet. », raconte l’entrepreneur.

Si en milieu rural, la drêche est récupérée depuis longtemps par les agriculteurs qui s’en servent pour nourrir leur bétail, rien n’était jusqu’ici pensé en milieu urbain pour valoriser ce produit. Avec l’explosion ces dernières années des microbrasseries dans les centres-villes, la gestion de ces résidus de bière commençait pourtant à devenir un problème.

Un produit bourré de qualités nutritionnelles

Vu que la drêche s’oxyde rapidement et doit être réutilisée au maximum quatre heures après sa sortie de cuve, inutile de demander à un agriculteur de venir la chercher à Lille. Il y avait donc un créneau à prendre et Christophe et Caroline se sont engouffrés dedans. Après quelques mois de recherches et de réflexions, ils découvrent que la drêche est réutilisée aux Etats-Unis dans des barres énergétiques pour sportifs.

« Et après analyse nutritionnelle, on s’est rendu compte que la drêche était bourrée de qualités. Il y a 70 % de fibres diététiques, 20 % de protéines, des acides aminés essentiels et plus de vitamine E que dans des céréales classiques. En plus, c’est moins calorique car tout le sucre est parti dans l’eau pendant la fabrication de la bière. On s’est donc dit qu’on tenait quelque chose »

Une demande qui grossit

En, février 2018, les deux amis se mettent en temps partiel pour lancer Happy Drêche. Toutes les deux semaines, ils s’en vont récolter 25 à 30 kilos de drêche chez les micro-brasseurs de Lille. Ils transforment le tout dans un laboratoire pour en faire du muesli, des cookies, des biscuits apéro ou encore des gâteaux pour le café.

Une valorisation maximale du produit totalement dans l’air du temps et qui commence à trouver son public. « On reçoit énormément de demande d’épiceries fines, de cavistes, de circuits courts. On n’a pas encore de lieu de distribution mais on y réfléchit. Ce n’est que le début. Dire qu’il y a deux ans, la drêche était inconnue de mon dictionnaire. Et maintenant, c’est le mot que j’utilise le plus au quotidien. Je vis drêche, je mange drêche, je rêve drêche », sourit Christophe qui espère bien convertit les Lillois sa nouvelle passion lors du festival Bière à Lille (BAL) qui se déroule ce week-end dans toute la ville.