Incendie de l’usine Lubrizol : La prévention des accidents industriels est-elle suffisante ?

SECURITE « Sur la gestion de crise, la qualité de l’information, l’organisation de la gestion de crise, il y a encore beaucoup à faire », alerte Yves Blein, le président d’Amaris, l’association des collectivités pour la maîtrise des risques technologiques majeurs

Manon Aublanc

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L'usine Lubrizol de Rouen en feu, le 26 septembre 2019.
L'usine Lubrizol de Rouen en feu, le 26 septembre 2019. — Robin Letellier/SIPA
  • Le 26 septembre, l’incendie de l’usine Lubrizol de Rouen a mis en lumière les défaillances sécuritaires des sites industriels en France.
  • L’association des collectivités pour la maîtrise des risques technologiques majeurs (Amaris), qui regroupe communes et collectivités locales accueillant des sites dits « Seveso seuil haut », a publié ce mardi un « livre blanc » sur l’exposition aux risques technologiques.
  • Communication défaillante, prévention incomplète, manque de coopération entre les services lors de crises… Selon l’association, qui a formulé une liste de recommandations, le constat est inquiétant.

Plus d’un mois après l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, la sécurité des sites dits «  Seveso seuil haut » est au cœur des débats. Selon un rapport publié ce mardi par Amaris, l’association des collectivités pour la maîtrise des risques technologiques majeurs, le constant est inquiétant.

Communication défaillante, prévention inachevée, manque de coopération lors de crises… Selon l’association qui regroupe les communes et les collectivités locales accueillant les 700 sites Seveso seuil haut, dont l’usine Lubrizol, la prévention des accidents industriels est loin d’être satisfaisante. L’association estime que les mesures de prévention des risques, prévues dans les plans créés deux ans après la catastrophe de l’usine AZF de Toulouse en 2001, « peinent à être mises en place »

Des entreprises qui « ont besoin d’être accompagnées »

Pour l’association, les entreprises, qui se situent dans le périmètre des usines Seveso et qui sont tenues de « prendre des mesures pour protéger les salariés en cas d’accident industriel », manquent d’information et d’accompagnement. « Les chefs de ces entreprises ne savent pas comment protéger leurs salariés d’un risque d’émanation toxique, d’un risque d’incendie ou d’un risque d’explosion », explique Yves Blein, député LREM du Rhône et président de l’association, à 20 Minutes, ajoutant : « Il ne faut pas que les chefs d’entreprise soient livrés à eux-mêmes, face à leurs responsabilités ». « Ces entreprises ont besoin d’être accompagnées parce qu’elles ne connaissent pas forcément la réalité des risques. L’Etat les en informe, mais ça se limite à l’information, ce n’est pas suffisant », estime le président d’Amaris.

L’association pointe également du doigt la question des travaux de sécurisation des logements situés près des sites à risques. Alors que 16.000 logements sont concernés par des travaux obligatoires de « mise en protection », seuls 600 en ont bénéficié. « Les travaux sont différents selon la distance à laquelle se trouve le logement du site à risque. Les travaux de sécurisation, ça peut être l’installation d’une pièce de confinement en cas d’émanation toxique ou d’un vitrage particulier en cas de risque d’explosion », détaille Yves Blein. Selon l’association, le « principal frein », c’est d’abord le financement avec un reste à charge de 10 % pour les habitants. « Il y a également le problème des financements, qui ont mis énormément de temps à arriver », ajoute le député LREM.

La sirène, un dispositif qui « n’est plus adapté »

L’association des collectivités estime également qu’il faut changer les modalités de communication, c’est-à-dire le déclenchement de la sirène en cas d’accident. Pour Yves Blein, le dispositif « n’est plus adapté pour prévenir les populations ». « Tout le monde ne l’entend pas, tout le monde n’est pas en capacité de l’interpréter. Le signal n’est pas assez clair pour permettre aux riverains d’adopter le comportement qu’il faut ou tout simplement de comprendre ce qui se passe », ajoute-t-il.

Dans ses préconisations, Amaris plaide pour la mise en place du « cell broadcast », un dispositif qui permet aux opérateurs d’envoyer des messages sur tous les mobiles se trouvant dans une zone donnée. Déjà utilisé au Japon ou aux Etats-Unis, ce dispositif a également été réclamé par Pierre-André Durand, le préfet de Normandie, lors de son audition par la mission d’information de l’Assemblée nationale, le 31 octobre dernier. « C’est incontestablement un bon système », estime Yves Blein.

Les maires, « pas associés aux cellules de crise »

Pour l’association, les collectivités, qui sont pourtant l’un des « maillons clé dans la prévention des risques », ne sont pas assez impliquées. « Aujourd’hui, les élus locaux ne sont pas associés aux cellules de crise » en cas d’accident, déplore le député. « Souvent les habitants se retournent vers la mairie et elles ne peuvent pas leur apporter de réponse ». « Il faut qu’en période crise, les élus soient davantage associés par les autorités préfectorales, par les services de sécurité civile à la gestion de l’accident lui-même. Le maire doit être informé en temps réel et être au cœur des opérations de secours. C’est lui qui est responsable de la sécurité de la population », réclame Yves Blein.

Ce rapport, qui sera remis aux autorités d’ici à la fin de l’année, « appelle à une prise de conscience des autorités, des industriels, des collectivités locales », estime l’association. « On demande plus de concertation, plus de travail ensemble dans les éléments de préparation entre les autorités de l’Etat, les industriels et les collectivités », détaille Yves Blein. « Sur la gestion de crise, la qualité de l’information, l’organisation de la gestion de crise, il y a encore beaucoup à faire », alerte-t-il.