Non, Napoléon n'a pas écrit à un préfet pour lui ordonner de fusiller des incendiaires

FAKE OFF La supposeté fermeté de l'empereur a été mise en avant sur les réseaux sociaux, après l'incendie qui s'est déroulé à Chanteloup-les-Vignes. La lettre est un faux, confirment à « 20 Minutes » plusieurs historiens 

Mathilde Cousin

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Ce bicorne ayant appartenu à Napoléon a été présenté dans une exposition aux Etats-Unis.
Ce bicorne ayant appartenu à Napoléon a été présenté dans une exposition aux Etats-Unis. — /AP/SIPA
  • Une lettre attribuée à Napoléon Bonaparte est diffusée sur les réseaux sociaux. L'empereur aurait ordonné à un préfet de faire fusiller des incendiaires.
  • La lettre est un faux, expliquent plusieurs historiens à 20 Minutes.
  • Ni la forme, ni le fond ne sont plausibles.

Napoléon a-t-il ordonné à un préfet de « faire fusiller » des incendiaires ? Une lettre attribuée à l’empereur circule sur les réseaux sociaux, depuis l' incendie qui a touché un chapiteau de cirque à Chanteloup-les-Vignes. Le 21 août 1809, Napoléon se serait adressé au préfet du Var en ces termes : « J’apprends que divers incendies ont éclaté dans les forêts du département dont je vous ai confié l’administration. Je vous ordonne de faire fusiller sur le lieu de leurs forfaits les individus convaincus de les avoir allumés. Au surplus, s’ils se renouvelaient, je veillerai à vous trouver un remplaçant. »

La supposée fermeté de Napoléon Bonaparte a été mise en parallèle sur Twitter avec l’incendie qui a touché Chanteloup-les-Vignes.

Cette lettre est un faux.
Cette lettre est un faux. - Capture d'écran Twitter

FAKE OFF

Cette lettre est un faux, affirment auprès de 20 Minutes des historiens spécialistes de Napoléon Bonaparte et de l’Empire.

« La forme n’est pas correcte, le fond non plus, explique Pierre Branda, responsable du pôle patrimoine à la Fondation Napoléon et historien. La calligraphie est complètement fantaisiste. Napoléon n’écrivait pas, il dictait, cette écriture est bien loin de celle de ses secrétaires. » De plus, Napoléon n’adressait pas ses courriers aux préfets, mais au ministre de l’Intérieur.

« On dirait qu’on a essayé d’imiter un format ancien, mais c’est très mal fait »

La signature est douteuse, de même que la formule « Napoléon, par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur des Français ». « En 1809, Napoléon était aussi roi d’Italie, protecteur de la fédération du Rhin et médiateur de la Confédération suisse », développe Vincent Haegele, auteur de plusieurs monographies sur Napoléon. Ces titres apparaissaient dans sa correspondance. Ici, ils sont absents. Manque également une formule de politesse à la fin. Quant au grain du papier utilisé pour cette lettre, il est « assez particulier, ajoute Vincent Haegele. On dirait qu’on a essayé d’imiter un format ancien, mais c’est très mal fait. »

Napoléon a-t-il été informé d’incendies dans le Var à l’été 1809 ? C’est ce que prétend la lettre. « Les bulletins de police que Napoléon reçoit quotidiennement ne font aucune mention de ces incendies, détaille Jacques-Olivier Boudon, historien à l’université Paris-Sorbonne et président de l’institut Napoléon. Pourtant, tout ce qui concerne les incendies y est très minutieusement détaillé [habituellement]. »

Cette lettre apparaît en 1969 dans un livre édité l’année de l’occasion du bicentenaire de la naissance de Bonaparte, rappelle Pierre Branda. Pourquoi avoir créé ce faux ? « La fabrication est une façon de démontrer que Napoléon pratiquait l’arbitraire », avance Jacques-Olivier Boudon. On peut également y lire un rappel historique, selon David Chanteranne, rédacteur en chef de la revue Le Souvenir napoléonien : « Ce faux a été fait de toutes pièces pour essayer de rappeler la politique qui avait été faite par le général Morand en Corse. » Ancien aide de camp de Bonaparte, Morand est envoyé sur l’île et y mène une politique arbitraire. En 1808, des Corses sont emprisonnés sur le continent, d’autres sont fusillés. Quatre ans plus tard, le militaire est rappelé. En s’en prenant au général, l’auteur du texte vise indirectement Bonaparte.

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