Pédophilie dans l'église : Des victimes mettent en garde les évêques contre une allocation financière « au rabais »

EGLISE « Le fait qu’ils prévoient une “allocation” et non une “indemnisation” montre bien qu’ils n’assument pas la responsabilité collective de ce fléau », a déclaré Olivier Savignac, du collectif Foi et résilience

20 Minutes avec AFP

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Image d'illustration d'une croix chrétienne.
Image d'illustration d'une croix chrétienne. — PHILIPPE HUGUEN / AFP

Plusieurs victimes de pédocriminalité dans l’Eglise ont mis en garde ce lundi les évêques, qui doivent se prononcer à Lourdes (Pyrénées-Atlantiques) sur une allocation financière de reconnaissance de la souffrance vécue, contre un « forfait au rabais » et une opération « de communication ».

Les quelque 120 évêques catholiques de France se réunissent en assemblée plénière à partir de mardi à Lourdes pour parler notamment d’écologie, mais surtout pour voter samedi le principe et les modalités d’une « allocation de reconnaissance financière » pour les victimes. Le porte-parole de la Conférence des évêques de France (CEF) Thierry Magnin a indiqué qu’il ne s’agirait pas d’une « indemnité » mais d’un « forfait, dont le montant fait partie des discussions ». Les évêques devront aussi se prononcer sur la création d’un « fonds spécifique de dotation », alimenté par un appel aux dons permettant de financer cette allocation.

La proposition « ne correspond pas » aux attentes des victimes

Ce schéma a fait réagir plusieurs victimes qui travaillent avec l’épiscopat depuis un an sur ce chantier. « Le fait qu’ils prévoient une “allocation” et non une “indemnisation”, laquelle les engagerait juridiquement, montre bien qu’ils n’assument pas la responsabilité collective de ce fléau », a déclaré Olivier Savignac, du collectif Foi et résilience.

« On va avoir un forfait de quelques milliers d’euros », « ce n’est pas suffisant et cela ne prend pas en compte les cas singuliers. Il faudrait des barèmes d’indemnisation sur le modèle des Cotorep [pour le handicap] », a-t-il ajouté. Il craint « un forfait au rabais » et une « manœuvre de communication » des évêques. « Cette proposition ne correspond ni aux attentes ni aux besoins des victimes », a renchéri Jean-Luc Souveton, lui aussi membre du collectif, qui sera présent à Lourdes jeudi.

Des relations « tendues »

« Qui peut se satisfaire de cela ? C’est une manière, pour l’institution, de se donner bonne conscience », selon lui. Pour octroyer cette « allocation », « il y aurait besoin d’une commission indépendante qui reçoive les victimes », à la fois pour « évaluer ce dont elles ont besoin individuellement », mais aussi parce que dans certains diocèses « les relations entre victimes et l’évêque sont trop tendues », plaide Jean-Luc Souveton, prêtre du diocèse de Saint-Etienne, lui-même victime d’agressions sexuelles.

« On est reconnaissant du dialogue entamé il y a un an, mais on est seulement à moitié entendus », affirme Véronique Garnier, victime présente jeudi également, pour qui « un geste financier » de type forfait n’est « pas une réparation juste » et ne permet pas une « reconnaissance de la responsabilité collective de l’Eglise ».