Bretagne: Un laboratoire d’analyse de drogues en projet pour « protéger » les consommateurs

SANTE Le collectif L’Orange Bleue lance une campagne de financement pour proposer des « testings », notamment en festival et teknival

Camille Allain

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Photo datant de 2005 et annonçant la fin du testing, qui permettait de vérifier la présence de MDMA dans les cachets d'ecstasy. Une pratique interdite depuis 2005.
Photo datant de 2005 et annonçant la fin du testing, qui permettait de vérifier la présence de MDMA dans les cachets d'ecstasy. Une pratique interdite depuis 2005. — F. NASCIMBENI / AFP
  • Le collectif L’Orange Bleue, qui intervient en milieu festif, souhaiterait créer un laboratoire mobile d’analyse de drogue.
  • Grâce à un spectromètre, les associations pourraient connaître la concentration et la composition des drogues.
  • Ce dispositif permettrait de nouer le contact avec les consommateurs lors des teufs mais aussi en dehors.

Elle sait que sa demande ne fera pas l’unanimité, mais elle s’en moque. Persuadée de l’utilité de son projet, Mylène Guillaume espère convaincre le grand public et les collectivités de l’aider à financer un laboratoire itinérant d’analyse de drogue. Un défi de taille pour la coordinatrice de L’Orange Bleue. Ce collectif, qui intervient dans les milieux festifs de Bretagne depuis bien longtemps, exerce une mission essentielle de réduction des risques face aux consommateurs de drogue de plus en plus nombreux.

Le collectif aimerait investir dans un spectromètre. Cet appareil, d’une valeur de 40.000 euros, leur permettrait d’analyser la composition des drogues comme la cocaïne, l’héroïne et toutes les drogues de synthèse qui circulent habituellement en teuf ou en festival. Même si la question de la consommation de drogues dures est encore taboue pour le grand public. « Nous, on n’est ni pour, ni contre, on veut juste réduire les risques », justifie Mylène Guillaume.

La cocaïne et la MDMA de plus en plus concentrées

La coordinatrice s’inquiète notamment de l’augmentation récente de la concentration de certaines drogues. Sur le marché, la cocaïne est aujourd’hui beaucoup plus forte, tout comme la MDMA, amphétamine que l’on trouve sous forme de cristaux. « On ne peut pas connaître la composition d’un produit, ce n’est pas marqué sur l’emballage. C’est la roulette russe », rappelle la coordinatrice. Habilité à tester les produits, le collectif a récemment trouvé de la cocaïne pure à plus de 80 % vendue en Bretagne. Résultat : « Nous constatons de plus en plus de surdosages. On retrouve des gens en panique, on doit parfois en évacuer certains à l’hôpital. C’est inquiétant ».

Déjà utilisé à Bordeaux, Lyon, Paris ou Marseille, le laboratoire d’analyse de drogue pourrait également permettre aux associations de prévention « d’accrocher » des consommateurs qu’elles ne croisent jamais et de les informer. Un rôle essentiel dans l’une des régions françaises les plus consommatrices. « Depuis toujours, on nous explique que les drogues sont mauvaises. Ce que je constate, c’est que depuis cinquante ans, les chiffres de consommation ne font qu’augmenter et que la drogue est de plus en plus présente. Pour moi, il faut un autre discours. Il faut faire de la réduction des risques, pas de la répression », estime Côme.

«Personne ne veut consommer de la merde»

Agé de 24 ans, le jeune homme ne va plus beaucoup en teuf. « Je suis un peu vieux », glisse-t-il en toute franchise. Depuis cinq ans, il est bénévole pour l’Orange Bleue et intervient en marge des rassemblements pour informer et dialoguer avec les consommateurs. « Le premier risque, c’est que tu ne sais pas ce que tu prends. Et tu n’as aucun moyen de le savoir. Ce qui est sûr, c’est que personne ne veut consommer de la merde, ni prendre un truc surdosé ».

Dans les années 90, les associations pratiquaient du « testing » sur les cachets d’ecstasy afin de vérifier, ou non, la présence de MDMA. Une méthode jugée peu fiable et interdite depuis la loi de santé publique de 2004. Dans une enquête menée l’an dernier, le collectif L’Orange Bleue révélait que la première attente des habitués des teknivals portait sur l’analyse des produits.