Interdiction du foie gras à New York : « On parle bien du pays du bœuf aux hormones ? », les producteurs français sont plus navrés qu’inquiets

PRISE DE BEC La Ville de New York vient d’interdire le foie gras. Dans les campagnes du Sud-Ouest, qui n’exportent pas aux Etats-Unis, cette « prohibition » est accueillie plus avec ironie qu’inquiétude

Hélène Menal

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Une tranche de foie gras français.
Une tranche de foie gras français. — Vincent Damourette - Sipa
  • Mercredi, le conseil municipal de New York a interdit, pour 2022, la consommation et la possession de foie gras.
  • Cette décision n’inquiète pas la filière française qui n’exporte pas vers les Etats-Unis.
  • Mais cette victoire des défenseurs de la cause animale agace fortement.

« On parle bien du pays du bœuf aux hormones et du poulet chloré », de « New York et sa Statue de la Liberté », « Grand bien leur fasse, il y en aura plus pour les autres ». Voici un petit extrait, saupoudré d’ironie gersoise, des réactions suscitées par la décision prise mercredi par le conseil municipal de Big Apple d’interdire à ses habitants de consommer – et même de posséder – ne serait-ce qu’un bocal de foie gras.

En France, passé le coup de tonnerre - où « le coup de com' » préfère dire Benjamin Constant, le président de l’association gersoise pour la promotion du foie gras - l’annonce ne semble pas en passe de gâcher le réveillon aux producteurs.

« Tout ce qui est interdit fait envie »

« Je ne pense pas qu’on puisse sur le plan juridique interdire un produit comme ça », se rassure Marie-Pierre Pé, la directrice du Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (Cifog) qui s’élève très officiellement contre « cette atteinte au libre commerce et à la libre consommation du foie gras ». « Tout ce qui est interdit fait envie », ajoute la responsable, qui voit la Californie engluée dans les procès depuis qu’elle a décidé la première en janvier de se priver du fleuron de la gastronomie française et constate qu’on n’a « jamais mangé autant de foie gras dans le monde ».

Elle est surtout sereine, parce que l’impact économique de cet embargo new-yorkais sera nul : il n’y a pas une once de foie gras français exporté aux Etats-Unis. « Depuis l’affaire du bœuf aux hormones en 1999 et les rétorsions américaines, il est taxé à 100 %, donc tout le monde a renoncé », expose Marie-Pierre Pé. « En plus, il faudrait que nos abattoirs soient homologués par l’administration américaine, c’est beaucoup trop compliqué », complète Benjamin Constant.

Mais le Gersois a quand même une grosse pensée pour Ariane Daguin (la fille du grand chef), installée au Etats-Unis, qui fabrique sur place « avec les process de Sud-Ouest » et alimente une grande part du marché new-yorkais. « Nous allons la soutenir dans son combat », assure-t-il.

Indolore donc du point de vue économique, l’événement tracasse quand même sur le plan du symbole. « C’est un gros coup de pub pour le lobby animaliste qui, grâce aux dollars des vedettes américaines, veut imposer le végétarisme sur toute la planète », déplore Marie-Pierre Pé. « C’est quand même des activistes, minoritaires et sectaires, qui ont réussi à l’imposer alors que nos animaux sont sains et bien élevés du début à la fin », s'emporte Benjamin Constant.

Les professionnels ont beau pester contre « l’anthropomorphisme » des animalistes, et assener « qu’un canard n’est pas un homme », ils savent que la controverse sur le gavage des palmipèdes va encore s’amplifier et que les réseaux sociaux de leurs adversaires sont puissants.