Rennes: Un « hébergement digne » pour accueillir les étrangers déboutés de leur demande d'asile

IMMIGRATION Le dispositif Dpar piloté par la préfecture a ouvert lundi et accueille des demandeurs d’asile déboutés

Camille Allain

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Le DPAR, ou Dispositif préparatoire d’aide au retour, accueille les étrangers «volontaires» pour rentrer dans leur pays d'origine.
Le DPAR, ou Dispositif préparatoire d’aide au retour, accueille les étrangers «volontaires» pour rentrer dans leur pays d'origine. — C. Allain / 20 Minutes
  • La préfecture de Bretagne a ouvert lundi un Dispositif préparatoire d’aide au retour ou DPAR.
  • La structure accueille des étrangers déboutés de leur demande d'asile qui acceptent de rentrer dans leur pays d'origine.
  • Les demandes d'asile ont explosé ces dernières années en Bretagne, provenant notamment de Géorgie ou d'Albanie, des pays considérés comme «sûrs» par l'Etat.

C’est un bâtiment tristounet qui a longtemps hébergé les services vétérinaires de l’Etat. Depuis lundi, cet immeuble abandonné de Rennes accueille des étrangers en situation irrégulière. Ce Dispositif préparatoire d’aide au retour (ou DPAR, appréciez le jeu de mots) offre un hébergement aux personnes déboutées de leur demande d’asile et qui « souhaitent » regagner leur pays.

« C’est une alternative humaine, un hébergement transitoire digne pour accompagner les personnes qui sont volontaires pour rentrer dans leur pays d’origine », explique la préfète Michèle Kirry, qui ajoute : « il a fallu se battre pour obtenir les crédits. C’est une structure qui manquait en Bretagne ».

Des primes au départ

Le bâtiment un peu austère peut accueillir 50 personnes qui y séjourneront entre 15 et 60 jours environ, « le temps pour l’État de trouver une solution ». Ici l’accès est libre et les occupants peuvent entrer et sortir comme bon leur semble. Pour inciter les étrangers à y séjourner, la préfecture leur verse quatre euros par jour au titre de la « subsistance », ainsi qu’une prime au départ variant entre 350 et 600 euros. « Mais après ? Quand je vais descendre de l’avion à Tbilissi, je n’aurai rien. Ma maison a été brûlée, mon magasin aussi. Je n’ai plus rien là-bas », lâche Marie, une Géorgienne installée en France depuis presque trois ans.

Déboutés du droit d’asile en juin, elle et ses deux fils Sebastien et Dashi ont parfois dû dormir en forêt, dans des églises ou à la rue. Avant de se résoudre à accepter de rejoindre Rennes et son nouveau centre d’accueil. « Je n’ai pas de solution », lâche la mère en pleurs. Derrière elle, les valises sont prêtes. Son plus grand fils a conscience qu’il va bientôt rentrer en Géorgie, trois ans après l’avoir quittée. « Notre pays n’est pas en guerre, c’est pour ça qu’on ne peut pas rester », lance Sebastien, la vingtaine.

Les demandes d’asile explosent en Bretagne

Depuis quelques années, les demandes d’asile ont explosé en Bretagne. « Sur les neuf premiers mois de l’année, c’est une hausse de 20 %. Plus d’un tiers des demandes émanent de pays dits sûrs où il y a très peu de chances d’obtenir l’asile », détaille la préfète Michèle Kirry. Des dizaines de personnes venant de Géorgie ou d’Albanie se heurtent au refus des autorités françaises. « On ne peut pas donner des papiers à tous les demandeurs. Ce n’est pas tenable », poursuit la préfète.

En proposant ce nouveau lieu, dont l’ouverture aura coûté 500.000 euros, la préfecture espère libérer des places dans ses structures d’accueil réservées aux demandeurs d’asile « en règle ». « C’est surtout un moyen d’inciter les personnes à rentrer. On aurait préféré qu’ils fassent un centre d’accueil », lance la militante Carole Bohanne, venue protester contre les expulsions. Au début du mois, un vol spécial avait été organisé par la préfecture bretonne pour rapatrier 33 Géorgiens. Le pays est considéré comme sûr selon la liste établie par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et moins de 5 % des demandes d’asile y sont acceptées.