Le vrai du faux sur les annonces du gouvernement autour de l'hébergement d'urgence

FAKE OFF « 20 Minutes » revient sur les chiffres avancés par le ministre en charge de la Ville et du logement, à l’approche du premier jour de la trêve hivernale.

Alexis Orsini

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Julien Denormandie, ministre en charge de la Ville et du logement.
Julien Denormandie, ministre en charge de la Ville et du logement. — PIERRE VILLARD/SIPA
  • A l'approche de la trêve hivernale, le gouvernement a annoncé la mise en 14.000 places d'hébergement temporaire en plus, et 100 millions d'euros de budget supplémentaire pour l'hébergement d'urgence. 
  • Deux annonces vantées par le ministre en charge de la Ville et du logement, Julien Denormandie, ce mercredi 30 octobre sur France Info.
  • 20 Minutes a vérifié la réalité des chiffres et ce qu'ils englobent réellement. 

« On va ouvrir des places temporaires supplémentaires, 14.000 de plus, le temps d’un hiver et une partie d’entre elles seront pérennisées à la sortie de l’hiver. » Avec cette annonce, faite sur l’antenne de France Info, ce mercredi 30 octobre, Julien Denormandie entendait vanter les efforts déployés par le gouvernement en vue du début de la période de trêve hivernale, ce 1er novembre, qui empêche toute expulsion locative jusqu’au 31 mars prochain.

« Dans le budget que je vais présenter à l’Assemblée nationale, c’est 100 millions d’euros supplémentaires qu’on met sur l’hébergement d’urgence et les politiques de logement. [Exactement, elles s’ajoutent aux 150.000 places] », poursuivait le ministre en charge de la Ville et du logement.

20 Minutes fait le point sur la réalité des chiffres annoncés, comme sur le détail du dispositif prévu.

FAKE OFF

« Ce chiffre de 14.000 places est exact », nous confirme Florent Gueguen, directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), qui gère plus de 800 centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS). « Il s’agit évidemment d’un effort positif, mais il s’agit de la stricte reconduction des capacités hivernales de la saison dernière : le gouvernement ne pouvait pas faire moins sachant qu’il y a plus de gens à la rue que l’an dernier et qu’il n’y a même jamais eu autant de personnes à la rue si on croise les données recueillies par le 115 et le nombre de personnes qui vivent dans des campements précaires », ajoute-t-il.

Florent Gueguen souligne en outre la nature précaire de ce dispositif prévu le temps de l’hiver : « Il s’agit de places temporaires, décidées notamment en fonction des températures, comme l’a indiqué Julien Denormandie, alors qu’on demande qu’elles soient ouvertes selon les besoins. Ce sont les préfets qui décident de les ouvrir lorsque les températures sont en dessous de zéro, et il s’agit souvent de places collectives d’assez faible qualité, des gymnases notamment, sur des périodes très réduites – souvent pas plus de 15 jours. »

« Leur précarité est renforcée par le fait que les personnes ne peuvent pas rester dans certains de ces hébergements – salle municipale, gymnase – en journée, elles sont obligées de les quitter jusqu’au soir. C’est un cycle infernal dans lequel les gens passent de la rue à l’hébergement d’urgence jusqu’au 31 mars et se retrouvent abandonnées ensuite. Nous regrettons le manque de qualité de ces places hivernales qui représentent une mise à l’abri temporaire alors que ce type d’action est normalement censé aider à la réinsertion », poursuit le directeur général de la FAS.

100 millions d'euros supplémentaires ? Un chiffre à nuancer

Contacté par 20 Minutes, le ministère de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales nous indique pour sa part que « les places hivernales sont très majoritairement des places en centres d’hébergement [CHRS], un quart étant des places activées en situation de grand froid, y compris dans des gymnases et équipements publics. »

Le chiffre de 100 millions d’euros supplémentaires prévus pour l’hébergement d’urgence avancé par Julien Denormandie reste quant à lui à nuancer, comme le souligne Florent Gueguen : « Les comparaisons de budget sont toujours compliquées, en l’occurrence il s’agit ici d’une comparaison entre le budget prévisionnel de 2020 avec le budget voté en 2019. En pratique, si on compare le budget prévu pour 2020 avec les crédits réellement consommés pour l’hébergement d’urgence en 2018, nous ne sommes pas sur 100 millions de hausse mais sur 8 millions. »

Quant au nombre de places temporaires potentiellement pérennisées après le 31 mars 2020 – qui était de 6.000 en 2019 –, le ministère de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales indique qu’il est encore trop tôt pour se prononcer, « sachant que la priorité du ministère est, au-delà du nombre de places très conséquent [à disposition à l’heure actuelle] (146.000 places) […], de pouvoir faire sortir les personnes vers un logement. C’est la politique du logement d’abord avec 70.000 personnes sorties de l’hébergement vers le logement en 2018, soit +20 % en un an ».