Annecy : Comment une association de riders français a su se rendre « indispensable » auprès de milliers de réfugiés

INITIATIVE L’association annécienne Riders for refugees a récolté 6.300 vêtements chauds en 2018 afin d’en faire bénéficier les migrants. La collecte 2019 se conclut jeudi 

Jérémy Laugier

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Les cinq ambassadeurs de Riders for refugees regroupés, à savoir Jérôme Tanon, Victor Daviet, Coline Ballet-Baz, Marion Haerty et Léo Taillefer.
Les cinq ambassadeurs de Riders for refugees regroupés, à savoir Jérôme Tanon, Victor Daviet, Coline Ballet-Baz, Marion Haerty et Léo Taillefer. — David Malacrida
  • Impulsée en 2015 par le journaliste et photographe britannique Danny Burrows, l’association Riders for refugees est désormais basée à Annecy (Haute-Savoie).
  • Quelques bénévoles, dont des ambassadeurs skieurs professionnels, se démènent pour collecter chaque année plus de 5.000 vêtements chauds, qui sont ensuite offerts à des associations au contact des migrants.
  • 50 réfugiés pourront également passer une journée à la montagne, le 7 mars prochain à Praz-sur-Arly (Haute-Savoie), afin d’y découvrir ski, snow et luge.

« On veut connecter deux mondes qui n’ont rien à voir, si ce n’est que l’un a trop de vêtements chauds, et l’autre pas assez. » Coordinateur de l’association Riders for refugees, David Malacrida résume ainsi comment le sport outdoor a été amené à venir en aide à des milliers de réfugiés depuis quatre ans. L’initiative a été prise par le Britannique  Danny Burrows, rédacteur en chef d’un magazine de snowboard, après une visite dans l’ancienne « jungle de Calais ».

150 m3 de vêtements chauds ont depuis été distribués à des migrants grâce à ce projet désormais porté en Auvergne-Rhône-Alpes, avec un siège basé à Annecy. « Les passionnés de sports d’hiver dans la région changent régulièrement de vêtements chauds techniques et en oublient dans leur armoire, indique David Malacrida, ancien rédacteur en chef d’un magazine de ski. L’idée est d’offrir une grande utilité à des vêtements qui dorment. »

« Le milieu de l’outdoor sait faire preuve de solidarité »

Les dons, qui se poursuivent jusqu’à jeudi, viennent donc essentiellement de particuliers, mais aussi d’entreprises offrant des invendus ou des vêtements présentant « de légers défauts de fabrication ». Après avoir récolté 5.000 articles chauds (pantalons, gants, vestes…) en 2017 puis 6.300 en 2018, l’association comptant 30 points de collecte va procéder au grand tri 2019, le 17 novembre à Annecy.

Le grand tri de Riders for refugees s'effectuera le 17 novembre à Annecy.
Le grand tri de Riders for refugees s'effectuera le 17 novembre à Annecy. - David Malacrida

Riders for refugees, qui compte « moins de dix bénévoles vraiment actifs », s’appuie notamment sur plusieurs skieurs et snowboardeurs professionnels comme Léo Taillefer, Coline Ballet-Baz, Marion Haerty et Victor Daviet, ou encore l’artiste-photographe Jérôme Tanon. David Malacrida, qui a hébergé de jeunes migrants dans son appartement, résume ainsi l’enthousiasme autour de Riders for refugees.

L’engouement est croissant, au point qu’on n’a même pas besoin d’aller démarcher les structures. Le milieu de l’outdoor peut paraître refermé sur lui-même mais il sait faire preuve de solidarité. Là, il a senti qu’il avait besoin de se responsabiliser. »

Sept points de livraison, de Grande-Synthe à Athènes

Depuis le début de l'aventure, de nombreux partenaires comme le magasin Picture Organic Clothing de Clermont, Rossignol, l’Ecole de ski française (ESF) de La Clusaz ou encore les remontées mécaniques de Saint-Gervais fournissent également des vêtements chauds à Riders for refugees. Pour la première fois, l’association annécienne a lancé une opération de crowdfunding (2.270 euros collectés jusque-là) afin de financer le transport de vêtements, destinés d’ici la fin de l’année à sept points de livraison. Parmi lesquels l’association Salam à Grande-Synthe (Nord), le Refuge solidaire de Briançon (Hautes-Alpes), Médecins sans frontières (MSF) à Paris, et d'autres structures, d'Annecy, à Calais en passant par Lyon et même Athènes.

En quête de « pérennité » au vu de sa petite structure entière bénévole « et vite devenue indispensable » selon David Malacrida, Riders for refugees va aussi inviter une cinquantaine de migrants à la montagne, le 7 mars prochain à Praz-sur-Arly (Haute-Savoie), pour y découvrir ski, snowboard et luge.

« Une petite parenthèse les sortant de toutes leurs galères administratives »

« On va leur montrer notre univers et pour beaucoup d’entre eux, ça sera la première fois sur des skis, explique Coline Ballet-Baz, ambassadrice de l’association. Humainement, ces rencontres sur les pistes sont un aboutissement pour l’association. » Trois réfugiés avaient pu participer à une première rencontre à Praz-sur-Arly l’hiver dernier.

« Ils étaient ravis de vivre une petite parenthèse les sortant de toutes leurs galères administratives », confie Coline Ballet-Baz. « En découvrant des vidéos de Coline, l’un des jeunes voulait même se mettre au freestyle, sourit David Malacrida. Tous ont envie de vivre, tout simplement. »

Collecte de vêtements chauds et financement participatif ouvert jusqu’au jeudi 31 octobre via le site Riders for refugees.