Pénurie de vocations, praticiens débordés… Pourquoi la médecine scolaire est le parent pauvre de l’Education nationale

EDUCATION Deux députés défendront ce mardi soir des amendements visant à renforcer la médecine scolaire, dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances pour 2020

Delphine Bancaud

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Illustration médecine scolaire
Illustration médecine scolaire — Pixabay
  • Deux députés défendront ce mardi soir des amendements visant à renforcer la médecine scolaire dans le cadre de l’examen de la mission « Enseignement scolaire » du projet de loi de finances pour 2020.
  • Car « La France compte entre 800 et 900 médecins scolaires pour plus de 12,5 millions d’élèves et leur effectif a baissé de 20 % depuis 2008 », indique Marie Tamarelle-Verhaeghe, députée LREM de l’Eure.
  • Cette carence de praticiens rend parfois impossible le dépistage de certains problèmes de santé chez les enfants, notamment ceux issus de milieux modestes.

Savez-vous qu’il existe des médecins scolaires ? Pas si sûr, tant leur rôle reste méconnu dans la société française. Deux députés défendront ce mardi soir des amendements visant à renforcer la médecine scolaire dans le cadre de l’examen de la mission « Enseignement scolaire » du projet de loi de finances pour 2020.

Car il y a urgence à s’emparer de ce dossier, selon Marie Tamarelle-Verhaeghe, députée LREM de l’Eure : « La France compte entre 800 et 900 médecins scolaires pour plus de 12,5 millions d’élèves et leur effectif a baissé de 20 % depuis 2008 », indique-t-elle. Un constat qu’avait déjà effectué La Cour des comptes, le Haut Conseil de la santé publique et  l’Académie de médecine.

« Certains praticiens ont 2.000 élèves à suivre, et d’autres 30.000 »

En 2019, près de 500 postes sont restés vacants, faute de candidats. Un manque de vocations qui serait dû à un défaut d’attractivité du métier : « Ce poste devrait attirer des jeunes praticiens, mais la rémunération proposée n’est pas suffisante. Les médecins scolaires sont les médecins les plus mal rémunérés parmi ceux qui exercent dans la fonction publique », explique Cyrille Isaac-Sibille, député MoDEM du Rhône. Selon le site emploi-collectivites.fr, un médecin scolaire de seconde classe touche entre 2.160 et 3.711 euros brut par mois. Cerise sur le gâteau : leur moyenne d’âge étant de 58 ans, beaucoup d’entre eux partiront à la retraite ces prochaines années.

Force est de constater que toutes les régions ne sont pas logées à la même enseigne : « Il existe de fortes disparités territoriales, car dans certaines régions rurales, il n’y a tout bonnement aucun médecin scolaire », constate Cyrille Isaac-Sibille. « Certains praticiens ont 2.000 élèves à suivre, et d’autres 30.000. Ces derniers croulent sous la tâche », poursuit Marie Tamarelle-Verhaeghe. D’autant que leurs missions sont multiples : accompagnement des enfants handicapés, éducation à la santé, dépistage des troubles visuels, auditifs, comportementaux, des apprentissages… Preuve de cette situation, selon le SNMSU-UNSA, moins d’un élève sur deux (46,5 %) a eu droit à une visite médicale obligatoire à 6 ans, avec des variations très importantes selon les régions.

« La santé, c’est un levier de réussite pour les enfants »

Cette pénurie de médecins scolaires a évidemment des conséquences pour les élèves : « Ce sont parfois les seuls médecins que voient les enfants. Notamment ceux des classes sociales défavorisées. Du coup, s’ils sont sujets à des problèmes de santé spécifiques et qu’ils ne sont pas dépistés tôt, ces élèves peuvent prendre du retard scolairement », observe Cyrille Isaac-Sibille. « La santé, c’est un levier de réussite pour les enfants », insiste aussi Marie Tamarelle-Verhaeghe. Sans oublier le travail de prévention auprès des enfants qui n’est pas fait : « Or, leur rôle est très important pour donner aux élèves des conseils concernant l’activité physique, l’alimentation et la consommation des écrans », souligne le député MoDEM. Sans oublier que cette situation peut aussi se répercuter sur les enseignants.

Reste que les députés savent que leurs amendements ont peu de chance de passer. « C’est un amendement d’appel pour que l’on prenne la mesure du problème », explique Marie Tamarelle-Verhaeghe, qui réclame notamment un changement de tutelle pour les médecins scolaires. « S’ils passaient sous le giron du ministère de la Santé, leur rémunération serait plus facilement revalorisée. Il faut aussi qu’on favorise leur travail en équipe avec les infirmiers scolaires », suggère-t-elle. Cyrille Isaac-Sibille ne se fait pas non plus d’illusion sur le sort de son amendement : « Il s’agit de sensibiliser les députés, le gouvernement et l’opinion publique. Notre rôle est d’aiguillonner l’action publique pour qu’elle aille plus vite ».