Attaque à la mosquée de Bayonne : « Quelqu’un de bizarre... », qui est Claude S., le suspect ?

FUSILLADE Ancien candidat du Front national, il est décrit comme un homme colérique et solitaire

Clément Carpentier et Mickaël Bosredon

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Les gendarmes ont perquisitionné lundi la maison de Claude Sinké.
Les gendarmes ont perquisitionné lundi la maison de Claude Sinké. — GAIZKA IROZ / AFP
  • Le suspect, Claude S., a été candidat aux départementales de 2015 sous l’étiquette FN avant d’être écarté du mouvement pour ses propos selon ses dirigeants.
  • Il est décrit comme un homme très colérique, solitaire.
  • Vendredi dernier, il avait envoyé une lettre notamment au procureur de la République pour faire part de son intention de porter plainte contre Emmanuel Macron mais il n’abordait à aucun moment les faits commis ce lundi après-midi.

Au fil des heures, le profil du suspect de l’attaque des tirs contre la mosquée de Bayonne qui a fait deux blessés graves s’affine. L’homme interpellé lundi après-midi, quelques minutes après les faits, est bien Claude S. Agé de 84 ans, il habite  Saint-Martin-de-Seignanx dans les Landes, une petite commune de 5.000 habitants située au nord de Bayonne.

Inconnu des services de police et de renseignements, Claude S. est en revanche un retraité assez connu dans sa commune et aux alentours. Ancien militaire, il est également sculpteur et auteur. Il a notamment publié en 2014, la France à cœur ouvert ou regards sur la misère humaine. Mais s’il avait déjà fait parler de lui par le passé, c’était avant tout pour son engagement politique et son caractère colérique.

Ancien candidat FN écarté du mouvement

Récemment, il avait été candidat aux élections départementales de 2015 sous l’étiquette Front national (devenu Rassemblement national). Et il ne passait jamais inaperçu selon Isabelle Azpeitia, la maire de Saint-Martin-de-Seignanx, jointe par 20 Minutes :

« C’est quelqu’un qu’on connaît sur la commune pour ses colères contre les politiques locaux et nationaux. Il venait sur des réunions publiques où il se mettait en colère contre le maire ou les élus. Il n’était jamais content. Mais je n’aurais jamais pensé que cet homme ferait un acte pareil, jamais. Ses manifestations violentes ont toujours été verbales. »

Au point d’être interdit de mairie par son prédécesseur, Lionel Causse : « Par le passé, j’avais interdit l’accès de Claude S. à la mairie car il se révélait violent verbalement avec moi et le personnel de la mairie. Il a déjà tenu des propos xénophobes et homophobes. »

Le retraité ne cachait pas vraiment ses prises de position xénophobes. En 2014, il écrivait notamment un message sur une page Facebook des fans du polémiste Eric Zemmour : « Nous étions en guerre contre les islamistes », « Ils seront peut-être débusqués le jour où on mettra une bombe dans une école ou un cinéma.......... je ne le souhaite pas....... »

Des propos qui auraient poussé le Front national à « écarter » son candidat à l’issue du scrutin. Le parti les a jugés « contraires à l’esprit et à sa ligne politique ». « Il n’a, depuis, plus participé à la moindre action du mouvement et n’est plus adhérent », précise la formation de Marine Le Pen, devenue depuis le Rassemblement national dans un communiqué.

« On se méfiait un peu tous de lui »

Connu du monde associatif puisqu’il est président de l’association des Amis des arts bayonnais, Claude S. vit « seul » depuis quelques années car il est « veuf » selon Isabelle Azpeitia. Si la maire de Saint-Martin-de-Seignanx « n’est pas docteur et qu’elle ne sait pas s’il perdait la tête » comme l’avancent d’autres, elle reconnaît « qu’il était affaibli car il était malade. »

Léa, 20 ans, a été l’une de ses voisines de 2012 à 2017 : « J’habitais juste en face de chez lui. C’était quelqu’un de très bizarre. On se méfiait un peu tous de lui dans le quartier. Mes parents me demandaient de ne pas l’approcher. Il semblait très solitaire. » Elle se souvient également de fêtes de la chandeleur organisée par la mairie où Claude Sinké « venait vendre des livres. »

Il voulait porter plainte contre Emmanuel Macron

Actif sur les réseaux sociaux, le retraité avait adressé vendredi dernier une lettre à l’attention de l’ordre des avocats de Bayonne et du procureur de Dax. « Ce monsieur voulait porter plainte contre le président Macron, c’était assez confus, il y avait plein de motifs », dont « non-application des droits de l’homme », a expliqué à l’AFP le bâtonnier de Bayonne, Me Teddy Vermote.

En revanche, il n’évoquait à aucun moment dans celle-ci les actes commis ce lundi après-midi à la mosquée de Bayonne, affirme Sud Ouest qui avait également reçu une copie de la lettre. Ce mardi matin, Claude Sinké qui a reconnu les faits est toujours en garde à vue pour « tentative d’assassinats ». La police judiciaire est en charge de l’enquête. Pour l’instant, le parquet national antiterroriste ne s’est pas saisi de l’affaire.