Métiers du grand âge : « Je suis fière de mon métier, mais on mérite plus de reconnaissance »

TEMOIGNAGES Myriam El Khomri remet ce mardi à Agnès Buzyn un rapport sur l’attractivité des métiers du grand âge

Anissa Boumediene

— 

Illustration dans un Ehpad.
Illustration dans un Ehpad. — M. Libert / 20 Minutes
  • Pour faire face à la crise dans le secteur des métiers du grand âge, Myriam El Khomri a rédigé un rapport sur l’attractivité des métiers du grand âge, qu’elle remet ce mardi à Agnès Buzyn.
  • Au printemps dernier, la ministre de la Santé avait promis une loi pour améliorer l’accompagnement de la dépendance.
  • Car les postes à pourvoir peinent à trouver preneurs, faute d’être attractifs et assortis d’un salaire motivant.

Des milliers et des milliers de postes à pourvoir. Mais qui ne trouvent pas preneurs. Si aujourd’hui, le travail des auxiliaires de vie, aides à domicile ou encore aides-soignants en Ehpad est indispensable pour nombre de personnes âgées dépendantes qui bénéficient de leurs services, ces emplois, parfois ingrats, souvent dévalorisés, quasi unanimement mal payés, ne font pas rêver. Entre la précarité, le manque de personnel et le manque de temps à consacrer aux patients, le secteur traverse une crise profonde, bien qu’il recrute à tour de bras. Une problématique au cœur du rapport sur l’attractivité des métiers du grand âge remis ce mardi par Myriam El Khomri à Agnès Buzyn. Les longues journées, les horaires décalés, le temps partiel, les tâches physiques qui fatiguent le corps et parfois l’esprit, mais aussi les bas salaires et le manque de reconnaissance, ces personnes qui accompagnent chaque jour nos aînés dépendants confient à 20 Minutes leur quotidien au travail.

« Je suis fière de mon métier. Mais on mérite plus de reconnaissance »

Les journées de travail de Samantha, auxiliaire de vie, font le tour du cadran. « Je travaille de 7h30 à 19h30, voire plus. Je n’ai pas souvent le temps de déjeuner, je fais entre 50 et 60 heures par semaine. A cause du manque de personnel, les jours de repos ne sont pas réguliers. Tout ça pour être payée au Smic ». Pourtant, même si son métier est « très difficile », Samantha « adore le contact avec les personnes âgées. Je m’éclate dans ce que je fais, mais je ne sais pas si je vais tenir encore longtemps à ce rythme-là et surtout avec ce salaire. »

Sa journée type, Jessica, elle aussi auxiliaire de vie, la démarre à 7h45. « Je commence par les levers, les petits-déjeuners et les soins d’hygiène. Arrive la préparation des repas, décrit la jeune femme, qui s’octroie 45 minutes de pause-déjeuner. L’après-midi, je fais du ménage, des courses, j’accompagne les patients à leurs rendez-vous médicaux puis vient l’heure des repas, des petites toilettes et des couchers. En général, je termine ma journée vers 20 h ». Une amplitude horaire de plus de douze heures. Pourtant, Jessica n’est qu’à temps partiel. « Je fais 130 heures par mois, mais en y ajoutant la route entre chaque prestation, je fais autant d’heures qu’à temps plein. Je fais un métier de cœur, humain, que j’aime, mais pour un salaire misérable d’à peine 1.100 euros. C’est très fatigant physiquement et moralement, surtout pour le peu de reconnaissance qu’on a. »

Marie partage le même quotidien. Auxiliaire de vie à domicile pour personnes âgées et handicapées depuis huit ans, elle travaille à temps partiel : « 145 heures par mois pour un salaire de 1.281 euros. C’est un métier peu valorisant, difficile, qui n’est pas reconnu à sa juste valeur, déplore-t-elle. Non seulement le physique en prend un coup, mais le moral aussi, quand nous perdons des patients à qui nous tenions beaucoup. C’est un métier que nous ne pouvons pas faire sans sentiment : nous sommes là tous les jours, voire plusieurs fois par jour. Pour certaines personnes, nous sommes la seule visite de la journée, car elles n’ont plus de famille. Forcément, des liens se créent. Nous faisons un travail dur mais magnifique sur le plan humain. Mais on mérite plus de reconnaissance. »

« Un salaire plus élevé permettrait une sédentarité des agents »

Difficile d’assurer le quotidien avec ces revenus. « On ne peut pas vivre décemment quand on est une femme seule avec 1 200 euros net, en utilisant mon véhicule personnel sans indemnités kilométriques ni compensation pour l’usure de mon véhicule, s’énerve Pascale. C’est décourageant. »

Le manque de personnel, la charge de travail qui s’alourdit, les salaires peu élevés et le sous-effectif chronique sont autant de problématiques que l’on retrouve également en Ehpad et à l’hôpital. Comme ses consœurs qui travaillent à domicile, Myriam, aide-soignante dans un hôpital, travaille aussi les week-ends et jours fériés, à temps plein, pour un salaire qui ne dépasse pas 1.340 euros. « Les dimanches et jours fériés ne sont pas payés depuis plusieurs mois et, faute de personnel, on revient travailler sur nos jours de repos et on ne peut pas poser nos vacances. Je ne peux pas être avec mes enfants pour les fêtes non plus. Je pense vraiment à me reconvertir. » Un constat partagé par Karine, aide-soignante en médecine gériatrique : « L’hôpital manque de moyens financiers et humains. Or, un salaire plus élevé permettrait une sédentarité des agents ».

« Le manque de personnel est insoutenable »

Dans un tel contexte, difficile de trouver des volontaires pour les nombreux postes à pourvoir. « Je me bats toute la journée pour avoir assez de professionnels », témoigne Delphine, aide médico-psychologique de profession, qui a repris ses études pour devenir adjointe dans deux Ehpad. Durant ses semaines de 50 heures pour un salaire net de 1.700, elle « gère 80 salariés sur deux résidences. Trouver des aides-soignantes est mon quotidien », mais elle ne parvient pas à recruter suffisamment. « Cela devient usant et déprimant, car je sais que la qualité d’accompagnement des résidents n’est pas optimale quand nous devons faire appel à l’intérim quotidiennement »

Et ce n’est pas Pauline, aide-soignante dans un Ehpad, qui dira le contraire. « Le manque de personnel est insoutenable, on est 5 agents le matin pour 45 résidents. J’aime énormément mon travail mais je me suis souvent posé la question “que faire d’autre ?” Ce n’est même pas rentable de travailler un dimanche, autant rester près de sa famille ! Plus les années passent, moins il y a de personnel, et c’est parti pour empirer. »

Pour certaines, l’amour du métier n’a pas résisté aux conditions dans lesquelles il est exercé. Apres vingt-six ans de bons et loyaux services, Elisabeth, aide à domicile, a démissionné cet été. « Les journées à rallonge, le planning en gruyère, la convention collective pas respectée, le stress, c’est trop dur à supporter. Entre la paie minable et les conditions de travail qui se dégradent, c’est normal que le secteur ne trouve pas de personnel. »