Mort d’al-Baghdadi : Les forces de sécurité françaises en alerte face aux risques de représailles

TERRORISME Bien que le chef de Daesh a été tué par les militaires américains, les autorités redoutent le passage à l'acte en France de partisans du groupe terroriste  

Thibaut Chevillard

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Un militaire de l'opération Sentinelle, le 25 août 2019, à Paris.
Un militaire de l'opération Sentinelle, le 25 août 2019, à Paris. — Clément Follain / 20 Minutes
  • Donald Trump a affirmé dimanche que le chef de Daesh, Abou Bakr al-Baghdadi, avait été tué par les forces spéciales américaines.
  • Quelques heures plus tard, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, adressait aux préfets et aux directions générales de la police et de la gendarmerie un message les appelant à « une vigilance accrue ».
  • Si la mort d’Abou Bakr al-Baghdadi constitue « un coup dur porté contre Daech » comme l’a expliqué Emmanuel Macron, l’organisation terroriste avait anticipé la situation et pourrait continuer à se montrer dangereuse.
     

Les forces de sécurité françaises sont en alerte. Dimanche, quelques heures après l’annonce par Donald Trump de la mort du chef de Daesh, Abou Bakr al-Baghdadi, le ministre de l’Intérieur a pris soin d’adresser un télégramme aux principaux responsables de la sécurité du pays. « Dans les heures à venir, la possible intensification de la propagande djihadiste consécutive à ce décès, appelant éventuellement à des actes de vengeance, doit vous conduire à la plus extrême vigilance », a écrit Christophe Castaner aux préfets et aux directeurs généraux de la police, de la gendarmerie et de la sécurité intérieure. « Les services en général sont vigilants, dans la continuité de la circulaire du ministre », confirme sobrement à 20 Minutes une source sécuritaire.

L’homme le plus recherché du monde a été tué par les troupes d'élites américaines lors d’un raid aérien en Syrie. Mais la France étant membre de la coalition internationale contre Daesh, les spécialistes n’excluent pas que des partisans du groupe terroriste tentent sur le territoire, « de manière épidermique », de venger sa mort. « L’essentielle de la menace est endogène, elle provient d’individus qui sont inspirés par la propagande de cette organisation, d’individus radicalisés », avance Jean-Charles Brisard, président du Centre d’Analyse du Terrorisme.

Risque limité d'« attentats d’ampleur »

Depuis 2015, la France a été plusieurs fois frappée par le terrorisme islamiste. La dernière attaque, qui remonte au 3 octobre dernier, illustre bien la menace que représentent des individus radicalisés, souvent esseulés. Mickael Harpon, un agent administratif de 45 ans qui travaillait au service informatique de la Direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP), avait tué quatre de ses collègues avec un couteau avant d’être neutralisé par un jeune policier. Trois ans après l'attentat de Magnanville​ (Yvelines), des policiers étaient une nouvelle fois ciblés. Dans sa note, le ministre de l’Intérieur rappelle aux forces de l’ordre d’être vigilant « dans l’exercice de leurs missions, mais également en dehors du service ».

Si les attentats du 13-Novembre – 131 morts et des dizaines de blessés – ont durablement marqué les esprits, l’hypothèse d’un commando composé de combattants aguerris, envoyé depuis la Syrie ou l’Irak pour frapper la France, ne semble plus d’actualité. En quatre ans, la situation a évolué sur le terrain et les territoires contrôlés par le groupe terroriste sont désormais réduits à peau de chagrin. « Daesh est entravé dans sa capacité opérationnelle à mettre en œuvre des attentats d’ampleur depuis cette zone », estime Jean-Charles Brisard, excluant « qu’il puisse y avoir une vague d’attentats d’ampleur décidée par l’organisation en Occident à brève échéance ».

Une propagande toujours importante

D’ailleurs, le gouvernement n’envisage pas, à ce jour, de rehausser la posture du plan Vigipirate au niveau « urgence attentat », indique à 20 Minutes une source ministérielle. Pourtant, Daesh est  loin d'avoir dit son dernier mot. Certes, l’organisation terroriste a perdu son territoire, son chef et son porte-parole, que les Américains affirment aussi avoir tué. Mais le groupe terroriste avait anticipé cette situation, affirme Jean-Charles Brisard. Et de poursuivre : « Cela va perturber temporairement les processus décisionnels, la propagande du groupe. Mais Daesh ne sera pas handicapé, autant dans ses fonctions opérationnelles que médiatiques. Rapidement, l’organisation va les remplacer ».