Marseille : Après les rats des villes, qui semblent perdre du terrain, les rats des plages sont à l’affût

RONGEURS DES VILLES Le nombre de plaintes auprès de la ville a baissé depuis 2016, date à laquelle Marseille a coordonné ses efforts pour lutter contre les rats

Caroline Delabroy
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Dans les centres historiques, on compte souvent 1,5 à 1,7 rats par habitant.
Dans les centres historiques, on compte souvent 1,5 à 1,7 rats par habitant. — Francois Mori/AP/SIPA
  • Depuis 2016, la ville de Marseille a divisé par deux les plaintes des habitants au sujet des rats, selon son décompte.
  • L’année 2019 devrait toutefois être en légère hausse par rapport à 2018, une situation sans doute liée aux nombreux travaux en ville ainsi qu’à la situation sur les plages cet été.
  • Le spécialiste Pierre Falgayrac préconise de mieux doter la ville de poubelles anti-rats et de multiplier les collectes le soir.

Il y a trois ans, la ville de Marseille déclarait la guerre aux rats. Tout du moins appelait au « bon sens civique » pour inciter les habitants à jeter les poubelles le soir, peu avant la collecte. Si la bataille n’est sans doute pas totalement gagnée, le camp des rats semble avoir opéré un repli. D’après les chiffres de la mairie, les plaintes adressées à la ville sur le sujet (via le service Allo Mairie ou d’autres canaux, comme les courriers aux élus) sont en effet passées de 990 en 2016, à 396 en 2018. Et pour l’année 2019, le compteur est actuellement de 449 plaintes. « On les voit beaucoup plus en ce moment à cause de tous les travaux en ville, on les dérange et les déplace », reconnaît Monique Daubet, l’élue en charge de l’hygiène, pas plus inquiète que cela. « On est toujours en alerte, sur le terrain, ce n’est pas plus alarmant qu’à un autre moment », assure-t-elle.

Entre 1,5 et 1,7 rat par habitants

Quant à savoir le nombre exact de la population marseillaise de rongeurs, la ville se garde bien d’émettre des statistiques. « Personne n’a de compteur à rats », poursuit Monique Daubet. Pour prendre la mesure du sujet, il faut se tourner vers Pierre Falgayrac, consultant et spécialiste de la lutte contre les rats, qui a réalisé à Marseille une étude inédite sur le dénombrement des rats en ville. « Dans le cœur de toutes les grandes villes historiques européennes, où l’on a creusé des égouts à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, il y a en entre 1,5 et 1,7 rats par habitants, explique-t-il. La proportion tombe à 1 rat par habitant lorsque les égouts sont bétonnés ». Car il suffit au rat de « deux coups d’incisive » pour creuser un passage, et plus encore un terrier, dans des égouts à l’ancienne faits de briques jointées.

En juillet 2018, il a réalisé un audit pour la Seramm, le service d’assainissement de Marseille Métropole. Il y préconisait notamment de doter la ville de poubelles anti-rats, ces containers gris de gros volume, et de les ramasser au soleil couchant. « Là où les poubelles ont été sécurisées, les plaintes sont retombées », affirme-t-il. Pierre Falgayrac salue ainsi « une dynamique positive » actuellement en place à Marseille, et s’accorde même un « Paris bashing » : « Je m’insurge contre leur politique consistant à cantonner les rats dans les égouts et à les empêcher d’en sortir. Ils feront de toute façon des trous dans le bitume. »

« Le littoral est une problématique en soi »

A l’écouter, la guerre se joue avant tout en surface, là où les rongeurs vont chercher leurs victuailles. « Tant qu’on leur offrira un restaurant cinq étoiles, il y aura des rats », dit en écho Monique Daubet, qui pose aussi la question de la fréquence des collectes, dont la compétence relève de la métropole. Cet été, celle-ci s’est posée avec plus d’acuité encore sur les plages, et notamment au vallon des Auffes où les riverains se sont plaints de voir des rats courir nombreux sur les rochers. « J’en ai vu aussi vers Malmousque mais pas plus que cela non plus, cela ne m’a pas empêchée de venir me baigner tous les jours », tempère Nathalie.

Pour Pierre Falgayrac, le littoral est une problématique en soi. Sur son alerte Google, « Marseille a disparu des radars pour les rats en ville », mais par pour ceux des plages. « Les gens pique-niquent et laissent les déchets, il n’y a pas suffisamment de poubelles sur les plages, de police d’incivilité, relève-t-il. Bien sûr que cela a un coût, mais il faut savoir ce que l’on veut. » Selon lui, il faudrait traiter les rochers deux à trois fois dans l’année, le soir venu, quand une fois dans l’année suffit pour le réseau sous-terrain. En commençant par un nettoyage en profondeur, puis l’apposition de fils de fer rigides où poser des appâts empoisonnés. Le spécialiste des rats tient aussi à bousculer quelques idées reçues, bien ancrées dans l’opinion. « Ce n’est pas parce qu’on les voit beaucoup qu’il y en a beaucoup », rappelle-t-il. Et aussi : « Le rat est un animal propre, intelligent. Il débarrasse la ville des déchets comestibles ». Vu comme ça…