Accident de TER : La SNCF va « renforcer les équipements d’alerte radio en cas de choc important »

MESURES La direction des audits sécurité de la SNCF a rendu son rapport, ce vendredi, sur l’accident de TER sur un passage à niveau dans les Ardennes, survenu mercredi dernier

20 Minutes avec AFP

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Des rails SNCF. (Illustration)
Des rails SNCF. (Illustration) — VINCENT WARTNER / 20 Minutes

Dix jours après l’accident de TER sur un passage à niveau dans les Ardennes, où le conducteur était le seul agent SNCF à bord, le groupe ferroviaire a annoncé, ce vendredi, qu’elle allait « renforcer les équipements d’alerte radio en cas de choc important ».

Le 16 octobre, un TER reliant Charleville-Mézières à Reims avait percuté un convoi routier exceptionnel bloqué sur un passage à niveau. La collision avait fait onze blessés. Lui-même touché et seul agent à bord, le conducteur​ s’était retrouvé sans moyens de communication en état de fonctionnement. Il avait dû porter secours à la soixantaine de passagers et sécuriser les abords pour éviter un sur-accident.

« La cause première de l’accident est la présence d’un convoi exceptionnel routier sur le passage à niveau »

Le rapport interne sur l’accident, réalisé par la direction des audits sécurité de la SNCF, « a confirmé que le passage à niveau a bien fonctionné » et que « le conducteur du train a appliqué la réglementation », a précisé le directeur général sécurité, Frédéric Delorme. En outre, d’après ce rapport, « conformément aux normes de résistance, la cabine du train a résisté au choc » et « les secours alertés sont intervenus dans les meilleurs délais », a souligné Frédéric Delorme. Le rapport « comporte quatre recommandations », notamment celle d’installer une « protection supplémentaire des circuits électriques des fonctions de signal d’alerte des AGC », a ajouté le directeur général sécurité.

« Il est important de rappeler que la cause première de l’accident est la présence d’un convoi exceptionnel routier sur le passage à niveau », a précisé Frédéric Delorme. Ce convoi « n’avait manifestement pas pris les mesures nécessaires et réglementaires pour emprunter ce passage à niveau », a-t-il critiqué. En dehors d’un renforcement des équipements d’alerte radio des AGC « en cas de choc important », la direction de la SNCF a retenu plusieurs autres « premières actions » à mettre en œuvre. Elle va « comparer deux solutions transitoires » pour « pallier le risque de perte de radio et dans l’attente des renforcements définitifs du matériel AGC ».

« Le conducteur est spécialement formé pour conduire seul »

La présence ou non d’un contrôleur ne fait « pas de différence de niveau de sécurité », a estimé, de son côté, le PDG de la SNCF Guillaume Pepy dans un entretien aux journaux du groupe Ebra. « Les trains conçus pour être conduits en agent seul ont des équipements spéciaux, des caméras de montée et descente, un signal d’alarme par interphonie, et le conducteur est spécialement formé pour conduire seul », a insisté Guillaume Pepy, interrogé sur la revendication de « contrôleurs dans tous les trains » par les cheminots. « Il n’y a tout simplement pas de différence de niveau de sécurité, que ce soit pour les clients ou pour les agents, entre configuration sans contrôleur et configuration avec contrôleur », a-t-il estimé.

Ainsi, les agressions « se produisent autant dans des trains avec ou sans contrôleurs (…) En Ile-de-France, 6.000 trains circulent chaque jour avec un conducteur seul en cabine et des équipes de contrôle mobiles. Sur TER, c’est environ 40 % », a-t-il précisé. Les circonstances de l’accident de TER survenu la semaine dernière dans les Ardennes avaient été à l’origine d’une série d’arrêts de travail de conducteurs et contrôleurs dans toute la France sur la base du droit de retrait. « La sécurité est garantie dans l’ensemble de nos trains régionaux par la combinaison d’une homologation stricte du matériel par l’autorité indépendante de sécurité (EPSF), des procédures claires et auditées pour les agents, d’une formation continue, et d’un retour permanent sur les expériences », a relevé Guillaume Pepy.

L’enquête du Bureau d’enquêtes sur les accidents de transport terrestre « apportera les réponses »

Selon le patron de la SNCF, « ce rapport nous rassure sur trois points essentiels : le passage à niveau a bien fonctionné. Le conducteur a été très professionnel et a appliqué avec succès les procédures et la réglementation de sécurité. La cabine de conduite a résisté au choc et protégé l’agent de conduite ». Le patron de la SNCF a toutefois précisé se poser « deux questions à titre personnel : que faisait ce transport exceptionnel sur ce passage à niveau alors que la responsabilité du transporteur est de vérifier que son itinéraire peut s’effectuer en toute sécurité ? La signalétique routière était-elle complète et suffisamment dissuasive pour le conducteur qui allait emprunter ce passage à niveau ? ».

« L’enquête du Ministère (BEA) apportera les réponses », a-t-il poursuivi en référence à l’enquête du Bureau d’enquêtes sur les accidents de transport terrestre (BEA-TT) diligentée à la demande du secrétaire d’Etat chargé des transports. Au-delà des recommandations du rapport interne et après« la concertation nationale avec les organisations syndicales vendredi dernier », la SNCF va également « conduire une analyse de risque complémentaire sur l’exploitation TER, que celle-ci soit ou pas avec un conducteur seul », a ajouté Guillaume Pepy.