Kevin « le beauf », Peggy « la cochonne », Maïté « la cuisinière »… Ils souffrent de leur prénom, et veulent parfois en changer

NAME AND SHAME A l’occasion de la parution de l’ouvrage « La science des prénoms », « 20 Minutes » a recueilli le témoignage de ses lecteurs dépités

Delphine Bancaud

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On n'apprécie pas toujours le choix de prénom que nos parents ont fait.
On n'apprécie pas toujours le choix de prénom que nos parents ont fait. — Pixabay
  • A l’occasion de la parution de l’ouvrage La science des prénoms*, de la chercheuse Anne-Laure Sellier, 20 Minutes s’intéresse à ceux dont le prénom a été vécu comme un handicap.
  • Pour certains de nos lecteurs, la volonté d’originalité de leurs parents leur a causé quelques soucis. C’est le cas de Prune, Marc-Alexandre, Brandon…
  • Certains ont changé de prénom ou ont trouvé des subterfuges pour se faire appeler autrement.

Ils portent un prénom qu’ils n’assument pas. A l’occasion de la parution de l’ouvrage La science des prénoms*, de la chercheuse Anne-Laure Sellier, qui décrypte l’influence d’un prénom dans une vie, 20 Minutes s’intéresse à ceux dont le  prénom a été vécu comme un handicap.

Pour certains de nos lecteurs qui ont répondu à notre appel à témoins, la volonté d’originalité de leurs parents leur a causé quelques soucis. C’est le cas de Marc-Alexandre, qui a subi beaucoup de railleries : « Parfois, les gens pensent à une blague lorsque je me présente à eux. Difficile de leur faire admettre que ces deux prénoms sont bien associés. Lorsque j’étais à l’école, la rentrée était synonyme de calvaire. Toute la classe se retournait pour savoir qui portait ce nom. Sans compter les marges trop petites pour mon prénom lors des contrôles. Un problème que je retrouve aussi sur l’ensemble des formulaires administratifs et sur les plaques de boîtes aux lettres », raconte-t-il.

« J’ai droit à beaucoup de références à Beverly Hills », explique Brandon

Prune n’a pas eu n’ont plus une enfance facile : « Petite, j’ai énormément souffert de mon prénom, au point de le détester. Quand mes copines criaient mon nom dans la cour d’école, les autres se retournaient, se demandant pourquoi elles criaient un nom de fruit ! La rentrée des classes était un calvaire, car j’avais trop honte de devoir me présenter. J’ai longtemps été moquée, surtout au collège, " Tu n’es pas mûre ", " Pêche, pomme, prune, abricot, y’en a une, y’en a une…" ».

Menanna a elle aussi subi des blagues un peu trop récurrentes : « On me disait : " Tu es ma nana " ou " Menanna, tu es plusieurs nanas en une ? ". On faisait aussi référence à la marque de serviette hygiénique " Nana " », confie-t-elle. Quant à Brandon, il estime que son prénom est dur à porter en France. « On vous appelle souvent au début Bryan, Jordan… Et j’ai droit à beaucoup de références à Beverly Hills, la série des années 1990. Bref, pas toujours simple pour se présenter aux autres pour la première fois », estime-t-il.

« J’ai toujours eu l’impression d’avoir un prénom de " vieille fille " un peu coincée »

D’autres estiment juste que leur prénom colle mal à leur personnalité, à l’instar de Jean-Pierre : « Je trouve ce prénom vieillot, vilain et ringard. J’ai souvent honte de dire que je me prénomme comme ça ». Mathilde a ressenti la même chose : « J’ai toujours eu l’impression d’avoir un prénom de " vieille fille " un peu coincée et toujours correcte avec tout le monde. Stéréotype et cliché à mort », explique-t-elle. « Je m’appelle Bernadette et outre le fait que ce prénom est d’une laideur inimaginable, il respire la bigoterie », estime une autre de nos lectrices.

Pas facile non plus de porter un prénom mixte : « Je m’appelle Frédérique, je déteste mon prénom depuis que j’ai 6 ans. Petite, je voulais avoir les cheveux courts. Du coup, quand on m’interrogeait sur mon prénom, on me demandait directement si j’étais une fille ou un garçon. Et quand je répondais, on me rétorquait : " Mais Frédéric, c’est un nom de garçon ", alors je me justifiais. Et comme je portais les habits de mon frère, j’avais droit à des " garçon manqué " presque à longueur de journée. C’était pénible », se souvient-elle.

« Le prénom Kevin est le roi des prénoms de beauf »

Un prénom peut aussi entraîner l’impression d’être discriminé. C’est ce qu’a vécu Abdallah : « Il me cause un problème pour l’accès à l’emploi, je suis toujours mis à l’écart quand je postule, malgré les compétences que je pourrais apporter », déplore-t-il. Kevin ressent aussi son prénom comme un vecteur d’exclusion : « J’ai l’impression que dans ma vie d’adulte, sitôt que l’on connaît mon prénom, on ne me prend pas au sérieux, on me ramène au personnage de série pour ado ou au candidat de téléréalité ». Ce que confirme un de ses homonymes : « Le prénom Kevin est le roi des prénoms de beauf. Tapez " prénom de beauf " sur Google, vous le trouverez invariablement dans le top. En France, déclarer que l’on se prénomme Kevin semble signifier qu’on aime porter des survêtements de football et conduire des voitures tunning, choses auxquelles je ne m’identifie absolument pas. »

Et parfois, un prénom suscite une avalanche de remarques graveleuses. Peggy peut en témoigner : « Il n’y a pas un jour ou l’on ne me fait pas référence à la célèbre Piggy du Muppet show… Fatiguant d’être ramené à l’état de cochonne tous les jours », déplore-t-elle. Idem pour Marie-Thérèse : « J’ai souffert de mon prénom, depuis ma rentrée dans le monde professionnel. J’ai eu droit à " Thérèse, celle qui rit quand on la baise " », explique-t-elle. Même enfer pour Pamela : « Je déteste mon prénom dû à une star des années 1990 en maillot de bain rouge à grosse poitrine ». Et pour Tatiana : « J’ai eu droit une fois à " ça fait prénom d’actrice porno ". Super ! Je ne l’ai pas bien pris », confie-t-elle.

« Je ne compte plus les fois où j’ai entendu " Stéphanie de Monaco " ! »

Et quand on s’appelle comme une personne trop connue, ça peut virer à la catastrophe, comme l’indique Maïté : « On s’est toujours moqué de moi pour mon prénom ; les enfants… comme les adultes. " Maïté la grosse, Maïté la cuisinière, qu’est-ce qu’on mange aujourd’hui ? " Cela a débuté à mon entrée à la maternelle et ne s’est jamais vraiment arrêté. J’ai le souvenir d’un entretien d’embauche pour une grande enseigne, je devais avoir 24 ans. Le directeur de la boîte débute l’entretien par : " c’est votre vrai prénom, Maïté ? " avec un large sourire », s’énerve-t-elle. Pierre-Richard, né en 1967, a eu à souffrir de son homonyme aussi : « L’adolescence a été inscrite sous le signe de la moquerie pour moi. Et non, je ne suis pas blond avec une chaussure noire ! », ironise-t-il. Idem pour Stéphanie : « Je ne compte plus les fois où j’ai entendu " Stéphanie de Monaco " ! Ça ne m’a jamais amusé et encore moins à l’heure actuelle, car je trouve que la personne qui fait la blague est bien souvent ringarde et ne comprend même pas quand je lui réponds ironiquement : " On ne me l’a jamais faite celle-là " ! Mes parents n’auraient pas choisi ce prénom s’ils avaient su qu’un jour, il y aurait L’Ouragan de Stéphanie de Monaco et par la suite le sketch des Inconnus… »

Même galère pour ceux qui portent le nom d’un tube, comme Roxanne : « J’entends la chanson de merde de Police depuis ma naissance », s’énerve-t-elle.

« Depuis que je suis partie vivre en Angleterre, je me fais appeler Emma et je suis ravie ! »

Certains ont même pensé à changer de prénom… avant d’y renoncer. C’est le cas de Peggy : « A 45 ans, mon prénom est toujours dur à porter, car je me prends toutes sortes de réflexions idiotes, d’autant plus que je travaille dans un monde d’hommes. J’ai pensé à en changer, mais le côté rare de ce prénom m’a convaincue de le garder. J’ai donc appris à en rire. Du moins tout dépend comment la plaisanterie est dite ». Idem pour Maïté : « J’ai souvent pensé à changer de prénom quand j’étais plus jeune, mais les démarches sont tellement longues… Aujourd’hui, j’ai réussi à prendre du recul et ça me fait plus rire qu’autre chose ; je pense que ça a aussi contribué à me forger un caractère tenace ». Certains, comme Pierre-Marie, ont réussi à contourner l’obstacle : « Je me suis toujours démerdé pour que tout le monde m’appelle PM, encore maintenant à 28 ans ». Pour éviter qu’on lui rappelle l’Emmanuelle du film érotique des années 1980, celle qui porte ce prénom a trouvé un subterfuge : « Depuis que je suis partie vivre en Angleterre, je me fais appeler Emma et je suis ravie ! Même ma famille me surnomme ainsi ».

Mais Lola l’a fait : « J’ai changé officiellement de prénom il y a deux mois. En réalité, personne ne m’appelait par mon vrai prénom ; famille, amis et même relations professionnelles m’ont toujours appelé Lola. Mais c’était pour moi source d’angoisse de devoir prendre un rdv médical, ou de devoir récupérer mon colis à mon " vrai prénom ". Quand je l’entendais, ça me rendait vraiment mal, j’avais même honte, et quand je devais le prononcer, je serrais la mâchoire. C’est difficile psychologiquement d’avoir une identité qui ne ressemble pas à la personne que l’on est », écrit-elle sans dévoiler son ancien prénom. Preuve du malaise qu’elle éprouve vis-à-vis de lui.

*La science des prénoms, Anne-Laure Sellier, Héliopoles, 9,90 euros.