VIDEO. Lyon : Les premiers «décrocheurs de portrait» condamnés rejugés mardi en appel

PROCES En première instance, ils avaient écopé d’amendes avec sursis

Caroline Girardon

— 

Les six décrocheurs de portraits, condamnés par la justice, seront rejugés en appel à Lyon le mardi 29 octobre.
Les six décrocheurs de portraits, condamnés par la justice, seront rejugés en appel à Lyon le mardi 29 octobre. — Alain JOCARD / AFP
  • Six militants du mouvement ANV COP21 seront rejugés mardi en appel à Lyon.
  • Le 12 juin, ils avaient été condamnés à des amendes avec sursis pour avoir décroché un portrait d'Emmanuel Macron dans la mairie de Jassans-Riottier. 
  • Depuis, le tribunal correctionnel de Lyon a relaxé pour la première fois deux militants « au bénéfice de l’état de nécessité pour motif légitime ».

« On attend du courage de la part de la justice ». A la veille de leur procès en appel, le ton est donné. Six « décrocheurs de portraits » seront rejugés mardi après-midi à Lyon  pour « vol en réunion et par ruse » avec pour chacun d’eux, « l’espoir » de faire bouger les choses. De convaincre de l’urgence climatique et de la nécessité d’agir rapidement.

Le 2 mars, ces militants du mouvement Action non-violente COP21 s’étaient introduits dans la salle des mariages de la petite mairie de Jassans-Riotter dans l’Ain afin d’ôter le portrait d’ Emmanuel Macron. Un geste qui leur avait valu d’être condamnés quatre mois plus tard par le tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse à des peines de 250 et 500 euros d’amende avec sursis.

Mettre le sujet sur la table

« C’était un acte symbolique qui s’inscrit dans la tradition militante et politique de la désobéissance civile. L’objectif était de faire parler de notre action, d’interpeller et faire réagir le pouvoir, explique Anne-Sophie Trujillo Gauchez, l’une des six prévenus. Nous ne sommes pas naïfs. Décrocher un portrait présidentiel ne permettra pas de réduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est une façon de mettre le sujet sur la table et de sommer le gouvernement à agir. Car jusque-là, il s’est contenté de prendre des mesures timides ».

Cette mère de famille et ses cinq camarades ont été les premiers à être jugés en France pour de tels actes. Depuis le 21 février, 133 portraits ont été décrochés aux quatre coins de l’Hexagone. Cinquante personnes ont été convoquées devant la justice au cours de vingt procès. Toutes ont connu des fortunes diverses allant de la relaxe à la condamnation ferme. Mais le 2 septembre, le tribunal correctionnel de Lyon a « ouvert la brèche » en relaxant deux militants « au bénéfice de l’état de nécessité pour motif légitime ».

« Ces conclusions-là ont permis de soulever un espoir », appuie Anne-Sophie, par ailleurs consultante humanitaire en free-lance auprès d’ONG. Mais selon Thomas Fourrey, avocat des prévenus, la partie n’est pas gagnée d’avance. « On repart de zéro. A chaque procès, un nouveau combat. Gagner une manche ne veut pas forcément dire remporter la partie », estime-t-il. L’homme a déjà plaidé dans trois procès de ce type en l’espace de six mois.

Une peine maximun de 10 ans de prison

Mardi, il compte défendre ses clients et s’appuyant sur la décision lyonnaise mais pas seulement. « Ces prévenus ne sont pas des militants de longue date, ni une machine à militer. Ils ont eu une prise de conscience, il y a 5 ans, qui les a amenés à s’impliquer dans les questions d’urgence climatique. On ne peut pas les qualifier de trublions ou de gens qui épousent une cause comme ils iraient faire du sport ». Cadre SNCF, maraîcher bio, professeur de mathématique ou retraité, Nicolas, Hélène, Philippe, Jean-Marie, Anne-Sophie et Vincent, âgés de 36 à 63 ans encourent dix ans de prison.

« Ils ne sont pas attaqués à un symbole de la République. Il n’y a aucune obligation d’afficher le portrait du président de la République dans une mairie. Aujourd’hui, il y a une forme de sacralisation des portraits mais ce n’est pas comme si mes clients avaient volé un buste de Marianne ou un drapeau français », plaide Thomas Fourrey. « Nous ne sommes pas un danger pour la société », conclut Anne-Sophie Trujillo, espérant que la « justice regarde la vérité ».