Marseille : Un « centre d’accueil des familles de retour du djihad » a-t-il ouvert ?

FAKE OFF Dans une interview du maire Jean-Claude Gaudin à « Valeurs Actuelles », l'hebdomadaire évoque l’ouverture d’un « centre d’accueil des familles de retour du djihad » à Marseille

Adrien Max

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Non, aucun centre d'accueil de familles de djihadistes n'est ouvert à Marseille.
Non, aucun centre d'accueil de familles de djihadistes n'est ouvert à Marseille. — R. Schmidt / AFP
  • Dans une interview de Jean-Claude Gaudin à Valeurs Actuelles, l'hebdomadaire évoque l’ouverture d’un centre d’accueil pour familles de djihadistes.
  • Selon l’administration pénitentiaire et le ministère de la justice, il n’existe aucun centre de ce type.
  • Il existe néanmoins le programme Pairs dans quatre villes, dont Marseille, qui suit des personnes considérées comme relevant du « spectre bas », de la menace.

Dans une interview du maire de Marseille  Jean-Claude Gaudin (Les Républicains),  publiée le 17 octobre sur le site de Valeurs Actuelles, sur la possibilité de faire de Marseille un port d’accueil pour migrants, le journaliste Raphaël Stainville évoque un autre sujet. Celui de l’ouverture d’un centre d’accueil pour les familles de retour du djihad. « Autre signe du mépris de l’Etat à l’égard des collectivités, Marseille accueille un centre d’accueil des familles de retour du djihad sans que son implantation ait fait, au préalable, l’objet de la moindre concertation… », avance le journaliste.

Ce à quoi Jean-Claude Gaudin répond : « Voilà un exemple encore plus fort du dédain de l’Etat envers les élus locaux. Lorsque j’ai appris l’existence de ce centre, je l’ai apprise par la presse, vous imaginez l’inquiétude qui a été la mienne. J’ai interrogé le Préfet de police et le Préfet de Région. Ils m’ont répondu ne pas être au courant de ce dispositif ».

FAKE OFF

Comme l’indique une porte-parole de Nicole Belloubet, la ministre de la Justice, « il n’existe pas de centre d’accueil des familles de retour du djihad à Marseille, je ne vois pas à quoi il est fait allusion ».

Lors d’une demande de précision des propos de Jean-Claude Gaudin au service presse de la mairie de Marseille, il nous est indiqué que « toutes les précisions sont dans l’article du Figaro du 14 octobre dernier ». Dans cet article intitulé « Islamistes sortant de prison : le bilan très prudent de la déradicalisation », la journaliste Paule Gonzalès tire un bilan du Programme d’accueil individualisé et de réaffirmation sociale (Pairs). Il n’est à aucun moment fait allusion à un centre d’accueil, comme évoqué dans l’interview de Jean-Claude Gaudin.

Contactée, l’administration pénitentiaire indique que cette information, selon laquelle un centre d’accueil de familles de retour du djihad aurait ouvert, relève « du n’importe quoi ». Il y aurait effectivement eu confusion avec le programme Pairs, qui n’est pas un centre d’accueil de ce type.

Programme Pairs

Le programme Pairs suit des personnes qui ont été condamnées par la justice pour des activités en lien avec le terrorisme, ou des personnes condamnées pour des affaires de droit commun, et dont le service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) aurait identifié un changement dans le comportement. « Il s’agit de personnes qui font partie du spectre bas de la menace. Elles ont toutes eu à faire avec la justice, qui a considéré qu’il n’y avait pas lieu de les incarcérer », précise l’administration pénitentiaire, qui se veut rassurante.

Des personnes condamnées pour des faits de terrorisme, bien souvent pour des « faits mineurs », et qui arrivent à la fin de leur peine, peuvent aussi être suivies afin de préparer leur sortie définitive. « Ce sont des profils difficiles à appréhender, qui peuvent parfois relever de la pathologie psy », précise l’administration pénitentiaire.

Suivi en milieu ouvert

Un suivi qui se déroule forcément en milieu ouvert, et non pas dans un centre d’accueil. « C’est un suivi hyperdense qui peut aller jusqu’à 20h hebdomadaires. Ces personnes ne sont pas au même endroit, les personnes qui les suivent les rencontrent à leur domicile, dans des bars. L’objectif est de coller au plus près de leur vie », détaille-t-on au sein de l’administration pénitentiaire.

Quatre villes accueillent le programme Pairs, Paris, Marseille où 15 personnes sont suivies, Lyon et Lille depuis quelques jours.

« Ces programmes ouvrent dans des lieux où nous identifions des besoins, les personnes suivies se trouvent déjà dans ces villes. Les dispositifs sont enclenchés en fonction des besoins sur place. En aucun cas il s’agit de centre dans lequel nous faisons venir des personnes radicalisées à Marseille. Tous ces profils sont regardés de très près », nous assure-t-on.

Quant à cette histoire de centre d’accueil pour familles de retour du djihad ? « Soit c’est un amalgame, soit c’est utilisé dans le but d’inquiéter », regrette l’administration pénitentiaire.

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