Mort du petit Tony à Reims : Le voisin qui n'avait pas dénoncé les violences sur l'enfant a été relaxé

PROCÈS Voisin du petit Tony, mort sous les coups de son beau-père en 2016, Jonathan. L. a été jugé, ce mardi à Reims (Marne) pour ne pas avoir dénoncé les faits

Vincent Vantighem

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Reims, le 1er décembre 2016. Des anonymes ont déposé des bougies en mémoire du petit Tony, 3 ans, mort sous les coups de son beau-père.
Reims, le 1er décembre 2016. Des anonymes ont déposé des bougies en mémoire du petit Tony, 3 ans, mort sous les coups de son beau-père. — François Nascimbeni / AFP
  • Tony, 3 ans, est mort en 2016 sous les coups répétés de son beau-père.
  • Jonathan. L., l’un des voisins, a reconnu qu’il savait que l’enfant était maltraité.
  • Jugé pour « non-dénonciation de crime », ce mardi à Reims, il a été relaxé.

De notre envoyé spécial au tribunal correctionnel de Reims (Marne),

Un gros fauteuil vert avec des pieds sculptés. Et une assise moelleuse. Juste après sa déposition à la barre, Jonathan. L. ne s’est pas fait prier pour s’effondrer sur le siège qu’on lui indiquait. Mains sous les cuisses. Et jambes repliées. Comme s’il pouvait s’engloutir dans ce siège pour disparaître à jamais. Comme s’il voulait prouver qu’il n’avait rien à faire dans cette salle d’audience.

Cet homme de 34 ans a comparu, mardi après-midi devant le tribunal de Reims (Marne), pour ne pas avoir dénoncé les mauvais traitements qui ont conduit à la mort de Tony, son petit voisin de 3 ans, en novembre 2016. Le bambin, martyrisé pendant au moins six semaines selon les médecins légistes, avait succombé aux coups portés par son beau-père sans que sa mère ne réagisse. En passant l’appartement au révélateur, les policiers avaient découvert que son sang avait coulé quasiment partout. « Pas un meuble n’y avait échappé », a même rappelé le procureur.

« Je ne voulais pas que ma compagne soit menacée… »

Le couple sera prochainement jugé par une cour d’assises. Mais la date n’est pas encore fixée. Et en attendant, c’est donc Jonathan. L. qui a dû se défendre de n’avoir rien fait dans cet immeuble de la place des Argonautes. De n’avoir rien dit… « Je ne pouvais pas m’imaginer que [de tels faits de violence] étaient possibles. C’est inconcevable. Pour moi, enfin… Je n’imaginais pas que c’était possible », a-t-il balbutié à la barre. Suffisant pour convaincre. Dans la soirée, après des débats lourds, le tribunal a fini par prononcer sa relaxe.

Pour ajouter à l’horreur de ce dossier, Jonathan. L., touché par un léger handicap, avait rappelé que sa compagne était, à l’époque des faits, en train de mourir d’un cancer à leur domicile. Et que lui était absent toute la semaine pour suivre « un stage de reclassement » en région parisienne. Autrement dit, dénoncer le beau-père de Tony n’aurait été qu’une source supplémentaire de problème. « Je ne voulais pas que ma compagne soit menacée par ce Monsieur en mon absence… ».

Les associations de protection de l’enfance ne sont pas sur la même ligne

Une vraie question de société qui a suscité le désaccord jusqu’au sein même des associations de protection de l’enfance. L’avocate de La Voix de l’Enfant est venue à la barre dire que Jonathan. L. n’avait « pas sa place ici » et que son procès est « un risque de décourager toute personne de signaler un cas de maltraitance à l’avenir ». L’Enfant bleu a rappelé qu’il fallait plutôt faire la promotion du numéro d’urgence, le 119.

A l’inverse, Innocence en danger a tenté de rappeler les éléments forts du dossier. Les pleurs de Tony. Les insultes récurrentes de son beau-père telles que « Je vais te mettre la gueule dans la pisse ». Et les bruits sourds qui passaient à travers le plancher. « Il ne s’agit pas de faire peur aux gens. Mais bien de leur dire : si vous ne dénoncez pas, vous aurez des problèmes ! Vous aurez des sanctions », avait plaidé Marie Grimaud. Sur cette ligne, le procureur de Reims, Matthieu Bourrette, avait lui demandé au tribunal de déclarer Jonathan. L. coupable des faits, tout en le dispensant de peine.

Un « rendez-vous manqué » pour l’avocat du papa de Tony

En quelques minutes bien senties, c’est finalement Olivier Chalot, avocat du père et de la grand-mère de Tony, qui a le mieux résumé le sentiment général. Rappelant que l’on ne jugeait pas l’assassin, il a estimé que ce procès n’était finalement qu’un rendez-vous manqué. « Cela aurait dû être une vraie audience où l’on convoque tout le monde pour savoir quelle société l’on veut aujourd’hui… Mais non. »

Poussant la comparaison avec une soirée devant la télé, il assène même : « On est dans une société individualiste. On doit pousser le son pour entendre le numéro de téléphone à composer pour gagner 5.000 euros. Quitte à ne pas entendre les violences… » Qu’il se rassure, celles dont le petit Tony a été la victime feront donc l’objet d’un autre procès d’assises. Il devrait avoir lieu prochainement. Et Jonathan. L. sera rappelé à la barre. En tant que témoin cette fois-ci. Mardi soir, il s’est simplement dit « soulagé ».