Coparentalité : « C’était plus simple de faire un enfant sans être en couple »

TEMOIGNAGE Pour certains célibataires déçus par le couple, réaliser son souhait de devenir parent peut passer par une inscription sur un site de rencontres pour coparents

Anissa Boumediene

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Céline et Michel* ont fait le choix de la coparentalité, en faisant un enfant sans être en couple.
Céline et Michel* ont fait le choix de la coparentalité, en faisant un enfant sans être en couple. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA
  • Célibataires, Michel et Céline* ont fait le choix de faire un enfant ensemble, mais ils ne sont pas en couple.
  • Ils ont fait connaissance par un site de rencontres pour coparents et tous deux accueilleront ensemble leur fils, dont la naissance est prévue dans deux mois.
  • Et ils ont déjà prévu la manière dont ils entendent élever leur enfant.

Le couple, Michel et Céline* l’ont déjà testé avant de se rencontrer. Et après plusieurs déconvenues amoureuses, ils en ont conclu que ce n’était pas pour eux. Que pour l’instant, l’amour d’un partenaire ne leur était pas indispensable. Pour ces deux célibataires, la priorité absolue était de concrétiser leur rêve d’enfant. Mais comment faire un bébé sans être en couple et donc sans passer par un parcours de procréation médicalement assistée (PMA) ? Pour eux, la solution a été de s’inscrire sur un site de rencontres pour faire un enfant. Une décision qui porte un nom : la coparentalité.

« On a pris le temps de se connaître »

Michel, 50 ans, ne connaissait pas ces sites de rencontres pour coparents jusqu’à ce que sa meilleure amie lui en parle. « Elle sortait d’une relation longue et voulait à tout prix un enfant. Elle m’a proposé d’en faire un avec elle, mais je n’étais pas prêt, je voulais faire ça comme tout le monde, avec une femme que j’aime. Alors elle m’a dit qu’elle songeait à se tourner vers ces sites ». Après plusieurs déconvenues amoureuses, il fait lui aussi le choix de la coparentalité pour concrétiser ses envies de paternité. « Je me suis finalement dit que c’était plus simple de fonder une famille sans être en couple, alors je me suis inscrit sur l’un des sites les plus connus, raconte-t-il. Et j’ai rapidement fait la connaissance de Céline. Le courant est bien passé entre nous, on avait le même projet parental, les mêmes valeurs humaines, familiales, religieuses et éducatives. On a vraiment pris le temps de se connaître et de voir qu’on était raccord ». Mais Céline hésite et met le projet entre parenthèses, pour donner une dernière chance à l’amour. « On s’est perdu de vue quelques mois, puis elle m’a recontacté. Elle était sûre d’elle et prête à se lancer dans la coparentalité ».

Pour les deux, « les choses sont claires, nous n’avons pas de sentiments amoureux l’un pour l’autre, nous ne sommes pas un couple et n’avons jamais envisagé de l’être, pour ne pas mettre en péril notre entente et notre projet. Pour cette raison, nous avons fait le choix de ne pas avoir de rapports sexuels pour concevoir notre bébé », ajoute Michel. Soit une conception « artisanale ». Deux mois d’essais auront suffi pour que Céline tombe enceinte. Aujourd’hui, la jeune femme, qui n’a pas encore soufflé ses quarante bougies, en est à sept mois de grossesse.

Mais comment expliquer à son entourage que l’on va devenir co-père ou co-mère ? Pour l’heure, seule la famille de Michel est au courant de ce projet de coparentalité et comprend son choix. « J’ai été très transparent avec mes proches, explique-t-il. Céline et moi sommes comme un couple séparé qui a eu un enfant ensemble, à ceci près que l’on évite tous les sentiments négatifs associés à la rupture. En revanche, les parents de Céline pensent que nous formons un vrai couple, ils sont plus " tradi " ».

« Notre priorité, c’est le bien-être de notre bébé »

Comment la grossesse est-elle vécue quand on n’est pas en couple ? « J’accompagne Céline à chaque échographie, je passe beaucoup de temps avec elle, je fais écouter ma voix et de la musique à notre futur bébé, décrit Michel. C’est important de profiter de ces moments privilégiés, et aussi de ne pas me sentir à l’écart de la grossesse ». Et après la naissance ? « Je me suis renseigné auprès d’un avocat spécialisé en droit de la famille, je connais nos droits et devoirs, assure Michel. Et si notre entente avec Céline venait à être contrariée, on ferait comme n’importe quel couple non marié qui se sépare : on irait voir un juge. »

Pour l’heure, le bonheur est au rendez-vous entre les deux futurs coparents. « Notre priorité, c’est le bien-être de notre bébé. Beaucoup de gens critiques envers la coparentalité nous taxent d’égoïsme, regrette le quinqua. Mais tout ce qu’on prévoit est décidé dans l’intérêt de notre enfant. Céline s’est reconvertie professionnellement pour être plus disponible et j’ai vendu mon appartement pour m’installer près de chez elle. Dans un premier temps, le bébé restera chez sa mère, c’est moi qui passerai beaucoup de temps chez elle pour profiter de notre fils. Quand il sera plus grand, on aménagera une garde alternée : une semaine chez l’un, une semaine chez l’autre. Et nous passerons du temps ensemble, tous les trois, pour Noël, les anniversaires, des week-ends et des vacances. Pour nous, c’est mieux que la PMA, puisque notre enfant aura deux parents pour lui. Je suis sûr que la coparentalité va se développer, prédit-il. Et en ce qui nous concerne, nous songeons déjà à faire un deuxième enfant ».

* Les prénoms ont été modifiés