Incendie de l’usine Lubrizol à Rouen : Les questions en suspens avant l’audition du patron de l’entreprise

ENQUETE Vingt-cinq jours après l’incendie de l’usine Lubrizol, son PDG, Eric Schnur, va devoir s’expliquer, ce mardi, devant la commission d’enquête sénatoriale

Manon Aublanc

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Plus de 5.000 tonnes de produits ont brûlé dans l’incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, jeudi dernier.
Plus de 5.000 tonnes de produits ont brûlé dans l’incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, jeudi dernier. — BEAUFILS/SIPA
  • Le 26 septembre dernier, un incendie s’est déclaré à Rouen à l’usine Lubrizol, entreprise de produits chimiques classée Seveso seuil haut. Ce gigantesque incendie a détruit 5.253 tonnes de produits chimiques, mais il a aussi touché trois entrepôts du voisin, Normandie Logistique, qui stockait plus de 9.000 tonnes de produits.
  • Début octobre, le Sénat a mis en place une commission d’enquête, qui va auditionner ce mardi Eric Schnur, le président du groupe Lubrizol.
  • Guillaume Blavette, administrateur de France nature environnement (FNE), revient pour 20 Minutes sur les questions qui restent encore sans réponse.

Près d’un mois après l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen, le patron du groupe, Eric Schnur, va devoir s’expliquer. Il est attendu, ce mardi, devant la commission d’enquête sénatoriale mise en place pour « évaluer l’intervention des services de l’État dans la gestion des conséquences environnementales, sanitaires et économiques de l’incendie de l’usine Lubrizol ».

Le 26 septembre dernier, un gigantesque incendie avait ravagé une partie de l’usine, classée Seveso seuil haut, et  trois entrepôts de son voisin Normandie Logistique.

Comment le feu s’est-il déclenché ? Qui est responsable ? Comment va se dérouler l’indemnisation ? A la veille de l’audition du patron de l’entreprise, 20 Minutes fait le point avec Guillaume Blavette, administrateur de France nature environnement (FNE), sur les questions qui restent en suspens.

Quelle est l’origine de l’incendie ?

C’est sûrement l’une des questions les plus importantes. Quatre jours après le drame, le groupe Lubrizol avait affirmé que l’origine du feu était « extérieure » et avait porté plainte pour « destruction involontaire ». Si l’entreprise suspecte son voisin Normandie Logistique (NL) d’être responsable, l’enquête n’a pas encore permis de déterminer l’origine du sinistre. « A ce jour, nous ne connaissons toujours pas la cause première de l’incendie. Le Parquet national santé environnement a lancé une enquête », explique Guillaume Blavette.

Selon ce dernier, Eric Schnur va principalement devoir s’expliquer ce mardi sur la sécurité du site et les dispositions prises par l’entreprise : « Pourquoi se pose-t-on beaucoup de questions sur la source de l’incendie ? De nombreux éléments nous amènent à considérer que les installations qui ont été détruites ne remplissaient pas entièrement les conditions de sécurité ». Si la question est aussi importante, c’est que la réponse devrait clarifier la responsabilité de chacun. « Les gestionnaires de l’usine Lubrizol ont été défaillants, estime Guillaume Blavette. Ça ne veut pas dire qu’ils sont coupables, mais ils sont responsables ».

Pourquoi des produits si toxiques étaient-ils entreposés à l’air libre ?

Le gigantesque incendie a détruit 5.253 tonnes de produits chimiques chez Lubrizol, mais il a aussi touché trois entrepôts de son voisin Normandie Logistique, qui stockait plus de 9.000 tonnes de produits sur son site. Et si les quantités sont désormais connues, Eric Schnur va maintenant devoir s’expliquer sur l’entreposage. Une question primordiale selon Guillaume Blavette : « C’est inadmissible que des substances qui contiennent des produits hautement nocifs aient été entreposées à l’air libre. Elles auraient dû être confinées dans un bâtiment. Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait ? ».

« Il y a des choses qui ont été tolérées sur le site de Lubrizol qui sont surprenantes si on regarde la réglementation des sites industriels. On a un Etat très conciliant, et des entreprises qui abusent de cette bienveillance », estime le spécialiste. Avant d’ajouter : « Il y a un vrai problème sur la question du stockage des produits, et le patron du groupe devra y répondre ».

Comment va se dérouler le processus d’indemnisation ?

Si le montant est encore difficile à évaluer, il n’y a aucun doute que la facture sera lourde. Début octobre, la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne, avait assuré que la société Lubrizol « devra indemniser » tous ceux qui ont souffert des conséquences de l’incendie. « La responsabilité première est celle de l’industriel. On est sur un principe de pollueur-payeur et l’industriel devra indemniser » tous les riverains et les agriculteurs, avait-elle affirmé sur RMC le 8 octobre dernier. « Dans le principe, ils auront à prendre en charge tous les dégâts causés par cet incendie (…), y compris les préjudices pour les agriculteurs », avait-elle ajouté. Didier Guillaume, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, a estimé le préjudice global pour les agriculteurs « entre 40 et 50 millions » d’euros.

Mais pour Guillaume Blavette, la question n’est pas si simple : « Il y a une réglementation qui existe en France pour les risques industriels. Les entreprises doivent constituer des réserves financières en cas d’accident, c’est-à-dire des provisions. En plus de cela, les sites industriels ont des assurances. Mais cette responsabilité est plafonnée à une certaine somme. Au-delà de ce seuil, qui va payer ? Le contribuable. On rentre dans une séquence très compliquée. Les enquêtes environnementales et sanitaires vont préciser la carte des retombées de la catastrophe. Le groupe Lubrizol va rentrer dans des querelles d’attribution et tout mettre en œuvre pour payer le plus tard possible », conclut l’administrateur de France nature environnement (FNE).