Grenelle contre les violences conjugales : L’alcool est le grand « absent », dénoncent des experts

TRIBUNES Chez les femmes vivant en couple avec un homme dépendant à l’alcool, le risque de subir des violences est trois fois plus important que dans la population générale

20 Minutes avec agences

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L'alcool est un facteur causal majeur de violences envers les femmes (illustration).
L'alcool est un facteur causal majeur de violences envers les femmes (illustration). — A. Gelebart / SIPA

L’alcool est « le grand absent » du Grenelle contre les violences conjugales. C’est ce que déplorent un Collectif des proches de malades alcooliques (CoPMA) et des spécialistes de l’addiction dans deux tribunes rendues publiques notamment dans Le Figaro Santé ce lundi. Elles sont adressées à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn et à la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa.

« L’alcool est facteur causal majeur de violences envers les femmes », soulignent ces experts. L’analyse des morts violentes au sein du couple survenues en 2018 et plus particulièrement des 121 féminicides, montre que dans 55 % des cas, au moins l’un des deux, auteur ou victime, est sous l’emprise d’une substance (alcool, stupéfiants, etc.).

Risque d’agression beaucoup plus important

L’alcool altère les capacités d’autocontrôle, accroît l’impulsivité, l’agressivité et diminue également les capacités de défenses des victimes, notent les signataires. Ces derniers citent une étude qui a montré, d’après les journaux tenus pendant quinze mois par des femmes ayant déjà subi des violences, que le risque d’agression physique était multiplié par huit les jours où l’homme buvait et par onze le risque d’agression grave.

« Chez les femmes vivant en couple avec un consommateur dépendant, le risque de subir des violences est trois fois plus important que dans la population générale », explique l’un des signataires, le Pr Michel Reynaud, président du Fonds Actions Addictions.

Création d’un registre des violences

Les associations réclament ainsi plusieurs mesures : l’application d’une obligation de soins par la justice, un plan de soutien aux proches aidants de malades alcooliques et une campagne nationale d’information sur les répercussions de la maladie alcoolique sur l’entourage.

La création d’un registre des violences liées à l’alcool et aux psychotropes (avec leurs dosages systématiques) et l’analyse précise du rôle de ces consommations dans les féminicides sont préconisées pour mieux cerner l’ampleur du phénomène. Les spécialistes demandent enfin le renforcement d’actions contre l’abus d’alcool qui ont fait leurs preuves. En Australie par exemple, une réduction d’une heure trente d’ouverture des bars le soir a diminué de plus d’un tiers les violences de toutes sortes, selon le Pr. Laurent Bègue, expert psycho-sociologue.