Petits-déjeuners gratuits à l’école : « Ça leur redonne de l’énergie et les met dans de bonnes conditions d’apprentissage »

REPORTAGE « 20 Minutes » a assisté au premier repas de la journée d’élèves d’une maternelle d’Orly, proposé gratuitement par l’école le vendredi pour soutenir les familles

Delphine Bancaud

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Un petit déjeuner à l'école Paul Eluard d'Orly, le 18/10/2019. Lancer le diaporama
Un petit déjeuner à l'école Paul Eluard d'Orly, le 18/10/2019. — D.Bancaud/20minutes
  • A la rentrée, le gouvernement a généralisé les petits-déjeuners gratuits dans les écoles des territoires prioritaires pour réduire les inégalités alimentaires et permettre aux élèves une meilleure disponibilité aux apprentissages scolaires.
  • 20 Minutes a assisté au premier repas de la journée pour certains des élèves de l’école Paul Eluard d’Orly.
  • Une initiative qui permet aussi aux enseignants de sensibiliser les enfants à l’éducation nutritionnelle.

« Maîtresse, tu peux me redonner de la tarte aux pommes ? », demande une élève de grande section de maternelle ce vendredi matin. Car depuis la rentrée scolaire, les élèves de l’école Paul Eluard d’Orly (Val-de- Marne) qui en ont besoin peuvent bénéficier d’un petit-déjeuner gratuit le vendredi.

Une mesure qui découle du plan pauvreté annoncé il y a un an par le président de la République, et qui a été généralisée en septembre après avoir été expérimentée dans huit académies. En effet, selon  une étude du Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) de 2015, 25 % des 3-11 ans ne prennent pas de petit-déjeuner, les populations défavorisées étant les plus touchées. Au cours de l’année 2019-2020, l’Education nationale servira donc chaque jour 100.000 petits-déjeuners, ces repas pouvant être servis à différents jours de la semaine.

« Certains enfants avaient de vrais coups de barre le matin vers 9h30-10h »

A l’école Paul Eluard, située en Réseau d’éducation prioritaire renforcé (REP +), force est de constater que plusieurs enfants arrivent le matin le ventre vide. Et ce, pour plusieurs raisons : « Soit parce que les parents ont des problèmes financiers et des fins de mois difficiles. Soit parce que les enfants qui arrivent à l’accueil périscolaire de 7h n’avaient envie de rien en partant de la maison », explique Luc Gaignard, inspecteur pédagogique d’Orly. « Du coup, certains ont de vrais coups de barre le matin vers 9h30-10h, ou sont tendus et se plaignent d’avoir faim au cours de la matinée », explique Isabelle Leclerc, professeur des écoles.

Un jour par semaine, le vendredi, les enfants qui n’ont pas pris de petit-déjeuner sont donc invités à en prendre un, entre 8h20 et 8h40. Avec un menu validé par un nutritionniste. Ce matin, les enfants peuvent manger des poires, des bananes ou de la compote, une brioche ou de tarte aux pommes selon les classes, et boire du lait. « On coupe les fruits en petits morceaux pour qu’ils soient plus faciles à manger et les enfants les apprécient beaucoup », constate Imane Zouaf, une enseignante. Dans chaque classe, une dizaine d’enfants sur 25 sont attablés pour prendre le premier repas de la journée. « C’est bon ! », commente un élève. « J’aime bien la brioche », lui répond un autre.

« Le but n’est pas que l’école se substitue » aux parents

Un moment de calme et de convivialité que les enfants apprécient, estime Martika Homand, une enseignante : « Ils prennent plaisir à venir à l’école le vendredi, parce qu’ils savourent ce moment particulier », constate-t-elle. « Ils sont ravis car c’est un laps de temps où l’on peut discuter avec eux en petit comité », observe aussi sa collègue Nawaël Haddoun. Mais le dispositif a aussi une vertu éducative. « J’ai fait une liste avec les élèves de ce qu’ils peuvent manger le matin. Et je leur indique comment composer un petit-déjeuner équilibré », poursuit la maîtresse. « Cela nous permet de travailler avec eux sur l’hygiène et le gaspillage alimentaire », ajoute Martika Homand.

C’est aussi l’occasion de renforcer le lien entre les parents et les enseignants : « Certains parents viennent aider à servir les enfants. On en profite pour leur rappeler l’importance de ce premier repas de la journée », explique Jacques Fargearel, le directeur. « Car le but n’est pas que l’école se substitue à eux. Mais bien de les inciter à prévoir un petit-déjeuner avec leurs enfants. C’est d’ailleurs pour ça que nous n’offrons ce service qu’une fois par semaine », indique Luc Gaignard.

Le gouvernement a prévu un budget de 6 millions d’euros en 2019

Et le fait d’ingérer quelques calories peut avoir des effets sur la qualité d’écoute​, avance Jacques Fargearel : « Le manque de concentration le matin pouvait être lié à une absence de petit-déjeuner. Et ce premier repas leur redonne de l’énergie et les met dans de bonnes conditions d’apprentissage », indique-t-il. Si jamais le dispositif s’avère concluant, il pourrait être étendu aux écoles élémentaires. En attendant, l’Etat a déjà prévu un budget de 6 millions d’euros en 2019, qu’il remboursera aux communes participantes. En 2020, ce montant sera doublé (12 millions d’euros), a annoncé le gouvernement en avril. « Pour septembre et octobre, ce sont 18.000 euros qui seront versés à la ville d’Orly pour financer ces petits-déjeuners », indique Luc Gaignard. Un bon début.