Incendie de l'usine Lubrizol à Rouen : Inquiétude persistante trois semaines après l'incident

POLLUTION Les participants d’une réunion publique, organisée à Rouen jeudi soir, continuent de s’interroger sur les risques encourus et les mesures qui seront mises en place

20 Minutes avec AFP

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(Illustration) Une réunion publique d'informations sur l'incendie de Lubrizol organisée par l'association Respire Rouen, le 12 octobre 2019 à Rouen.
(Illustration) Une réunion publique d'informations sur l'incendie de Lubrizol organisée par l'association Respire Rouen, le 12 octobre 2019 à Rouen. — Robin Letellier/SIPA

Entre 700 et 800 personnes, selon les organisateurs, ont participé jeudi soir à Rouen à une réunion publique au cours de laquelle elles ont exprimé leur inquiétude persistante, trois semaines après l'incendie de l'usine Lubrizol.

« Le jour même de l’accident, des écoles sont restées ouvertes. Tout le monde s’est retrouvé à gérer un peu comme il le pouvait. Des mômes de 2, 3 ans ont été exposés et l’institution ne les protège pas », a ainsi affirmé un enseignant du collège Jean Lecanuet à Rouen, lors de cette réunion organisée par des membres de la société civile (syndicats, associations, etc.).

« Le jour de l’accident, on nous a dit que l’on pouvait partir mais on ne savait pas où aller. Nous sommes restés sur place, dans les caravanes. On avait du mal à respirer, la gorge qui piquait », a témoigné une personne de la communauté des gens du voyage, installée sur une aire d’accueil située à 300 m du site. Un travailleur social a déclaré avoir demandé aux autorités « s’il y avait des mesures préconisées pour les personnes hébergées ou celles qui vivent à la rue. On n’a jamais eu la réponse », a-t-il dit.

« Le flou complet »

Sur le plan médical, Aurélie, de l’association Rouen Respire, a expliqué : « Nous sommes en train de mettre en place des protocoles de prélèvements sanguins avec des médecins, des toxicologues. On a tous été traumatisés, autant avancer tous ensemble ».

Des agriculteurs ont fait part de leur préoccupation pour l’avenir, se demandant comment supprimer ces risques chimiques. « Les maraîchers les plus vertueux sont les plus impactés par le passage du nuage », a relevé un représentant des AMAP, demandant comment « faire en sorte que cela ne se reproduise plus ? ». « C’est le grand flou. On ne sait pas ce que cela va donner par la suite pour nos productions. C’est le flou complet sur les indemnisations. (…) Il est temps de se bouger. Il faut que demain ces industries n’existent plus », a estimé de son côté Quentin, un agriculteur.

Fermer l’usine ?

« La chimie est une activité dangereuse », a rappelé Jean-Claude, syndicaliste Sud Chimie, se demandant : « La réglementation est stricte. La question après, c’est : est-elle bien appliquée ? ». Selon un syndicaliste FO, « le permis de polluer » a été délivré par « le gouvernement Macron et les autres qui ont organisé la déréglementation ».

Pour l’avocate Sandra Molinero, « un des moyens de se défendre, c’est de saisir la justice. Il faut garder des traces, des preuves, c’est un combat à long terme ». « Le procès, a-t-elle estimé, n’aura pas lieu avant dix, quinze ans. »

Un participant a résumé la situation à ses yeux : « la bonne question à poser, c’est celle de la fermeture de Lubrizol ».