Paris : Manque de policiers et anonymat des grandes villes... Pourquoi les cambriolages augmentent-ils tant ?

DÉLITS Près d’une cinquantaine de cambriolages, dont l'immense majorité chez les particuliers, sont commis chaque jour dans la capitale

Caroline Politi

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Les cambriolages sont en hausse à Paris (image d'illustration)
Les cambriolages sont en hausse à Paris (image d'illustration) — Sebastien Pirlet/ISOPIX/SIPA
  • Les cambriolages ont fortement augmenté à Paris depuis le début de l'année.
  • Le manque d'effectifs policiers et leur mobilisation sur certains événements explique, au moins partiellement, ces mauvais résultats.
  • Le taux d'élucidation des cambriolages a néanmoins augmenté de 16% depuis le début de l'année. 

Là, c’est un appartement familial du 14e arrondissement de Paris cambriolé en pleine journée. La porte a été enfoncée, les bijoux et l’argent ont disparu. Un peu plus tôt dans la matinée, c’est la serrure d’un studio dans le 18e arrondissement, situé au rez-de-chaussée, qui était forcée. Les voleurs ont emporté une tablette et un casque audio, probablement les seuls objets de valeur dans l'appart. Le soir même, à l’autre bout de la capitale, le siège d’une PME sera « visité ». Cet inventaire à la Prévert, issu des remontées quotidiennes des commissariats, pourrait durer encore longtemps tant le phénomène est prégnant : chaque jour, un peu plus de 50 cambriolages sont commis à Paris. « C’est malheureusement une tendance de fond depuis maintenant plusieurs mois », reconnaît une source policière au sein de la préfecture de police.

L’année 2018 avait été mauvaise – les cambriolages avaient bondi de 16 % dans la capitale – 2019 s’annonce pire encore. Entre janvier et septembre, 13.743 faits de ce type ont été commis à Paris, ce qui représente une augmentation de 8 % en un an. A titre de comparaison, sur l’ensemble de la France métropolitaine, les cambriolages n’ont augmenté « que » d’1,1 % sur cette période mais avaient baissé de 6 % en 2018. Et si les beaux quartiers de la capitale sont évidemment les plus visés, tous les arrondissements sont concernés : dans le 18e arrondissement, par exemple, le nombre de plaintes a doublé entre septembre 2018 et 2019.

Les particuliers, premières cibles

« Ce phénomène touche principalement les grandes villes, précise Christophe Soullez, directeur de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). Les cambriolages sont rarement des délits de proximité ou de subsistance, ce sont des infractions sérielles perpétrées par des bandes souvent très organisées. » A ce titre, Paris offre un nombre de cibles important : la population est relativement riche et active, nombre d’immeubles sont donc vides -ou presque- une large partie de la journée. « L’anonymat des grandes villes limite la surveillance de proximité », note également le sociologue. Dans les trois quarts des cambriolages parisiens (71 %), les infractions sont commises chez des particuliers. Un choix également motivé par la nature des biens recherchés : plus que le matériel électronique, les voleurs ciblent l’or et les bijoux, qui se revendent plus facilement au marché noir.

« Nous sommes confrontés à un manque d’effectifs qui pèsent lourdement sur ces statistiques », déplore une source au sein de la Préfecture pour expliquer cette tendance. La multiplication des « actes » des Gilets jaunes au début de l’année ainsi que les nombreux événements culturels et festifs organisés dans la capitale mobilise des fonctionnaires sur la sécurisation et le maintien de l’ordre au détriment de la surveillance de la voie publique. D’autant que la capitale est confrontée à un manque d’attractivité auprès des policiers chevronnés. « Il y a un turnover important, reconnaît cette même source. Souvent, les policiers commencent leur carrière à Paris et demandent leur mutation dès qu’ils en ont la possibilité. »

Au mois de juin, après la parution de chiffres de la délinquance déjà en forte hausse, la maire de Paris, Anne Hidalgo avait demandé au gouvernement de « remettre des effectifs de police dans nos quartiers ». Si sa demande s’inscrivait dans un projet politique plus large – l’édile souhaite mettre en place une police municipale – elle déplorait le manque de visibilité des forces de l’ordre dans l’espace publique. « Pour dissuader, il faut du monde dans la rue », soutenait encore cette semaine son adjointe à la sécurité, Colombe Brossel.

Un taux d’élucidation en hausse

« On ne reste pas bras croisés en attendant que ça se passe », insiste-t-on à la préfecture. Depuis le début de l’année, le taux d’élucidation des cambriolages a augmenté de 16 % par rapport à la même période l’an dernier. Et même s’il peine à dépasser la barre des 20 %, les affaires dépassent de plus en régulièrement le cadre du flagrant délit. Depuis l’arrivée de Valérie Martineau à la tête de la direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (Dspap), la priorité est donnée au démantèlement de réseaux. « Les enquêtes judiciaires sont plus longues et demandent plus de moyens mais elles sont payantes, insiste une source policière. Ce ne sont pas des gamins avec un téléphone portable et qui prendront au maximum du sursis qui sont interpellés mais des réseaux qu’on soupçonne de dizaines de cambriolages. »

Mardi, onze mineurs, soupçonnés de 136 cambriolages dans la capitale, les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne depuis le début de l’année, ont ainsi été interpellés. Préjudice estimé : près de 50.000 euros. Parallèlement, les policiers de la sûreté territoriale ont identifié une société de conseil qui revendait des cartes magnétiques, des « vigik », permettant d’entrer dans les immeubles. Six personnes ont été interpellées et déférées. « C’est avec des affaires comme cela qu’on luttera efficacement contre le phénomène », espère cette source.