Strasbourg : On a suivi une opération anti-rodéo avec la police (et ça a fini dans une cave)

IMMERSION « 20 Minutes » a suivi les policiers de Strasbourg à la poursuite des adeptes de rodéo-urbains

Thibaut Gagnepain

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Dans la voiture avec le major Berger.
Dans la voiture avec le major Berger. — T. Gagnepain / 20 Minutes
  • A Strasbourg, la police nationale a permis à « 20 Minutes » de suivre ses agents à la poursuite des adeptes de rodéo-urbains.
  • Lors de cette opération, neuf véhicules de police étaient mobilisés : cinq motos, dont une banalisée, trois voitures et un fourgon.
  • Le délit de rodéo peut mener jusqu’à mener cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende.

Gilet pare-balles enfilé, je suis prêt. « C’est obligatoire », justifie un policier en enfilant aussi le sien. La sécurité, il en est encore question quelques instants plus tard. Avant le début de cette « opération anti-rodéo », c’est le moment du briefing dans le local des motards de l’hôtel de police de Strasbourg.

« Si le remède est pire que le mal, on ne prend pas de risque », lance le major Henriot devant la quinzaine d’agents présents. Ils sont venus traquer ces pilotes qui multiplient les excès de vitesse, les roues arrière, circulent à contresens ou sur les trottoirs. Des délits pouvant mener jusqu’à mener à cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende. « Si vous voyez que ça sent le roussi, vous ne prenez pas de risque, insiste l’officier. Vous faites appel à du renfort. » Normalement, il ne sera jamais bien loin.

Conduite sportive

Neuf véhicules sont mobilisés : cinq motos, dont une banalisée, trois voitures et un fourgon. Pourquoi de tels moyens ? « Afin d’inverser rapidement le rapport de force en notre faveur car quand vous interpellez quelqu’un, il y a vite un attroupement, répond Sylvain Henriot, rompu à l’exercice. Dans ce cas-là, on embarque par exemple le scooter dans la camionnette et on fera les constatations plus tard, dans nos locaux. »

C’est justement le moment de les quitter. Après une dernière consigne : « Respect des règles d’usage et du Code de la route. » Celle-là, Franck Berger passe outre assez vite. Urgence oblige, le chef de la Brigade spécialisé de terrain (BST) de Strasbourg Sud grille rapidement plusieurs feux rouges. Sur la banquette arrière, ça secoue. Jusqu’à notre arrivée sur les lieux.

Pas de gants… 45 euros d’amende

Nous voilà maintenant en plein quartier de la Meinau. Sur un terre-plein, deux agents contrôlent un motard qui a accéléré en les voyant. Après vérification, rien de répréhensible. Ce n’est pas le cas de ces deux jeunes hommes arrêtés un peu plus loin. Ils ne portent pas de gants, obligatoires sur les deux-roues depuis fin 2016. 45 euros d’amende chacun.

Les deux pilotes de ces scooters roulaient sans gants, ils sont verbalisés.
Les deux pilotes de ces scooters roulaient sans gants, ils sont verbalisés. - T. Gagnepain / 20 Minutes

On ne traîne pas. Sur le canal radio, une brigade motocycliste vient de signaler qu’un « scooter rouge a pris la fuite ». Direction la cité des aviateurs, à Neuhof. C’est reparti pour la conduite « sportive » du major Berger. Le jeu du chat et de la souris dure une dizaine de minutes dans les ruelles du quartier. En vain.

« Il a pu rentrer dans n’importe quelle cour d’une maison. Il faut accepter de perdre parfois », avoue un policier. « Souvent, les fautifs s’imaginent qu’ils sont tirés d’affaire sur le coup, nuance le major Henriot. Mais quelques jours plus tard, on les arrête tranquillement grâce aux images. » Grâce à l’appui du Centre de supervision vidéo (CSV), géré par l’Eurométropole de Strasbourg, mais en constante relation avec la police.

« C’est calme aujourd’hui, on ne va pas les inventer »

Cette énorme salle vidéo va avoir son importance pour la fin de cette « opération anti-rodéo »… sans rodéo. « C’est calme aujourd’hui, on ne va pas les inventer », s’amuse Franck Berger, avant de préciser : « On récolte aussi le résultat de ce qu’on sème. L’été, ce type d’action est menée une fois par semaine. On est beaucoup plus sur le terrain maintenant, les gens ont l’habitude de nous voir. »

Pas ce jeune pilote d’un Vespa visiblement. Il vient de tourner précipitamment en voyant les forces de l’ordre. Il n’avait pas le permis de conduire nécessaire (le BSR) pour le deux-roues. Une infraction à 22 euros mais là encore, les policiers ne s’attardent pas trop. Le CSV vient de les alerter du comportement d’un autre scootériste. « Ça pourrait être un chouf [un guetteur de réseau de drogue] », dit le major en prenant la direction du port du Rhin.

« C’est celui qui mange des chips »

Le suspect vient de bouger. Il a laissé son engin dans une cour et se déplace maintenant à pied. « C’est celui qui mange des chips, au pied de l’immeuble avec la casquette », alerte à la radio un agent du centre vidéo. Nous nous rapprochons plus ou moins discrètement. Difficile de faire mieux avec des véhicules siglés. Des habitants du quartier ont vite remarqué la présence policière et sortent leurs téléphones.

Dans le centre d'appel du 17, à l'hôtel de police de Strasbourg.
Dans le centre d'appel du 17, à l'hôtel de police de Strasbourg. - T. Gagnepain / 20 Minutes

Voilà justement l’homme en question, qui marche tranquillement avec des amis dans une rue. Derrière lui, deux agents sont prêts à l’intercepter. Le major quitte le volant et va aussi à sa rencontre. Visiblement pas assez vite. L’adolescent vient de s’échapper via une ruelle perpendiculaire. Deux policiers lui courent après. Frank Berger, lui, a repris la voiture et mieux vaut bien s’accrocher.

La tension monte d’un cran

« C’est lui, il vient de rentrer au n° 4 », crie son copilote. Tout le monde se précipite derrière la fameuse porte. Rien. « Il a pu se réfugier dans un appartement ou se barrer de l’autre côté de l’immeuble, il y a une sortie », peste un agent, convaincu que le jeune homme « était chargé ». Restent les caves à inspecter. Les policiers s’y attellent pendant que la tension monte d’un cran dans la rue, bouclée.

La fouille n’a rien donné. Cette fois-ci. Quant au scooter, faussement immatriculé, il « sera placé en fourrière ». « Le propriétaire du véhicule sera convoqué, il devra s’expliquer », détaille Sylvain Henriot, tout sauf déçu de l’opération, qui a duré près de 2h30. « A une certaine époque, on avait du mal à circuler dans certains quartiers. Maintenant, il n’y a plus un centimètre carré du territoire qui nous échappe. »