Vaulx-en-Velin : « Maintenant les dealers ne se cachent plus, ils s’installent devant l’école », alertent les enseignants

SECURITE Depuis la rentrée scolaire, plusieurs établissements ont dû faire face à des situations inédites et même parfois confiner leurs élèves 

Caroline Girardon

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A Vaulx-en-Velin, les dealers tiennent désormais leurs points de vente devant les écoles maternelles ou élémentaires.
A Vaulx-en-Velin, les dealers tiennent désormais leurs points de vente devant les écoles maternelles ou élémentaires. — MARTINI VIRGILIO/SIPA
  • A Vaulx-en-Velin, le malaise des enseignants est palpable.
  • Plusieurs écoles situées dans le quartier du Mas-du-Taureau doivent faire face à l’installation de dealers devant leurs portails.
  • Ces établissements font face à une situation inédite de crise depuis la rentrée de septembre.

Un « environnement extrêmement tendu ». A Vaulx-en-Velin, commune située dans la banlieue de Lyon, plusieurs écoles implantées dans le quartier du mas du Taureau vivent désormais dans la peur. La raison ? Des dealers se sont postés aux abords de ces établissements intensifiant leur trafic de drogue  depuis plusieurs semaines.

« Cette situation a toujours existé. Mais, quelques années auparavant, il y avait une sorte de trêve informelle jusqu’à 18 heures. On respectait le temps de l’école et il n’y avait pas d’incident notable, témoigne sous couvert d’anonymat un enseignant qui officie depuis une dizaine d’années dans le quartier. Il y avait une sorte d’étanchéité entre l’école et les points de deal. Tout ce qui était impliqué par les trafics, restait cantonné au soir. Or, depuis deux ou trois ans, on assiste à une dégradation. On sent une réelle tension, une pression ».

« Maintenant, les dealers ne se cachent plus, ils s’affichent en pleine journée »

« Maintenant, les dealers ne se cachent plus, ils s’affichent en pleine journée. Ils s’installent non loin des écoles ou même parfois devant le portail des établissements. On les voit, armés, accompagnés de chiens dangereux », poursuit Aurélie, une collègue de travail. « Ils sont là le long du chemin allant à l’école. Les enfants passent devant eux tous les jours », ajoute Claire. Les mamans baissent parfois la tête pour ne croiser leur regard et ne pas s’attirer d’ennuis. « Les gars sont armés, ça peut mal finir », poursuit la jeune femme.

Plusieurs incidents notables ont été enregistrés depuis la rentrée. Le 23 septembre, les directeurs des écoles maternelle et élémentaire Courcelles ont été alertés par un parent venant de croiser deux individus encagoulés et armés, circulant à scooter devant l’établissement. Les 550 élèves ont dû être confinés en urgence pour « éviter de recevoir une balle perdue ». Trois jours plus tard, le scénario s’est répété. Mais cette fois à la sortie de l’école. Les enfants avaient déjà tous quitté l’établissement. Rebelote la semaine d’après.

Mesures de confinement

Les jours suivants, la situation reste crispée. Les patrouilles de police sont caillassées, des projectiles finissent par atterrir dans la cour de l’école ou dans les fenêtres de l’établissement. S’ajoutent à cela des menaces proférées à l’encontre de l’un des directeurs. Et une course-poursuite qui aurait pu virer au drame le 11 octobre. Un jeune du quartier, poursuivi par la police, refuse d’obtempérer : « Il a escaladé le grillage pour traverser la cour de la maternelle, puis a sauté un deuxième grillage pour regagner l’école élémentaire. Ensuite, il s’est échappé en franchissant les dernières clôtures. On a dû une nouvelle fois, confiner tous les élèves », raconte Benoît.

Pour dénoncer cette situation et alerter les autorités, le personnel de l’école Courcelles a observé mardi une journée de grève. L’Académie a annoncé des mesures urgentes : une équipe mobile de sécurité se tient prête à intervenir « autant que de besoin ». Deux remplaçants ont également été sollicités pour pallier l'absence des deux directeurs en arrêt. Et un partenariat a été noué avec la police nationale. Une garde policière de l’établissement sera assurée pendant les heures d’ouverture jusqu’aux vacances de la Toussaint. Des mesures perçues par certains comme des « pansements ».

« La difficulté est que l’Education nationale ne propose pas d’aide suffisante à la hauteur des besoins en cas d’urgence, comme celle-là, déplore Benjamin Grandener, responsable départemental du syndicat Snuipp/FSU. Et quand l’aide arrive, il est souvent trop tard. Les collègues sont épuisés. Les deux directeurs sont en arrêt. Il nous faut des renforts humains même si cela ne change rien à ce qui passe à l’extérieur de l’école ».

Des médiateurs plutôt que des policiers ?

« Ce qui nous préoccupe le plus c’est de mettre les enfants à l’abri dans tous les sens du terme. L’idéal serait d’avoir recours à des médiateurs », plaide de son côté Valérie, l’une enseignante de Courcelles. « On a déjà vu d’anciens élèves, qui ont quitté l’école, entrer dans ces trafics. Ils sont utilisés pour acheter des sodas ou pour faire le guet. Tout cela en échange d’un paquet de bonbons ou d’un petit peu d’argent », enchaîne Benoît. « Notre peur, c’est que cela devienne la norme pour eux, qu’ils pensent que c’est de cette façon qu’on gagne de l’argent », abonde Aurélie. Et de plaider énergiquement : « La présence supplémentaire de policiers sur le terrain risque de mettre le feu aux poudres et de déclencher une guerre de quartier ».

« Les parents, eux-mêmes, ne réclament pas davantage de police. Ils aimeraient plutôt l’intervention d’éducateurs de rue ou de médiateurs, qui puissent convaincre les dealers d’aller plus loin et qui puissent aussi faire de la prévention auprès des enfants », ajoute Valérie. « Eloigner les points de deal serait en effet un moindre mal même si ce n’est pas la solution. Démanteler de tels réseaux demande du temps. Mais, nous, on ne peut pas se permettre d’attendre plusieurs années », souffle un brin défaitiste Benoît.

Contactée à ce sujet, la mairie de Vaulx-en-Velin a répondu qu'elle allait augmenter le nombre de police municipaux et de brigades de nuit ainsi que le nombre de caméras notamment aux abords de l'école Courcelles. Un GLTD, groupe local de traitement de la délinquance a été mis en place en partenariat avec le parquet. Enfin, la ville compte s'inscrire dans le plan national de lutte contre les stupéfiants, présenté récemment par le gouvernement. La police nationale ne nous ont pas apporté de réponse pour l’instant.

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Les prénoms des personnes citées dans cet article ont été changés par mesure de sécurité.