Manifestation des pompiers à Paris : « Notre profession n’est à risque que pour les mauvais côtés »

REPORTAGE Entre 5.000 et 10.000 pompiers, selon les syndicats, ont manifesté dans les rues de Paris mardi après-midi. Parmi les revendications sur leurs conditions de travail, la reconnaissance de leur profession comme métier à risque

Charles-Edouard Ama Koffi

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Un pompier vient d'allumer un fumigène à proximité de la place de la République. Lancer le diaporama
Un pompier vient d'allumer un fumigène à proximité de la place de la République. — C-E.AK
  • Sept syndicats de pompiers professionnels ont lancé un appel à manifester ce mardi.
  • Entre 5.000 et 10.000 soldats du feu ont défilé à Paris, selon les chiffres des syndicats.
  • Parmi leurs revendications, figure l’augmentation de leur prime de feu de 19 à 28 %.

« Attention, ça va péter ! », prévient un pompier avant l’arrivée d’un chariot de pétards poussé par trois de ses collègues. Quelques secondes plus tard, un bruit de bombe retentit sous les acclamations de la foule. Venus de toute la France, entre 5.000 et 10.000 soldats du feu, selon les syndicats, ont défilé dans le plus grand des vacarmes, ce mardi, entre la place de la République et la place de la Nation, à Paris.

Après une réunion intersyndicale sans avancée avec le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, le 14 mars dernier, et une grève entamée le 26 juin, ce 15 octobre est une nouvelle illustration du bras de fer qui oppose les sapeurs-pompiers et le gouvernement. Au centre de leur colère, le manque d’effectifs face à l’explosion dénoncée des demandes de secours, mais aussi un manque de reconnaissance. Reconnaissance, notamment, du fait que la profession de pompiers est bien un « métier à risque ».

La tête du cortège, dirigée par plusieurs syndicats de pompiers.
La tête du cortège, dirigée par plusieurs syndicats de pompiers. - C-E.AK/20 Minutes

« Nous sommes une profession reconnue à risque que pour les mauvais côtés… »

Parmi leurs revendications, la revalorisation de la prime de feu, aujourd’hui fixée à 19 % de leur salaire brut. « Je fais ce métier depuis 1986 et la prime de risque [de feu] n’a pas augmenté depuis 1990. Ça fait presque trente ans, peste Frédéric, pompier dans l’Aisne. Ce que nous voulons, c’est qu’elle soit alignée sur la prime des policiers ou des égoutiers, soit à 28 % de notre salaire brut. Notre salaire n’a pas augmenté depuis quatre ans. »

En août 2004, la loi de la modernisation de la sécurité civile a pourtant reconnu le « caractère dangereux » de la profession de pompier… Sans pour autant lui accorder un coup de pouce financier. « La loi de 2004 était uniquement sur de l’organisationnel, continue Frédéric. Pour les assurances ou les mutuelles, notre profession est bien à risque et nous payons un malus pour acheter une voiture, par exemple… ». Plus loin dans le cortège, Guillaume Anglada, représentant du syndicat autonome des pompiers de la Drôme, tient le même discours : « Nous avons une prime de feu, mais nous ne sommes pas reconnus comme une vraie profession à risque. Elle n’est reconnue à risque que pour les mauvais côtés… ».

« Nous sommes aussi des victimes du dérèglement climatique »

Pour lui comme pour de nombreux soldats du feu, les conditions de travail se durcissent, alerte-t-il. « Nous sommes exposés à des fumées toxiques ou à des produits nocifs. Là, vous voyez qu’il y a beaucoup de fumée et c’est difficilement supportable. Mais dans un incendie, c’est bien pire. Un pompier qui a un cancer quinze ans après avoir commencé à travailler ne verra pas sa maladie reconnue comme liée à son travail ». Guillaume Anglada prend l’incendie survenu dans l’usine Lubrizol à Rouen en exemple. « Les collègues qui sont intervenus à Rouen auront peut-être des soucis dans dix ans, nous ne connaissons pas les conséquences. Mais il faudrait un suivi avec des prises de sang régulières. C’est le cas notamment pour les pompiers en Floride où ils ont obtenu un statut qui reconnaît les maladies liées à leur travail comme des maladies professionnelles. »

Parmi les nombreuses revendications des pompiers, la reconnaissance de leur métier comme profession à risque.
Parmi les nombreuses revendications des pompiers, la reconnaissance de leur métier comme profession à risque. - C-E.AK/20 Minutes

Fabrice Perrin, président du syndicat autonome Spasdis-CFTC, abonde : « Nous avons aujourd’hui des feux dans les régions du Centre qu’on observait dans le sud de la France il y a vingt ou trente ans », multipliant ainsi les risques. « Nous sommes aussi des victimes du réchauffement climatique. Et le seul argument que nous oppose le gouvernement est le budget… », ajoute-il.

Une nouvelle réunion prévue le 6 novembre avec Jean-Paul Delevoye

Les pompiers sont en effet payés par les collectivités territoriales, mairies et départements en tête. « Quand elles dépassent de 1,2 % leur masse salariale, elles reçoivent une pénalité de l’Etat, explique Guillaume Anglada. C’est donc à l’Etat de donner plus… » Une rencontre, prévue ce mardi après-midi entre une délégation intersyndicale de pompiers et le ministère de l’Intérieur, a tourné court. « Ça ne s’est pas très bien passé, grogne Jérôme François, secrétaire général de l’UNSA-Sdis. Le ministre Christophe Castaner n’était même pas là, mais en déplacement dans l’Aude, un an après les inondations mortelles. Nous avons simplement eu une vague promesse de réunion le 6 novembre à propos des retraites, avec Jean-Paul Delevoye. Aucune avancée sur le fond n’est à signaler. »

Fabrice Perrin, lui, a du mal à contenir sa colère. « On est pris pour des cons ! J’appelle ça du mépris, il n’y a pas d’autres mots. Le problème de notre profession, c’est que nous sommes trop gentils. »