Manifestation des pompiers à Paris : « Nous absorbons tout ce que la société ne peut plus gérer »

VOUS TEMOIGNEZ Les sapeurs-pompiers ont manifesté ce mardi dans les rues de Paris pour dénoncer leurs conditions de travail

Ingrid Zerbib

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Les pompiers manifestent à Paris, ce mardi 15 octobre 2019.
Les pompiers manifestent à Paris, ce mardi 15 octobre 2019. — Michel Euler/AP/SIPA
  • Les sapeurs-pompiers ont manifesté ce mardi à Paris. 
  • Ces soldats du feu ont nous ont exprimé les raisons de leur colère : le nombre d'interventions augmente, une rémunération qui ne suit pas ou encore un certain mal-être.

Les soldats du feu sont dans la rue. Des milliers de pompiers manifestent ce mardi à Paris, dès 14 heures place de la République, le cortège devant rejoindre la place de la Nation vers 18 heures. Ce mouvement de grève a commencé au mois de juin partout en France. Très suivi selon les syndicats, il n’avait cependant eu ni grand écho, ni entraîné de perturbations majeures, les pompiers étant astreints à un service minimum.

Après notre appel à témoignages, plusieurs sapeurs-pompiers nous ont expliqué leurs conditions de travail et pourquoi ils manifestaient ou soutenaient le mouvement.

« Le nombre d’interventions augmente pendant que les effectifs baissent »

« Nous absorbons tout ce que la société ne peut plus gérer (misère sociale, ivresses sur la voie publique, rixes, différends familiaux…) », témoigne Franck, pompier professionnel dans le Calvados. « Le nombre d’interventions augmente pendant que les effectifs baissent et apportent une sursollicitation des personnels », poursuit-il.

« Mais si vous regardez de plus près ces interventions, vous remarquez qu’il y a de moins en moins de feux grâce aux détecteurs de fumées, de moins en moins d’accidents de circulation graves grâce à la sensibilisation à la sécurité routière, à l’amélioration des véhicules et de la voirie. Le fait est que je porte rarement secours mais je porte souvent assistance. J’ai passé un concours et je me suis formé pour être secouriste, pas taxi gratuit, ambulancier ou dépanneur d’ascenseurs. Toutes ces missions secondaires qu’on ne devrait faire qu’exceptionnellement sont devenues notre quotidien. De temps en temps, une vraie intervention urgente où je me sens réellement utile », détaille, agacé, David, sapeur-pompier professionnel à Rouen.

« On en a marre de se faire menacer ou violenter sur intervention »

Avec un vocabulaire propre à la profession, Fred qui a « vingt ans de bottes » ajoute : « avant, quand tu partais en inter, tu savais que c’était forcément grave, qu’il y avait une ou plusieurs vies en jeu. Maintenant, certains demandeurs bidonnent leurs motifs d’appels, soit pour voir arriver des cibles faciles à prendre à partie, soit pour pouvoir être transporté plus vite aux urgences. » « On en a marre de faire des interventions qui ne sont pas de notre compétence, ce n’est pas à nous d’intervenir sur un mal de ventre, nous ne sommes pas des taxis ou des ambulances privées, nous sommes un service d’urgence. On en a marre de se faire menacer ou violenter sur intervention », lâche Matthieu, sergent professionnel en Seine-et-Marne.

« Notre métier a profondément évolué, nous devons faire face aux maux de la société par manque de moyens des autres administrations », résume Jeff, pompier en centre de secours en Charente-Maritime. Conséquence de cet accroissement du nombre d’interventions : « il nous arrive de faire des semaines de 84 heures de temps de travail », explique David, le sapeur-pompier professionnel de Rouen.

« Nos primes de risques ne reflètent pas la réalité de nos interventions »

En contrepartie de cette surcharge de travail, leur rémunération ne suit pas. « On en a marre de voir notre salaire stagner, alors que le nombre d’interventions augmente radicalement chaque année. Nos primes de risques ne reflètent pas la réalité de nos interventions, et notre retraite est menacée. Il faut agir », lance Matthieu, sergent professionnel en Seine-et-Marne. « Il faut rappeler que notre salaire n’est fait que de primes, et ainsi un sapeur-pompier perd plus de 1.000 euros lors de son départ en retraite », précise Franck, pompier professionnel dans le Calvados.

Ce qui découle de ces conditions de travail difficiles, c’est un certain mal-être. « J’étais pompier professionnel jusqu’en octobre 2018, et j’ai démissionné après avoir vécu le manque de considération de la part de membres de ma hiérarchie. Je soutiens totalement mes anciens collègues ! La solidarité actuelle fait plaisir à voir », avance Alex.

Ce manque de reconnaissance est également exprimé par Jeff, le pompier en centre de secours de Charente-Maritime : « il y a un profond manque de reconnaissance individuelle et collective. La profession se noie, les personnels ne s’épanouissent plus dans leur travail-passion mais heureusement que nous adorons ce job… Ça compense le mal-être au travail. La solidarité est grande et indispensable dans notre institution », conclut Jeff.