L'université de Cergy reconnaît une maladresse après un message sur la radicalisation

POLEMIQUE Un mail, envoyé par le référent « radicalisation » aux 1.800 personnels de l’université Cergy-Pontoise, dressait une liste « des signaux faibles » de radicalisation

20 Minutes avec AFP

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L'université de Cergy-Pontoise a reconnu lundi une maladresse après la diffusion d'un message à ses personnels visant à détecter des
L'université de Cergy-Pontoise a reconnu lundi une maladresse après la diffusion d'un message à ses personnels visant à détecter des — KROD/SIPA

Absentéisme récurrent aux heures de prière, changement de tenue vestimentaire, arrêt de l’alcool… L'université de Cergy-Pontoise a reconnu lundi une maladresse après la diffusion d’un message à ses personnels visant à détecter des « signaux faibles de radicalisation ». Le document polémique a depuis été « retiré », a indiqué l’université à l’AFP.

« Appel à la vigilance » : voici l’objet du mail reçu lundi par les 1.800 personnels de l’université, en provenance de la boîte mail du responsable sécurité, également « référent radicalisation » de l’établissement. Y étaient détaillés les différents types de « menaces d’attaques terroristes », notamment la « menace endogène », c’est-à-dire directement liée aux personnes fréquentant l’université.

Une liste de « signaux faibles » qui fait polémique

Dans un fichier Excel attaché étaient listés des « signaux faibles » susceptibles d’alerter, par exemple un changement de tenue vestimentaire (le port de pantalon dont les jambes s’arrêtent à mi-mollets pour un homme, l’apparition d’un voile pour une femme), l’arrêt de la consommation d’alcool, un intérêt soudain pour la religion ou un absentéisme récurrent aux heures de prières…

S’ils constataient « qu’un individu (étudiant ou collègue) présente un ou plusieurs signaux listés dans cet imprimé », les personnels de l’université étaient invités à retourner l’imprimé au référent sécurité.

Ce message, relayé sur Twitter, a suscité de vives réactions. « Mon premier réflexe a été d’écrire un tweet pour expurger ma colère, dans l’espoir de faire réagir les collègues », a expliqué à l’AFP Clément Carbonnier, professeur de l'université, en détachement au Québec, se disant « profondément choqué ». « C’est totalement aberrant, j’ai honte », a-t-il ajouté.

Un message « extrêmement maladroit »

De son côté, le président de l’université François Germinet a reconnu auprès de l’AFP un message « extrêmement maladroit ». « Il ne correspond pas à ce qu’on voulait faire passer », a-t-il regretté, tout en affirmant que certains collègues « sont parfois confrontés à des situations délicates et ne savent pas comment réagir ».

« Suite au drame de la préfecture de police de Paris (frappée début octobre par une attaque au couteau d’un de ses agents, ndlr), il nous avait semblé nécessaire d’apporter des informations relatives à d’éventuels changements de comportement », a-t-il ajouté. Un nouveau message devrait être envoyé dans la soirée, « afin de nous excuser si nous avons heurté des sensibilités », a-t-il poursuivi.

Un combat perdu d’avance « s’il s’appuie sur des préjugés et des caritatures »

Dans un tweet, la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal a dit lundi soir « désapprouve (r) la + fiche de remontée de signaux faibles + » (…). « Si la lutte contre la radicalisation appelle la vigilance de chacun, ce combat ne sera jamais gagnant s’il s’appuie sur des préjugés et des caricatures », a-t-elle assuré.

La semaine dernière, Emmanuel Macron avait appelé « la Nation tout entière » à « faire bloc » pour combattre « l’hydre islamiste », lors d’un hommage aux quatre fonctionnaires tués à la préfecture de police. Il avait appelé à bâtir « une société de vigilance ».