Lyon : Quel avenir pour « Le Petit Paumé » après ses critiques jugées racistes ou discriminatoires ?

CONTROVERSE Le guide lyonnais est vivement critiqué après la publication de plusieurs commentaires jugés racistes, nauséabondes ou discriminatoires

Elisa Frisullo

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Le logo du Petit Paumé.
Le logo du Petit Paumé. — Capture d'écran
  • Après les commentaires jugés racistes et discriminatoires de son édition 2020, le guide lyonnais fait face à de vives critiques et à des appels au boycott.
  • Plusieurs partenaires officiels du guide ont réagi ce lundi, alors que les directions du Petit Paumé et de l'EM Lyon n'ont pas souhaité faire davantage de commentaires que ceux publiés dimanche sur Twitter.

« Des maladresses de rédaction ». C’est en ces termes que le président et la rédactrice en chef du Petit Paumé, ce guide lyonnais réalisé par 35 étudiants bénévoles de l’EM Lyon, ont réagi aux vives critiques et à l’indignation suscitées par des critiques publiées dans l’édition 2020. Distribué gratuitement comme chaque année samedi place Bellecour à Lyon,Le Petit Paumé a interloqué et outré de nombreux Lyonnais et institutions après la publication de plusieurs critiques jugées racistes ou discriminatoires.

Des propos relayés en masse depuis dimanche sur Twitter et Facebook. A l’instar de ce commentaire accompagnant la critique du restaurant Cinq mains de Grégory Cuilleron, ce chef lyonnais né sans avant-bras gauche qui s’est fait connaître dans Un dîner Presque parfait : « Comme quoi on peut être manchot sans avoir à faire la manche dans le métro ».

En guise d’excuses, l’équipe en charge de la rédaction du guide a expliqué dimanche soir que « depuis 1968, Le Petit Paumé décrit parfois avec second degré des situations qui interpellent » et a rappelé qu’il n’a jamais été dans ses intentions « de discriminer qui que ce soit ». Certains propos ont été supprimés du site mais pas tous.

Silence radio ce lundi du côté de la direction

D’accord, mais après ? Comment le guide, qui a déjà fait face à des critiques par le passé pour de précédents dérapages, va-t-il pouvoir se sortir de cette crise sans précédent ? Contactée par 20 Minutes pour évoquer l’avenir du site et guide de bons plans gratuits, la rédaction n’a pas réagi. Pas plus que la direction de l’EM Lyon, qui après avoir fait part via Twitter de « son indignation » et de « sa colère » après de « tels propos discriminants en total non-respect des valeurs de l’école », n’a pas souhaité « faire de commentaires » lundi. A la demande du directeur de l’école de commerce Tawhid Chtitoui, un conseil de discipline réunissant les rédacteurs des articles, le président et la rédactrice en chef du guide étudiant, devrait être convoqué dans les meilleurs délais.

Mais cela risque bien de ne pas suffire à calmer les appels au boycott qui se succèdent sur Internet depuis samedi et la crispation de plusieurs partenaires du Petit Paumé. Premiers à avoir dégainé lundi, les TCL ont fait retirer les vidéos du guide diffusées jusqu’alors sur les écrans iTCL dans les tramways et aux stations de métro, indique Keolis.

La métropole de Lyon, qui subventionne Le Petit Paumé à hauteur de 7.500 euros, a indiqué à 20 Minutes que le président  David Kimelfeld avait sollicité une rencontre avec le président du guide. « Il souhaite lui signifier son profond désaccord après ces différents dérapages, d’autant que ce n’est pas la première fois », indique-t-on dans l’entourage de David Kimelfeld. Le guide avait en effet créé la polémique en 2018 en inventant une fausse citation d’Anders Breivik, l’auteur des attentats d’Oslo. « Le président souhaite établir un dialogue en vue de la réalisation d’une charte éditoriale pour cadrer les critiques des étudiants. La subvention que nous accordons pourrait être conditionnée à la création de cette charte », ajoute-t-on à la métropole.

Distribution annulée à Villeurbanne

La mairie de Villeurbanne, partenaire également, a pris des mesures. « La ville, qui œuvre au quotidien pour lutter contre toutes les formes de discriminations, a décidé d’annuler sa distribution le 26 octobre ainsi que la manifestation prévue dans ce cadre. Elles ne peuvent plus être organisées dans des conditions de sérénité et de sécurité maximales. La ville ne saurait par ailleurs cautionner la distribution d’un guide dont certains passages vont au-delà du dérapage ou de la maladresse et portent clairement des propos racistes et sexistes », indique la municipalité lundi soir.

La région, sollicitée, n’a souhaité faire « aucun commentaire », pas plus que la ville de Lyon qui n’a pas répondu, pour l’heure, à nos demandes sur le sujet.