Affaire Xavier Dupont de Ligonnès : Comment en est-on arrivé à croire à une fausse piste ?

ERREUR Comment le Français interpellé à Glasgow a-t-il été un temps confondu avec Xavier Dupont de Ligonnès, suspecté d’avoir tué toute sa famille en 2011 ?

Caroline Politi

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Xavier Dupont de Ligonnès retirant de l'argent à un distributeur de Roquebrune-sur-Argens (Var) le 14 avril 2011, commune où il a été vu pour la dernière fois.
Xavier Dupont de Ligonnès retirant de l'argent à un distributeur de Roquebrune-sur-Argens (Var) le 14 avril 2011, commune où il a été vu pour la dernière fois. — THOMAS COEX / AFP
  • Un homme présenté comme étant Xavier Dupont de Ligonnès, suspecté du meurtre de sa famille en 2011, a été interpellé à Glasgow.
  • La police écossaise a, dans un premier temps, affirmé que ses empreintes digitales correspondaient à celles du suspect.
  • La piste a finalement été invalidée au bout d'une quinzaine d'heures.

La confirmation est tombée peu après 12h30 ce samedi : l’homme interpellé à Glasgow, en Ecosse, n’est pas Xavier Dupont de Ligonnès, ce père de famille soupçonné d’avoir tué et enterré dans son jardin, sa femme et leurs quatre enfants en 2011. « L’analyse ADN est absolument formelle, cet individu n’est pas le suspect, c’est sûr à 150 % », insiste une source proche de l’enquête. Des fausses routes, les enquêteurs en ont connu plus d’une. En 2013, des ossements découverts dans la forêt de Fréjus avaient été analysés. Sans succès. En janvier 2018, c’est un moine d’un monastère varois, dont les fidèles trouvaient qu’il ressemblait étrangement au suspect, qui est contrôlé. Mais aucune de ces pistes n’avait connu un tel emballement.

Tout commence ce vendredi après-midi par la réception d’un renseignement par la police écossaise : un homme pouvant être Xavier Dupont de Ligonnès se trouverait dans un avion entre Roissy-Charles de Gaulle et Glasgow, en Ecosse. « Quand on reçoit cette information, indique cette même source, il a déjà embarqué donc on fait ce qu’on fait très régulièrement, on demande un contrôle des passagers. » Dès leur arrivée sur le sol britannique, tous les voyageurs sont donc passés en revue. Et l’un d’eux « matche » : selon les enquêteurs britanniques, ses empreintes correspondent à celles du suspect.

Douze points de comparaison en France, une autre méthode en Ecosse

En France pour valider une identification, il est indispensable de mettre en évidence 12 points de comparaison. « Lorsqu’on a ces 12 points, on considère qu’il n’y a pas de doute sur l’identité même si rien ne sera jamais plus précis et fiable qu’un test ADN », précise une source policière. La technique est légèrement différente en Ecosse qui se concentre sur la rareté de certains points pour valider une identité.

Une différence de méthode qui n’avait pas été portée à la connaissance des enquêteurs français et qui peut, en partie, expliquer que l’information selon laquelle Xavier Dupont de Ligonnès a été interpellé a été confirmée à de nombreux médias – dont 20 Minutes – par des sources distinctes, jugées fiables. « Quand nos collègues britanniques nous disent que les empreintes de l’homme face à eux correspondent à Xavier Dupont de Ligonnès, on n’a aucune raison de ne pas les croire », explique l’une d’elle.

Certains éléments surprennent néanmoins les connaisseurs du dossier, à commencer par l’apparence du suspect. « Il ne lui ressemble ni de près, ni de loin », affirme une autre source proche de l’enquête qui a eu accès aux photos. L’homme interpellé n’a ni la même corpulence, ni la même forme de visage et est beaucoup plus âgé. Par ailleurs, le passeport présenté par le suspect n’était pas volé et l’homme effectuait très régulièrement des allers-retours entre la France et l’Ecosse où vit sa femme depuis quelques années. Comment un homme aussi recherché que Xavier Dupont de Ligonnès aurait-il pu se déplacer si facilement ? Dès le vendredi soir, le procureur de Nantes, juridiction dans laquelle est instruit le dossier depuis plus de huit ans, appelle à la plus grande prudence mais l’affaire, hors norme, a pris une dimension médiatique inédite.

Une perquisition et toujours plus de doutes

Alors qu’une équipe de la brigade nationale de recherche des fugitifs embarque samedi matin par le premier avion direction l’Ecosse pour poursuivre les vérifications, les investigations commencent dès le vendredi soir en France. L’homme interpellé voyageait avec un passeport valide au nom de Guy J., qui vit à Limay, dans les Yvelines. Le domicile correspondant est immédiatement perquisitionné. Et les doutes se renforcent.

Les policiers en ressortent avec une certitude : l’homme interpellé à Glasgow est le même que celui qui vit dans cette maison, il ne s’agit pas d’une usurpation d’identité. « Toutes les photographies correspondent, c’est exactement le même profil », affirmait, tôt ce samedi une autre source proche de l’enquête. La piste d’une usurpation d’identité ou d’une planque est donc exclue. Surtout, l’homme est bien connu de ses voisins qui affirment qu’il vit dans cette maison depuis une trentaine d’années. La piste d’une erreur de personne se confirmera à l’heure du déjeuner.

20 secondes de contexte

Vendredi 11 octobre dans la soirée, la police écossaise a annoncé avoir arrêté Xavier Dupont de Ligonnès à l’aéroport de Glasgow (Ecosse). 20 Minutes s’est fait confirmer cette information auprès de sources policières françaises. Samedi, à 13 heures, des tests ADN pratiqués par des experts de la justice française sur l’homme arrêté à Glasgow ont démontré qu’il ne s’agissait pas de Xavier Dupont de Ligonnès, en cavale depuis huit ans.

Depuis vendredi soir et l’annonce de cette arrestation, 20 Minutes est resté prudent et a vérifié chacune des nouvelles informations publiées.