Marseille : Radio Baumettes est pour la première fois sortie de prison, pour une émission animée par les détenus en direct et en public

LIVE L’équipe détenue de Radio Baumettes est exceptionnellement sortie pour une émission spéciale en direct du Coco Velten, et c’était bien

Caroline Delabroy

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A Marseille, l'équipe détenue de Radio Baumettes enregistre pour la première fois une émission hors les murs, à Coco Velten.
A Marseille, l'équipe détenue de Radio Baumettes enregistre pour la première fois une émission hors les murs, à Coco Velten. — C. Delabroy / 20 Minutes
  • Présente depuis dix-huit ans au sein du centre pénitentiaire de Marseille, l’émission Radio Baumettes émet régulièrement sur Radio Galère.
  • Pour la première fois, une équipe de détenus a été autorisée à sortir de prison pour une émission en direct et en public avec le sociologue Didier Fassin.

A quelques minutes de prendre l’antenne, Mickaël, détenu aux Baumettes, confie à la fois son « stress » et sa « fierté ». « On est une bonne équipe », glisse-t-il, avant de prendre place face au public du  Coco Velten, à quelques mètres de la porte d’Aix, à  Marseille. C’est la première fois que l’émission Ping Pong de Radio Baumettes, créée il y a 18 ans au sein du centre pénitentiaire, est produite ce vendredi hors les murs et en direct. Et pour l’occasion, elle accueille un invité de choix : le sociologue Didier Fassin. Comme il l’explique au micro, il a passé de longs mois (7 au total) dans une maison d’arrêt de la région parisienne pour écrire le livre qui lui vaut l’invitation du jour, L’ombre du monde, une anthropologie de la condition carcérale.

Non sans une belle dose d’humour, Lise lance les différences séquences. Il est question de politique carcérale menée en France, des conditions de détention et aussi des conditions de travail des surveillants. Dans le public, conducteur à la main, Elisa Portier couve du regard l’équipe mixte - trois hommes, deux femmes – qui participe aux ateliers radio qu’elle mène en prison. « Ce qui est très émouvant, c’est d’être sorti avec eux, ça c’est une grande première », sourit-elle. « Quand ils peuvent venir sur plusieurs sessions, on a l’impression de les voir revenir à eux-mêmes, poursuit-elle. Souvent, au début, ils n’arrivent pas à se souvenir de leurs musiques préférées, celles de la vie d’avant. Petit à petit, je vois cette mémoire revenir, avec le travail sur l’oralité, la voix, c’est toujours très touchant. »

A Marseille, le public du Coco Velten écoute en direct l'émission de Radio Baumettes.
A Marseille, le public du Coco Velten écoute en direct l'émission de Radio Baumettes. - C. Delabroy / 20 Minutes

« On se sent valorisés »

Pour Inès, Radio Baumettes a d’abord été une « échappatoire ». « Cela permet de sortir de la cellule, on est enfermé 22 heures de suite », rappelle-t-elle « à ceux qui croient qu’on a la Playstation en prison ». Aujourd’hui, Radio Baumettes, c’est bien plus que cela : « En sept mois, c’est la première fois que je sors ! Et que des gens comme Didier Fassin puissent s’intéresser à nous et soient venus, on se sent valorisés, on ne se sent pas oubliés. » « On a fait des conneries, on est là, on assume, mais la prison est un monde que les gens ne connaissent pas, poursuit-elle. Quand tu arrives, tu n’as plus l’impression d’être une personne. On ne t’appelle plus par ton prénom, on perd un peu son identité. »

A ses côtés, Charlène abonde, elle qui aux Baumettes porte son uniforme de surveillante. « C’est important de pouvoir sortir, on a du coup un autre contact avec eux, on est plus dans l’humain, témoigne-t-elle. A l’intérieur, on est pris par la vie quotidienne. » Et Inès de raconter au micro que lorsqu’elle met le drapeau pour appeler les surveillants, « ils peuvent arriver dans les cinq minutes, mais aussi mettre trois heures à venir. » « Pour moi, le plus dur, c’est l’attente », confie-t-elle. Mickaël dit lui « le manque des personnes qu’on aime » et le sentiment « de perdre son temps en prison ». Dorian, hors antenne, rappelle que « la prison n’a rien d’une colonie de vacances ». « C’est quelque chose qui nous suit toute notre vie, ça on peut le savoir que quand on est dedans. »

« Dédicace à toutes les Baumettes »

« Un pied dedans, un pas dehors », c’est le credo que s’est donné le « SAS », une structure pilote d’accompagnement à la sortie créée en juin 2018 au centre pénitentiaire de Marseille. « La clé de la réinsertion, c’est l’individualisation », assure Aurore Cayssials, la directrice de cette structure qui accueille à ce jour 95 détenus. Parmi eux, les participants du jour à l’émission de Radio Baumettes, diffusée en direct sur Radio Galère, et pour laquelle ils ont eu une autorisation exceptionnelle de sortie. « La radio, cela leur apporte du savoir-faire et surtout beaucoup de savoir être », observe Aurore Cayssials. Et manifestement un plaisir, communicatif, d’avoir mené ensemble une heure et demie d’émission. « Nous, les enfants, on rentre à la maison », lance pour finir Lise, après « une dédicace à toutes les Baumettes ».

Pour écouter le podcast de l’émission, cliquer sur ce lien.