Extinction Rebellion: Des militants ont-ils « saccagé » un stand de cookies à Paris ?

FAKE OFF Des militants d'Extinction Rebellion auraient saccagé un stand de cookie lors de leur action de blocage à Italie 2, samedi, selon des accusations relayées sur les réseaux sociaux 

Alexis Orsini

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Extinction Rebellion climate activists protest at the shopping center "Italie 2", in Paris, France, Saturday, Oct. 5, 2019.
Extinction Rebellion climate activists protest at the shopping center "Italie 2", in Paris, France, Saturday, Oct. 5, 2019. — RAFAEL YAGHOBZADEH/AP/SIPA
  • Samedi 5 octobre, les militants écologistes d'Extinction Rebellion occupaient le centre commercial Italie 2, à Paris.
  • Certains sont accusés d'avoir dégradé un stand de cookies géré par deux étudiantes, et installé au cœur des lieux.
  • 20 Minutes fait le point sur cette polémique relayée sur Twitter.

« La lutte contre le grand capitalisme ? Saccager un stand de deux étudiantes qui ont emprunté pour l’ouvrir, Bravo @ExtinctionR », « Extinction Rebellion n’est pas pacifique ! Ils cassent le stand de cookies de 2 étudiantes à ITALIE 2 !  Elle est où la non violence ? »

Si l’action de blocage du centre commercial Italie 2, à Paris, le samedi 5 octobre, par Extinction Rebellion (XR), a fait parler d’elle, certains internautes accusent les militants écologistes d’avoir trahi leur engagement de non violence en s’en prenant à « My dough », un stand de vente (éphémère) de cookies installé dans l’allée centrale du conglomérat de magasins.

Leur source ? Le témoignage, dans les colonnes du Parisien, d’Emma, l’une des deux étudiantes concernées, dont un internaute reprenait certaines citations en ciblant XR tout en partageant l’article : « #ExtinctionRebellion dans ses basses œuvres « Ils ont vidé et cassé le frigo (…), abîmé le four. Ils criaient à la cantonade que c’était distribution gratuite de cookies ! (…), ce stand c’est notre argent de prêt étudiant, et notre travail ! »,


FAKE OFF

Contactée par 20 Minutes, Emma précise : « Nous n’étions pas présentes, ma collègue et moi, samedi matin, mais deux amies devaient s’occuper du stand. Elles sont arrivées vers 9h pour tout installer et préparer la pâte. Quand les manifestants sont arrivés, elles ont tenté d’emporter le maximum de matériel, mais elles n’ont pu prendre que certains bacs à topping et la caisse. Il restait donc un grand stock de pâte présent dans le frigo. »

Et de poursuivre: « Quand nous sommes arrivées devant Italie, vers 11h ou 12h, la grille était déjà fermée donc nous n’avons pas pu accéder au stand ou au centre commercial. Mais on voyait les gens s’emparer de notre stand derrière la grille et sur les live Facebook, ils ont commencé à cuire nos cookies et leurs propres plats avec notre four ».

Amar, l’un des vidéastes ayant réalisé un direct vidéo ce jour-là, nous indique pour sa part : « [Les manifestants] ont bien fait des cookies, il y avait un frigo où ils rangeaient les boissons et il y avait aussi un four pour les cookies. Mais je n’ai pas trop remarqué si c’était dégradé ou pas. »

Les nombreux directs vidéo réalisés ce jour-là par différents journalistes ou militants permettent toutefois de retracer une partie des évènements.

Des cookies offerts à un vidéaste

Vers 12h50 – soit à 2’03’04 de l’un des directs vidéo diffusés par le Média ce jour-là –, une foule est amassée à proximité du stand. On peut également y voir le four à cookies, en pleine cuisson puis des prospectus et une petite boîte contenant des pièces de monnaie, tandis que le vidéaste, Gabin, commente : « Ici, il y a de la prise d’information, les gens payent ce qu’ils veulent, ça permet aux organisations de faire rentrer un petit peu d’argent. » Les minutes précédentes permettent de constater que des militants sont en train de réaménager le stand, jusque-là encore préservé de tout tag.

Lorsque Gabin retourne au stand vers 16h30, un gilet jaune trône désormais au milieu. Le vidéaste, qui filme les évènements pour Vécu, le « média des gilets jaunes » comme pour Le Média, s’y arrête pour manger quelques cookies sortis du four (à partir d’1’47’50 ci-dessous, la séquence ayant en outre été reprise sur la page Facebook de « We dough »), à côté du réfrigérateur tagué de l’inscription « cookies autogérés ».

« Je me suis attardé sur ce stand dans la journée, on m’y a offert des cookies, l’ambiance était bon enfant, il y avait un mélange des gens dans le stand comme partout ailleurs à Italie 2. Une boîte était mise à disposition pour que les gens donnent le montant de leur choix pour les cookies », confirme-t-il à 20 Minutes.

Un peu après 21h30 (soit à 32:00 sur le direct de « Nnoman Cadoret »), le stand « We dough » est désert. Vers 23h20 – dès le début d’un nouveau direct d’Extinction Rebellion –, des militants (dénués de signe distinctif propre à un groupe ou à un autre) préparent de nouveaux cookies sur le stand, sous l’œil du vidéaste. A son retour sur place, une vingtaine de minutes plus tard, ils s’affairent toujours, ce qui lui vaut ce commentaire : « Donc voilà on prépare à manger ».

Une photo prise ce jour-là, que 20 Minutes a pu consulter, montre en revanche bien un militant porteur d’un sticker « Extinction Rebellion » installé derrière le comptoir du stand, où il étale des cookies sur une planche.

Deux cagnottes de XR refusées

Contacté, XR n’a pas donné suite à nos sollictations. « Lundi, un membre est venu proposer une cagnotte à notre employée, qui l’a acceptée avant qu’on ait pu lui dire qu’on refusait tout geste de leur part parce qu’ils n’ont pas respecté notre travail et ruiné les revenus qu’on espérait pour rembourser notre prêt. Cette cagnotte contenait environ 50 euros en pièces, ça correspondait au montant récolté samedi lors de leur vente de nos cookies », affirme Emma.

« Mardi, une autre personne de XR est venue proposer une autre cagnotte – sans savoir qu’une autre était venue la veille – mais j’étais là et j’ai refusé. Elle est revenue ensuite proposer de prendre une journée de congés pour aider à réparer le stand mais nous avons également refusé », conclut l’étudiante.